Sous les Élections de l’Oligarchie, Insoumission et Résistance

Voilà, c’est plié.

L’espoir était là pourtant, un peu trop beau pour se concrétiser.

Lundi, 9h30 : sur le site du ministère de l’Intérieur, les résultats sont toujours incomplets, calculés sur les 97% de suffrages reçus ; Emmanuel Macron est en tête, largement à 23,86%, et près d’un million de voix devant la Marine à 21,43, derrière François Fillon à 19,94 et Jean-Luc Mélenchon à 19,62 se partagent la place du con et de la déception. Si le classement de ces deux derniers peut encore changer, il semble impossible dorénavant aux insoumis de prendre la place des abrutis qui croient au bonheur sous l’impulsion de la haine, du repli et du rejet de l’autre. Et le grand gagnant, comme depuis trop longtemps, c’est encore le système oligarchique et le culte de l’argent au détriment des impératifs de solidarité et de décroissance.

Alors oui, entre ce culte de l’argent et le repli identitaire, j’ai encore une fois profondément honte de ce pays dans lequel je survis. Honte de comprendre qu’autour de moi, au sein même de ma famille, au cœur de mes connaissances, certains pensent encore que le pouvoir aux grands argentiers du capital peut réduire les inégalités. Honte que les gouvernements depuis vingt ans aient tellement détruit l’exigence de l’éducation que nous nous retrouvons avec un peuple abreuvé aux promesses mensongères et putassières d’un parti xénophobe au point d’être incapable d’y discerner les dangers. Honte de réaliser que mes contemporains et compatriotes continuent de croire que l’égoïsme et le repli sur soi puissent être les voies du bonheur quand elles ne génèrent que de mauvaises ondes, divisent les populations et détruisent la planète.

Je sais que nombreux seront ceux qui ne pourront ou ne souhaiteront comprendre que je mette sur le même plan la peste brune et le choléra libéral. D’où ce billet : il me semble important de revenir, une nouvelle fois, sur mon engagement anticapitaliste, altermondialiste, internationaliste et solidaire, pour développer les raisons qui vont m’amener à glisser un bulletin blanc dans l’urne lors du second tour.

Ni patrie, ni patron, vous me connaissez.

 

Les dangers de la Marine sont évidents.

Outre le racisme et la xénophobie, outre le repli sur soi, ce sont d’innombrables libertés qui seront remises en causes. Chasse à l’opposition, moulage culturel à des fins de propagande et effacement des critiques alternatives, traditionalisme paternaliste et destruction des avancées féministes, précarité exacerbée des précaires, uniformisation chrétienne imposée et culte de la violence. Milices dans les rues, libération et légalisation de la haine. International populisme et pillage des terres africaines, esclavagisme des tiers-mondes. J’en oublie certainement tant la rupture sera violente, insupportable. J’imagine déjà l’impatience dans les sombres commissariats de Navarre où les grouillots imbéciles et incultes s’apprêtent à écrire leurs propres lois de cowboys vachards et intolérants : le droit de la force sur celui de la raison, le cœur renié, étouffé. Pas besoin de développer, les médias et les irresponsables politiques de tous bords, soi-disant modérés, s’en chargent depuis hier soir 20h.

Si bien que ce danger s’éloigne à grands pas. Fera très certainement pschitt dans deux semaines après la mobilisation d’un front soi-disant républicain, et c’est la raison pour laquelle personne ne s’offusque réellement de cette percée xénophobe et identitaire. Pour autant, le combat continue car la progression de cette tentation reste constante et impressionnante.

 

Les dangers d’une présidence ultralibérale sont tout aussi grands.

Je ne suis pas anticapitaliste pour le plaisir de râler ou de descendre dans la rue exprimer mon mécontentement. Je suis anticapitaliste parce que depuis longtemps j’ai compris combien l’histoire nous éclaire sur les mensonges des classes dirigeantes vis-à-vis des peuples qu’elles maintiennent sous leur soupe. Je suis anticapitaliste parce que, si je ne suis pas contre l’argent qui est supposé être un outil d’émancipation, je suis contre l’accumulation insensée et irresponsable de richesses entre les mains d’un petit groupe d’hommes au détriment de la majorité laborieuse et miséreuse : l’aisance indécente des uns se fait toujours sur le dos des plus faibles et ne peut que créer pauvreté et précarité, laisser sur le bord du chemin d’autres hommes qui pourtant ne valent pas moins que ceux qui s’engraissent.

Emmanuel Macron avance masqué. Je ne peux que comprendre ceux qui s’y laisse berner. S’ils n’écoutent que la mélodie, le chant est doux : promesses de sortie de crise, vocabulaire de l’égalité sociale, mondialisme et mondialisation où le patriote trouve son compte quand le jeune loup rappelle la place si grande de la glorieuse France. Sans compter la jeunesse, le masque du renouveau, les sourires et l’accessibilité, l’apparente probité.

Je ne suis pas dupe.

