Nos Impôts ne Sont pas votre Argent de Poche

Nous étions une quarantaine de citoyens dimanche passé, dans le froid ensoleillement hivernal de la place d’Armes à Calais, pour dire notre refus de la corruption systémique des élus de notre gouvernement autant que note révolte face aux ampleurs des fraudes fiscales. Pour manifester paisiblement et avec le sourire notre refus de continuer à supporter les dérives cupides et préjudiciables à l’intérêt collectif d’une oligarchie établie, en place depuis trop longtemps.

Nous étions plusieurs centaines de milliers, peut-être quelques millions à travers plus de quarante villes du pays, pourtant cela n’a pas suffi : à peine un souffle aux échos des journaux.

C’est pourquoi nous renouvelons l’appel ce week-end.

 

J’ai cherché un slogan la semaine passée, autour de l’affaire Fillon pour me heurter à un plat et ridicule Pénélope, salope… Sans envergure, sans imagination. Je dois reconnaître avoir trouvé beaucoup plus fin et mieux adapté le portrait caricatural de la galloise venue se faire engrosser à cinq reprises par le châtelain pour bénéficier de la meilleure part des allocations nationales. Actuellement au chômage, je rêve comme elle et Xavière Tibéry en son glorieux temps passé d’un bel emploi fictif soumis à rémunération outrancière via le trésor public.

J’aurai quarante ans cette année et plus de vingt-cinq ans d’intérêt citoyen pour la politique de notre pays. Ce faisant j’ai emmagasiné, j’ai appris, j’ai encaissé. Mais le corps ne peut plus. Je ne peux et ne veux pas, je n’ai jamais réellement su me résoudre à me taire sous les combines qui animent toute une classe élitiste avide de confort et de privilèges. C’est tout ce que je retiens et ne supporte plus du cirque politico-médiatique qu’on nous sert depuis tant de temps. L’affaire du sang contaminé parce que « c’est pour de l’argent qu’ils l’ont pas trié », la douteuse mise en scène effroyable et dramatique du suicide de Pierre Bérégovoy, les magouilles parisiennes et partisanes de Jacques Chirac, les innombrables et sordides procès du gras gourou Charles Pasqua et les casseroles tapageuses de Nicolas Sarkozy. Les comptes d’Éric Woerth, de Jérôme Cahuzac. Les emplois parlementaires de Pénélope Fillon, de Louis Alliot-Marie, époux Le Pen, et maintenant de Mme Le Maire.

Les horizons plombés par le champ des faces visibles de l’iceberg des voleurs.

Ceux-là même qui stigmatisent les honnêtes pauvres pour entretenir leur confort.

Nous sommes un des pays les plus développés du monde et pour autant nous laissons mourir à la rue nos sans-abri autant que les réfugiés de nos guerres délocalisées. Nous laissons toute une part nos concitoyens, de nos semblables, affamés sous le seuil de pauvreté. Nous nous résignons dans l’amertume de nos quotidiens à haïr nos différences parce qu’ils nous mentent allègrement tant que nous nous laissons manipuler sans réagir. Pendant que soumis nous payons nos impôts inlassablement et que quotidiennement nous participons de sueur à défrayer plus que largement l’inutilité immobile de ces élus qui à aucun moment ne sont là pour le peuple.

Je ne suis pas un spécialiste des chiffres, encore moins des comptes.

Je m’en remets à l’indécence des sommes évoquées quand des millions de compatriotes peinent à régler leurs loyers, leurs factures essentielles, peinent à se nourrir deux à trois semaines par mois. Je m’en remets à l’indignation quand on stigmatise les chômeurs, déjà lourdement accablés, tout en nous en promettant de trop nombreux autres à coup de Loi Travail dérégulatrice, sauvage, alors que des solutions existent pour partager plus équitablement les richesses collectives que nous créons. Non pas à l’opulence, du moins jusqu’à la dignité.

Combien de chambres et d’hôpitaux pourraient être rouverts avec l’argent qui s’évade en fraude fiscale ? Combien de professeurs formés, d’écoles aménagées dans un esprit ouvert vers l’avenir à long terme, celui de la civilisation, contre les vues cupides d’enrichissements rapides qui font les voies de la compétition, de la division dès le plus jeune âge ? Combien de liens sociaux supportés alors, combien d’associations accompagnées et de postes d’agents de la paix sociale de proximité créés ? Combien de centrales d’énergies renouvelables en projet contre le maintien artificiel et dangereux de l’exploitation nucléaire à marche forcée, incroyable source de profits à détourner ou à dilapider en dividendes pour une poignée d’initiés égoïstes, insouciants autant qu’inconscients ? Combien d’infrastructures de proximité pour un réel maillage républicain, égalitaire et fraternel ?

Combien de solidarité dans les poches corrompues ?

