Des Amendes dans les Casseroles

Ce n’est pas un poisson d’avril du meilleur goût, il traîne plutôt un désagréable goût rance. Pourri. D’ailleurs ce n’est pas un poisson d’avril tout court : samedi passé, une quinzaine de citoyens calaisiens ont eu la surprise de recevoir une belle note (68€) après avoir participé, spontanément, le 21 mars dernier au concert de casseroles pour accueillir le meeting de soutien au candidat François Fillon devant la salle du Minck.

Le délinquant en costumes cadeaux peut allègrement verser 900.000€ d’émoluments à son épouse en en faisant son attachée parlementaire sans que jamais celle-ci ne soit amenée à arpenter les couloirs de l’Assemblée, sans que jamais celle-ci ne fournisse le moindre travail, mais ici, à Calais, les citoyens anonymes – ouvriers, retraités, professeurs ou autres – ne peuvent visiblement pas s’exprimer sans inquiétude ni manifester gratuitement leur indignation…

Pourtant, partout où passent les meetings de campagne de François Fillon à travers notre pays, que le candidat soit présent ou non, les casseroles résonnent allègrement et personne ne s’en offusque : après tout, ne sommes-nous pas le pays des Droits de l’Homme ? Ne sommes-nous pas, nous, français, mondialement connus pour exprimer fièrement, debout, nos convictions et nos indignations ? Il y a un peu plus de deux ans, touchés au cœur de nos corps épris de liberté, nous affirmions comme un seul homme, peuple uni dans la diversité, notre attachement à la liberté d’expression : nous étions tous Charlie ! Même le sieur Macron, si propre sur lui et si prompt à faire la leçon, n’a pas jugé utile de donner suite à l’incident de l’œuf éclaté sur son si beau costume au Salon de l’Agriculture – et nous savons pourtant qu’il a tant travaillé pour se le payer.

 

Oui mais voilà, Calais n’obéit pas aux mêmes lois.

 

Dans la foulée de ses arrêtés municipaux cherchant à tous prix à cacher la réalité du quotidien, condamnée par le tribunal administratif de Lille à lâcher l’affaire, Natacha Bouchart n’a une nouvelle fois pas supporté qu’une poignée de ses administrés viennent exprimer leur désaccord avec ses opinions personnelles. Il n’y a évidemment aucune preuve, pour le moment, que c’est bien notre édile qui s’est empressée de saisir la préfecture ou de motiver le commissaire adjoint pour s’assurer qu’un moyen de pression soit exercé sur ces militants qu’elle ne veut plus voir.

Mais le doute est plus que permis.

 

Lors de ce meeting, l’équipe municipale, madame le maire et ses adjoints Emmanuel Agius et Philippe Mignonnet accueillaient le gratin des Ripoublicains : Luc Chatel, ancien ministre du quinquennat de Nicolas Sarkozy, et notre si cher président de région, Xavier Bertrand. Fière de sa ville, l’amère Bouchart entendait bien montrer combien Calais serait toute dévouée à ses dirigeants, et au-delà à cette droite parlementaire au sein de laquelle les soupçons de détournement, d’enrichissement personnel et les mises en examen s’épanouissent comme fleurs au printemps. C’était bien sûr sans compter sur l’opposition clairvoyante et insoumise de militants associatifs, politiques et syndicaux, tout autant que de citoyens indépendants, voisins écœurés par le maintien d’une candidature qui n’a plus d’autre raison d’être que celle d’une défaite annoncée. On s’accroche aux branches qu’on peut…

La contestation était bon enfant. Pas de violence mais du bruit et des sourires. Une trentaine de participants, une quinzaine de percussionnistes improvisés sur batteries de cuisine. Des candidats Insoumis aux législatives et leurs militants, des membres du Parti Communiste local, des ouvriers et employés syndicalistes de SUD-Solidaire. Puis un contrôle d’identité tout aussi improvisé auquel les participants se sont prêtés sans rechigner : relevé des noms, des adresses. Bientôt le commissaire adjoint a demandé que cesse le bruit et, puisque finalement les portes de la salle du Minck s’étaient de toutes façons refermées, tout le monde s’est exécuté. Les casseroles ont cessé de résonner et la petite foule s’est éparpillée.

Tout aurait dû en rester là. Entre la contestation festive et sans véhémence, un poil résignée, des citoyens et le mépris silencieux d’élus et de responsables politiques définitivement sourds aux attentes populaires.

Comme on en a l’habitude depuis tant et tant d’années.

Mais samedi, dix-sept participants ont reçu ce PV de la préfecture… Motif : émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’Homme. Au-delà de l’atteinte à la liberté de manifester, de se rassembler, de respirer ensemble, bref de vivre, il y aurait de quoi rire… si cela ne s’inscrivait malheureusement pas dans la continuité d’une tentative plus large, et de longue haleine, de museler toute opposition à la gestion municipale.

 

Une nouvelle fois, l’équipe dirigeante assume bêtise et ignorance en tentant d’intimider ces militants qu’elle ne supporte plus puisqu’elle ne supporte ni le débat ni la confrontation. Une nouvelle fois, madame le maire donne du grain à moudre aux médias nationaux pour présenter une image pitoyable, dégradante, de notre belle cité ouverte sur le monde. L’affaire fait le tour des rédactions nationales, les angles sont différents, entre Valeurs Actuelles qui semble justifier l’amende et le Nord Littoral qui s’en amuse en détournement facétieux, mais le survol est général : aucun approfondissement, aucune enquête. Il ne s’agirait que d’un épiphénomène sans intérêt.

Madame le maire y est allée de son communiqué de presse, se dédouanant évidemment, laissant seul Étienne Churet, jeune commissaire adjoint à Calais, prendre la responsabilité de cette sanction autour d’un tapage diurne, se justifiant en évoquant la plainte d’un ou deux voisins et de quelques participants.

Nous ne sommes pas dupes de leur hypocrisie et de leur lâcheté : non seulement madame le maire tente par tous les moyens à sa portée de faire taire ses opposants, mais de plus elle ne l’assume jamais. Ce n’est jamais elle, ce n’est jamais son équipe.

Pauvre victime…

Le harcèlement que les militants et les bénévoles subissent pourtant depuis plusieurs mois n’est ni innocent ni anodin.

N’hésitez pas à signer la pétition de soutien aux concertistes.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :