Nique le Peuple, c’est Convenable

J’ai évoqué dans mon dernier billet, suite au viol de Théo à Aulnay-sous-Bois, les violences policières en souhaitant ne pas m’étendre sur un sujet régulièrement abordé ici. Vous connaissez mes opinions et la faible estime d’agents de terrain violents et toujours impunis, il ne me semblait pas nécessaire de rabâcher de nouveau mes sentiments.

Malheureusement, les agressions continuent et les affrontements gardent cette indécence médiatique qui fait tant le jeu de division d’un peuple constamment berné et manipulé par les hautes instances de l’État Français. Et quand au réveil je tombe, sur le site de Marianne, sur la réponse d’un flic à la tribune de personnalités contre ces violences institutionnalisées parue dans Libération en milieu de semaine, je ne peux résolument me taire face à tant de mauvaise foi et de racisme déguisé sous les mots bien agencés qui cherchent à justifier les innombrables bavures quotidiennes d’un corps rongé par la bêtise et la haine de l’autre.

Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police Force Ouvrière, s’y offusque de ce qu’il nomme « une véritable campagne de désinformation au travers d’amalgames qui laisseraient croire que les policiers sont racistes, qu’ils agissent sans commune mesure, qu’ils contrôlent à tout va en stigmatisant une partie de la population ». Ajoute combien ces propos lui sont « intolérables et inadmissibles ». Pour bien situer l’état d’esprit, il faut commencer par rappeler que c’est de ce même syndicat qu’émane le dérapage verbal de la semaine passée, que Luc Poignant, l’homme qui jugeait que « le terme bamboula est à peu près convenable », appartient à la même structure que l’auteur du jour. Remonté, le flic n’a pas dû lire le nom des signataires car il ouvre sa diatribe en apostrophant « les artistes, les intellectuels » quant à leur ignorance des circonstances, des environnements quotidiens : « Mais qu’y connaissez-vous d’ailleurs, vous qui ne mettez jamais les pieds dans un quartier dit « sensible », vous, qui pour certains, ne connaissez que les fastes et ne connaissez la misère des gens qu’au travers des reportages télévisés que vous vous autorisez à regarder ». Mec les signataires sont des boxeurs, des rappeurs et autres sportifs pour la grande majorité issus de ces quartiers populaires qu’ils connaissent assurément mieux qu’un secrétaire général syndicaliste très certainement éloigné de la réalité du terrain depuis trop longtemps.

Puis de tenter de continuer sur la corde sensible :

 « Savez-vous que des dizaines de policiers sont agressés et blessés chaque jour ?

Savez-vous que des centaines de policiers sont insultés chaque jour et font l’objet de menaces ?

Savez-vous que des centaines de policiers ne peuvent habiter là où ils exercent en raison des menaces et risques pour leur famille, leurs enfants ?

Savez-vous que les policiers sont épuisés ?

Savez-vous que les policiers ne peuvent pas concilier une once de vie familiale avec leur vie professionnelle ?

Savez-vous tout simplement que quand vous dénigrez un « flic », vous frappez des milliers de femmes et d’hommes qui derrière l’uniforme ont un cœur ? »

Punaise. On lui dit ou pas ?