Aujourd’hui en France, le montant estimé de la fraude fiscale oscille – tenez-vous – entre soixante et quatre-vingt milliards d’euros ! Alors oui je m’indigne. Il y a de quoi.

Malgré l’indécence et plutôt que d’agir en notre intérêt collectif, plutôt que de s’y attaquer et de risquer alors d’y voir apparaître leur nom, nos responsables politiques de tous bords préfèrent diviser, stigmatiser. Préfèrent nous voir nous entredéchirer, n’hésitant pas à nous y inciter, n’hésitant pas à aller jusqu’à créer l’affrontement pour mieux défendre le fameux ordre républicain. Préfèrent voter en toute discrétion une loi qui protège ces pratiques d’un autre âge pour mieux continuer de s’engraisser sans gêne en nous souriant leur hypocrisie dégueulasse. Je lis à l’instant qu’Emmanuel Macron estime que « vu la situation économique, ne plus payer plus les heures supplémentaires, c’est une nécessité. » Pour qui ? Certainement pas pour les français qui tous les jours s’y usent, certainement pas pour ceux-là qui même en s’y acharnant ne peuvent nourrir leur famille aussi sainement qu’il le faudrait. Pour ses très chers amis actionnaires plus assurément : combien de ces heures volées d’efforts et d’investissements jusqu’à l’usure engraissent les poches de ces exploiteurs nantis du travail de l’autre ? Combien de ces tristes heures effectuées échappent ainsi à l’impôt collectif, échappent au partage du travail et à la redynamisation sociale ? Combien finiront lignes bancaires supplémentaires d’un compte délocalisé aux Îles Vierges, au Panama, à Luxembourg ?

À l’abri d’une solidarité collective.

Nous devrions nous taire estime le député Jacques Myard (Les Républicains), pour qui « le député doit être libre de dépenser son IRFM (indemnité parlementaire) comme il l’entend », reconnaissant qu’il « n’y a que le peuple à juger, merci » même si ce peuple « n’a pas à avoir accès » à ces informations liées aux comptes professionnels de l’élu. N’a pas même à s’intéresser aux différentes manières dont l’élu dépense les deniers publics : notre argent.

Notre argent.

À nous.

Notre cagnotte collective dans le but d’aménager et d’entretenir nos outils sociaux et notre territoire. De cultiver notre solidarité, notre fraternité, en un vivre-ensemble bienveillant. De vivre égaux, communauté de partage. De s’accomplir peuple.

D’ici à entendre que cet argent devient le leur dès qu’il leur est alloué, il n’y a qu’un pas que ma logique n’hésite pas à déduire. Vu l’ampleur du mépris que cet employé arrogant, délégué imbu de pouvoir, montre à ses employeurs actifs, travailleurs au goût de l’effort, je ne peux que conclure autant à ses mauvaises intentions qu’à sa malhonnêteté.

Je le disais dans le dernier billet, je n’apprécie guère d’avoir à exprimer des généralités : l’ensemble de nos responsables politiques, localement d’abord, certainement moins à plus grande échelle, n’est pas totalement corrompu. Mais il y a des habitudes à perdre, des privilèges qui doivent disparaître dans un premier temps, pour amener l’indispensable humilité économe à l’équilibre des comptes. Sans oublier de virer frontalement les voleurs professionnels en exigeant remboursements à l’aide de brigades financières à la loupe sur les arrangements et trafics de toute une clique qui n’a de républicaine que le nom : le couple Balkany en étendard évident, l’héritage de Pasqua à Sarkozy, le loup Copé, l’accablé Juppé, jusqu’à l’hypocrite chantre de le droiture morale François Fillon. Ne croyez pas là que je tente de minimiser les implications frontistes de la dynastie Le Pen et des affaires socialistes, même certains élus communistes ont, localement, allègrement saisi leurs opportunités. Le mépris autant que la fraude se joue à différentes échelles : sous couvert de bonne conscience amicale ou filiale, la camaraderie trouve régulièrement sa place dans l’attribution des marchés publics.

Tout le monde ne joue pas dans la ligue gouvernementale.

 

Nous serons quelques-uns demain samedi , à 15h sur la place d’Armes de Calais, pour confirmer dans le vent froid que nous ne nous résignerons jamais à accepter de telles pratiques : nos impôts ne sont pas votre argent de poche ! Quand une société telle que la nôtre possède les ressources nécessaires à un partage vital de dignité et s’y refuse parce qu’une poignée d’égoïstes divague en amassant des fortunes colossales bien au-delà de leurs besoins les plus fous et les plus excentriques, nous ne pouvons que manifester notre indignation.

La fraternité n’est pas inscrite en notre devise pour le folklore mais bien pour donner sens à une communauté égalitaire en ce qui concerne les aspects essentiels de la vie humaine.

L’argent n’est pas le but mais bien l’outil de cette solidarité.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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