Emmanuel Macron est un ancien banquier. Pas de ceux que vous croisez à la Poste ou dans les bureaux de votre propre banque, pas de ceux qui vous octroient ou vous refusent un crédit en surveillant votre solvabilité. Non. C’est un ancien banquier de la grande finance, employé chez Rothschild, banque d’affaire et non banque du quartier. Emmanuel Macron est millionnaire, a probablement omis de nombreux objets et de nombreux chiffres dans sa déclaration de patrimoine. Marié à une millionnaire. Emmanuel Macron est soutenu, porté par l’ensemble des médias français : de Libération au Figaro en passant par Le Point ou L’Express. Adoubé par TF1, France 2, Canal + et BFM dans le même élan. Emmanuel Macron dépasse et écrase les clivages traditionnels de la droite et de la gauche justement parce qu’il assume pleinement l’hypocrisie et les mensonges, autant que les contradictions, qui font son discours accessible au plus grand nombre. Mais comment peut-on croire qu’il améliorera la condition des ouvriers quand il promet aux grandes entreprises d’alléger encore leurs charges et d’augmenter d’autant leurs dividendes ? Comment peut-on croire qu’il ramènera la solidarité nationale quand la destruction des services publics est pour lui une évidence de sortie de crise, quand il promet l’arrêt des indemnisations à ceux qui refuseraient deux propositions d’emplois, aussi déplacées, inadaptées et dégradantes soient-elles ? Comment croire à l’émancipation du peuple quand tout ce qu’il promet c’est une ubérisation croissante de la société, le droit d’entreprendre oui, mais sans garantie, sans accompagnement et à la merci des fluctuations incertaines d’un marché ouvert à une concurrence sans règle ? Comment croire qu’il redressera les errances de l’Éducation Nationale quand il promet de soumettre l’école aux lois du marché, de la concurrence et de la rentabilité ? Je ne parle même pas du sort des exilés, de ceux qui fuient à contrecœur leur pays natal sous le feu des bombes que nous continuerons de fabriquer et de vendre sans vergogne, et dont nous continuerons de surveiller le flot de près, les laissant se noyer en Méditerranée, engraissant les réseaux de passeurs en continuant de dire qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde sans que jamais cela ne nous dérange de la fabriquer.

Je n’oublie pas non plus combien la montée des populismes et des fascismes identitaires trouve son terreau dans ces politiques libérales qui ne cessent de créer la pauvreté et d’entretenir le chômage et la division au sein des populations afin de mieux encore asservir les âmes et les corps. Quand la faim tiraille, l’homme est prêt à tout. Quand la maladie menace sa progéniture, n’importe quel animal s’offre au sacrifice pour sauvegarder cet avenir, aussi fragile soit-il.

 

Voilà, je suis en larmes parce que tout ce que je croyais plus ou moins acquis dans l’élan des Insoumis s’est évanoui sous la cupidité d’un peuple abreuvé de réussites télévisuelles, de rêves de confort et de publicités mensongères. Je suis en larmes parce que le monde que nous laisserons à nos enfants ne leur permettra pas d’envisager la survie de leur descendance. Parce que l’humanité se suicide sans en avoir conscience en ne se projetant qu’à court terme. Je suis en larmes parce que la politique aujourd’hui se joue au portefeuille et que les cœurs sont asphyxiés, comme si laisser les sentiments diriger était une faiblesse alors qu’ils sont seuls à compter réellement. Si l’amour n’a aucun prix, autant laisser de suite le globe à l’intelligence artificielle : les logiques productivistes y trouveront leur compte et nous pourrons y abandonner définitivement tout ce qui fait de nous des animaux sociaux, tout ce qui vit et vibre en nous. Je suis en larmes parce que parmi mes proches, les consciences de l’individualisme irresponsable s’écrivent avec le sang du cœur. Que le ciel sur l’horizon de nos enfants continue de s’assombrir. Irrémédiablement. Se bouche sous de faux espoirs, fausses teintes emportées.

Je suis en larmes et j’ai honte.

Je suis en larmes, mais je ne suis pas le seul et la déception ne doit pas nous clouer au sol.

L’espoir était peut-être un peu trop beau pour se concrétiser mais la gauche, la vraie gauche sociale et solidaire, novatrice et désireuse de chambardements profonds, constitutionnels et sociétaux, aussi divisée soit-elle de nuances radicales, a fait près de 28%. Sans compter ceux-là qui sont partis donner leur voix contestataire à la Marine. Nous sommes une force vivante, en mouvement. Les combats qui s’annoncent nombreux réclament notre mobilisation. Encore une fois, soyons Charlie : écrivons, dessinons et rêvons ce monde meilleur, solidaire et aimant, respectueux de toute forme de vie, que nous désirons ardemment pour nos enfants !

Au cœur de cette aigre soirée électorale, je suis tombé sur le discours mobilisateur de François Ruffin, un discours positif, un rappel malgré la déception de ce score satisfaisant qui légitime nos aspirations humanistes, qui hurle à ceux qui n’ont que l’argent ou la haine comme horizon que l’amour, la bienveillance et la fraternité ne sont pas morts, bien au contraire. Que nous y puiserons constamment la force de nous relever et de reprendre le combat avec cœur, avec foi.

Aujourd’hui encore, plus qu’hier et moins que demain, la seule réponse possible c’est l’insoumission. Nous devons rester fiers de ce que nous portons, fiers des luttes que nous entreprenons car après tout, les avancées sociales, les solidarités n’ont jamais été concédées mais se sont toujours arrachées à la domination d’une classe dirigeante et méprisante. Là où le capital tente de nous désinstruire par l’abandon des exigences scolaires et le lavage de cerveau médiatique, nous devons reprendre la plume, les crayons, l’expression, pour diffuser nos sentiments et nos idées. Là où l’oligarchie impose un système soi-disant moins pire que les autres, nous devons planter les graines du contrôle citoyen et de l’engagement. Là où les dirigeants maintiendront leur assise en laissant agir leurs chiens de gardes, nous devrons être présents en nombre pour rappeler à ceux qui obéissent que leur patron c’est le peuple et non cette caste irresponsable et égoïste à l’abri derrière leurs manipulations hypocrites. Là où le capital voudrait nous voir définitivement mettre les deux genoux à terre et accepter le collet et la laisse où il nous tient, nous devons nous relever et cracher notre mépris en déversant le flot puissant de nos valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité inconditionnelles.

Résistance !

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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