Bien sûr qu’on se doute que des policiers sont blessés chaque jour, ça fait partie du métier, être aux fourneaux pour démanteler trafics et mafias les expose, c’est un fait, mais c’est aussi et avant tout un choix. En face, les citoyens mutilés, agressés et tués par les forces de l’ordre n’ont jamais fait le choix de l’exposition au danger : Rémi Fraisse manifestait contre la destruction d’une zone naturelle au profit de grands groupes agro-alimentaires et financiers, Adama Traoré se promenait, tout comme Théo, dans son quartier. Les éborgnés du printemps manifestaient leur refus d’une loi du capital édictée pour généraliser la précarité de tous. Les policiers ne peuvent habiter là où ils exercent ? La population y survit, jour après jour, dans une misère que les agents refusent de voir, à laquelle ils refusent de réfléchir. Vous êtes épuisés ? Certainement pas autant que les infirmières de ce pays à qui on demande toujours plus de présence, toujours plus d’engagement. Croyez-vous que le travail soit un temps de repos ? Tout le monde s’épuise au quotidien branquignol : les ouvriers à l’usine, les commis dans les cuisines, les techniciens sur un plateau de tournage, les apprentis dès le plus jeune âge. La liste est longue, infinie. Croyez-vous que tout le monde concilie sans accroc vie professionnelle et vie familiale ? Vos difficultés sont celles de tout un peuple soumis aux exigences égoïstes et déséquilibrées d’un esclavage au capital. Et pour la dernière, sais-tu, abruti sans vision, que quand vous frappez un citoyen, c’est le cœur d’un pays tout entier que vous crevez ?

Et vous osez vous étonner de la difficile relation dans ce pays entre la police et le peuple…

Pas une once de jugeote dans la défense unilatérale d’un policier qui ne cherche jamais à réfléchir aux conséquences de ses propres actes. Qui ne cherche jamais à comprendre d’où vient le malaise. Qui ne veut jamais remettre en question les missions qui lui sont assignées malgré la violence et la brutalité inhumaine qu’on lui demande de déployer face à des gens qui ne sont là que pour s’exprimer : les manifestations du printemps dernier ont eu leur lot intarissable de citoyens agressés, nassés, blessés. Tirs de flashballs, coups de matraques télescopiques et interpellations sans aucun respect de l’intégrité physique des victimes. Tout ce que je lis entre les lignes amères et fascisantes d’Yves Lefebvre, c’est un dédouanement total des policiers incriminés dans ces bavures quotidiennes au prétexte qu’ils ne feraient que répondre à des provocations, qu’ils ne feraient que se défendre face à la rage d’une population d’ogres… Pauvre type. Comment peut-on se retrouver responsable d’un syndicat quand on ne sait pas regarder ailleurs ce qui se fait, quand on ne veut surtout pas sinon réconcilier les hommes, du moins concilier les consciences vers un équilibre plus serein ?

Faudra-t-il rappeler à cet infime saloperie verbeuse que c’est au peuple qu’il doit rendre compte de sa mission et non au gouvernement, que c’est du peuple qu’il reçoit sa subsistance et que c’est la sécurité du peuple qu’il est supposé protéger et non celle des dirigeants qui s’exposent par leurs décisions au jugement populaire, moteur de la démocratie.

Pour terminer, ce qui est inadmissible et intolérable, ce n’est pas cet appel de personnalités inquiètes de la dégradation de confiance entre les jeunes et l’état, loin de là, ce n’est pas non plus cette diatribe bileuse du policier mal-aimé non, c’est l’impunité d’agents qui n’ont rejoint la police que pour institutionnaliser et légitimer leur goût de la violence, de l’agression raciste, voire du meurtre. Ce qui est inadmissible et intolérable, c’est ce rapport de l’IGPN qui conclut au « viol par accident » dans l’affaire de Théo et qui accepte de recevoir la plainte du sale flicard mis en cause contre sa victime pour des faits d’outrage et de rébellion : ce qui est inacceptable, c’est l’idée de cette toute puissance de l’uniforme qui autoriserait ses spadassins à toutes les exactions improvisées sur des citoyens sans pouvoir.

Je n’aime pas généraliser parce qu’il m’est arrivé de croiser de bons flics.

Souvent dans les bureaux : enquêteurs, inspecteurs, commissaires.

Mais j’en ai croisé beaucoup plus de mauvais dans les rues : racistes et violents, irrespectueux et provocateurs, autoritaires et assoiffés de sang, prêts à déployer la matraque à la moindre tentation de dialogue. Pour qui tout se résume à l’assouvissement quotidien d’une supériorité institutionnelle qui leur octroierait plus de droit que n’importe qui, notamment celui de ne pas avoir à répondre de ses actes les plus horribles, les plus inhumains, les plus indicibles.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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