Vos Arrêtés ne Nous Arrêteront pas

Hiver 2017.

Loin des nécessités simples d’une évidente solidarité, les inhumaines envies de dictature prennent le dessus sur la raison dans la cité de Calais : madame le maire ne supporte plus le sourire des gens. Que je sois clair d’entrée : je vais m’attaquer ici aux déviances autoritaristes de Natacha Bouchart, maire, en notre belle ville portuaire désindustrialisée.

Selekta :

Depuis un an et l’émergence de Nuit Debout ici, multiples arrêtés contre les rassemblements spontanés de citoyens, que ce soit dans le cadre d’une diffusion de documentaire ou dans celui d’une veillée funèbre en hommage aux morts de la frontière ;

Tentatives de blocage et arrêté contre l’accès aux douches pour les réfugiés dans les locaux, évidemment indépendants, du Secours Catholique, association qui s’empresse, substitut des institutions inefficaces et réticentes, d’offrir aux errants de quoi se laver, éviter de subir la gale qui sévit ici sans distinction de couleur ou d’origine, qui stigmatise de purulences sèches la misère des voyageurs du bout du monde autant que celle de sans-abri ignorés ;

Arrêté, dans la foulée, contre la solidarité basique qui veut qu’on garde de son repas, une assiette, un morceau de pain, pour le visiteur inattendu, frère, prochain, contre la distribution de repas aux exilés donc et qui, de là, condamne également les exclus du système qui s’y joignent parfois parce que la solidarité ne trie pas, ne divise pas ;

Interdictions enfin contre la diffusion musicale et culturelle dans quelques établissements ciblés, obstacles à l’encontre de bars qui luttent pour leur survie et pour faire vivre les nuits de Calais Nord, probablement au prétexte que c’est là que ceux qu’elle considère comme de dangereux activistes se retrouvent et viennent à leur échelle soutenir l’économie locale, soutenir les rares tenanciers qui ne souhaitent que la cohésion d’une population plus que négligée, abandonnée par ses élus, et proposent encore des pistes pour mieux vivre ensemble.

Multiples arrêtés donc contre le vivre-ensemble. Menaces de mort sociale.

Le message est net et sans ambiguïté : restez chez vous, vous n’avez rien à gagner à tenter de vous rencontrer, à discuter, à vous cultiver… Restez chez vous et nourrissez vos rancœurs contre vos voisins, entretenez votre haine de l’autre, de l’étranger, de tous ceux qui ne vous ressemblent pas et qui osent se promener, errer et voyager.

Comment continuer de faire semblant de croire que Natacha Bouchart n’est pas un danger fascisant qui laisse planer l’ombre brune et purulente de la haine sur toute une ville ? Comment pardonner dans le même temps ceux-là qui se réclament de gauche, socialistes du gouvernement et du parlement, qui non seulement n’ont pas un mot de réaction, n’émettent pas la moindre critique, mais de plus continuent de ne jurer que par l’augmentation des effectifs policiers sur notre territoire ? Comment analyser ces déclarations de haine de l’autre, de mépris et de menaces à l’encontre de tous ceux qui rêvent plus grand, plus large et plus humain que tout ce que la municipalité ne sait proposer, entêtée qu’elle reste, bureau d’ivoire isolé, dans un retrait abstrait du quotidien, de la réalité géopolitique et de l’indispensable connexion populaire que les élus doivent savoir garder ?

 

Les réactions, évidemment, sont nombreuses à exprimer le choc profond. La population est ulcérée par l’escalade significative de ces déclarations de dédain, de reniement même du droit le plus essentiel à vivre, à exister. Ma ville est malade chantaient les Massilia Sound System il y a plus de vingt-cinq ans, bientôt trente. Oui, ma ville est malade des mensonges, des manipulations, des stigmatisations et des divisions entretenues. Cette pauvre édile municipale surfe là où les vagues s’aplatissent, sur la misère rancunière de ces concitoyens appauvris à qui elle promet d’improbables renaissances économiques d’une main, du travail, de l’intégration, de l’épanouissement, tout en détruisant sciemment le tissu social essentiel à la résurrection du centre-ville de l’autre. Si toutes ces vaines promesses étaient réelles, depuis le temps qu’elle tient le pouvoir local, cette amère caboche sans synapse aurait réfléchi et mis en œuvre les moyens de la redynamisation, les chemins du vivre-ensemble, les voies d’intégration des richesses culturelles charriées par le monde qui vient échouer à nos portes. Non. Tout ce qui l’intéresse, comme tous, c’est de laisser la trace de son passage à l’hôtel de ville dans la pierre : rénovation du front de mer et projet de centre des congrès, construction d’une salle de sport quai de la Moselle quand à quelques dizaines de mètres l’ancienne salle du BCMO tombe en ruine, s’effrite sous l’abandon. Tout ce qui l’intéresse, c’est l’assouvissement déplacé d’une mégalomanie politicienne dans la continuité stérile de la destruction d’une ville qui meurt.

 

Tout comme la semaine passée, nous allons nous retrouver pour une action symbolique dans les jets d’eau de la place d’Armes. L’idée principale étant, à la base, de soutenir l’action sanitaire du Secours Catholique, de réclamer l’abandon de la constante surveillance policière sur les allées et venues devant ce local associatif autant que l’arrêt immédiat des interpellations, il me semble aujourd’hui nécessaire d’y adjoindre une exigence de solidarité en condamnant fermement les arrêtés municipaux fascistes et racistes de cette municipalité dépassée par les réalités du territoire. J’en appelle donc à tous, calaisiens et visiteurs, soutiens d’ailleurs, pour apporter leur appui aux associations qui se démènent chaque jour pour assurer cette solidarité que ni la mairie ni l’État n’assument, que les institutions ne déploient plus malgré les impératifs du triptyque de la république. J’en appelle à tous également pour venir manifester notre volonté de résistance, l’urgence de la désobéissance à ces arrêtés autoritaires, dictatoriaux et, sinon illégaux, illégitimes. Nous vivons sans plus aucun sens sous la bannière des droits de l’homme : de la liberté, d’opinion et d’action tant que nous n’atteignons ni ne dérangeons celle d’autrui ; de l’égalité de tous, sans distinction de couleur, d’origine ou de sexe ; et de la fraternité, l’essence même de nos acquis sociaux, l’essence même du vivre-ensemble serein et positif. Il est indispensable de réhabiliter cette devise de cœur.

Il est maintenant plus que temps de le dire, de l’affirmer, de le revendiquer.

Les ennemis de l’homme ne nous arrêteront pas car nous avons le cœur avec nous, la conscience du juste. L’on nous taxe de Bisounours pour cela. Soit. Nous assumons : l’utopie n’est pas une insulte mais la vision de lendemains meilleurs, le refus de la bête soumission aux manœuvres dégueulasses et dégradantes de ceux qui ne s’occupent de personne d’autre que d’eux-mêmes. Nous sommes vivants, occupés à la compréhension de l’autre. Nous sommes vivants et comptons le rester jusqu’au bout quand dans vos cocons restreints vous mourrez à petits feux d’amertumes et de ressentiments. Nous explorons les voies de la démocratie réelle, défrichons ce chemin qui ne passe que par l’humanité, par la reconnaissance en l’autre.

Vos arrêtés sordides ne nous arrêteront jamais.

Quand vos lendemains sectarisent et promettent l’exclusion à vos ennemis, nous ne vous oublions pas, conscients des misères qui ont mené vos pas sur l’ombre de la flamme.

Quand celle-ci est stérile et dangereuse, notre feu est fertile !

 

 

Matthieu Marsan-Bacheré

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :