#NUITDEBOUTCALAIS #141MARS

Avec les nouveaux rendez-vous estivaux proposés, nous tenons la première réunion en local de #NuitDeboutCalais. Nous sommes quelques-uns à 18h mais retardons l’ouverture pour cause d’opération policière sur la jungle et de conférence de presse de madame la préfète : nous attendons les camarades partis à la pêche aux informations à la sortie de cette conférence.

 

Quand ils arrivent, nous sommes une dizaine, et si ce n’est pas extraordinaire, c’est tout de même encourageant de réussir à réunir un peu plus de monde que lors des dernières semaines.

Nous commençons par un rapide tour de parole afin que chacun puisse exprimer les points qu’il/elle souhaite voir abordés lors de cette réunion plus formelle que ce que nous avons pu faire jusqu’à présent. Les envies sont nombreuses et diverses : envies de débats tels que nous savons les animer sur la place d’Armes, mais aussi d’actions concrètes et de construction pérenne d’un mouvement citoyen d’éveil et de démocratie.

 

Avec le désir de préparer la rentrée, nous évoquons d’abord la pertinence et les éventuels moyens de lancer une campagne citoyenne pour les élections législatives de juin 2017 : des expériences de démocratie participatives existent en France en de nombreux endroits, à nous de faire le travail de recherche quant à leur fonctionnement et leurs succès, à nous d’y trouver les pistes intéressantes à creuser pour y piocher ce qui pourra nous servir, ce qui nous parle. L’envie commune, même si nous partageons évidemment des valeurs bien de gauche, relativement libertaires et conscientes des nécessités d’éco-responsabilités, l’envie commune donc, est bien de réussir à faire remonter la voix du peuple plutôt que d’afficher un programme politicien. Nous évoquons ainsi la possibilité de nommer, au sein de tous les volontaires qui souhaiteraient se prêter au jeu, nos candidats par tirage au sort. Il me semble pertinent également de rappeler que nous ne sommes pas seuls, que le littoral fourmille de bonnes volontés, et qui si nous souhaitons élargir les impacts locaux d’une telle entreprise, il est indispensable de contacter les #NuitDebout de Saint-Omer, de Dunkerque et de Boulogne-sur-Mer pour discuter avec eux de cette envie et donner l’impulsion à chacun de ces mouvements pour nous imiter, et nous entraider. Dans le même ordre d’idée, nous sommes conscients que de nombreux candidats encartés, des partis d’extrême-gauche, du parti communiste ou chez les verts, souhaiteront se présenter à la députation, ou recevront des directives nationales. Il est urgent donc de les rencontrer, de profiter ainsi de leurs expériences, mais surtout de discuter des possibilités d’un soutien citoyen, de tenter, au niveau local, de regrouper les hommes au-delà des partis et des logiques électoralistes nationales pour gagner le combat de la démocratie réelle. Nous souhaitons vivement commencer de construire, de s’exercer, de propager l’envie de quitter la représentativité faussée de l’oligarchie afin de changer les habitudes des citoyens, de ramener la politique à notre portée. Comme dit alors L. : « L’objet de cette campagne est de montrer que la façon de faire est aussi importante que ce que nous portons : nous ne voulons plus de cette république (oligarchique), nous ne voulons plus de ce système » qui nie la démocratie, qui refuse le pouvoir du peuple. Il est urgent, essentiel, d’interpeler nos concitoyens pour les amener à porter un autre regard sur les mascarades du calendrier électoral. Plus nous serons nombreux à travailler dans ce sens, #NuitDebout, syndicats et membres locaux, indépendants, de partis, plus nous nous donnerons de chances d’aboutir à un changement des mentalités. Localement sera-t-il possible aux encartés de s’affranchir de lignes et de directives nationales ? Est-il possible de s’adresser aux hommes et aux femmes qui militent en tant que citoyens plutôt qu’en tant que membres de tel ou tel parti ? Sera-t-il possible de dépasser ces clivages stériles ensemble ? Des pistes de communication existent, notamment l’exemple du mépris de Yann Capet pour la parole de ses administrés, trop attaché à son poste et à son investiture pour avoir osé signifier nationalement son désaccord avec les positions ultra-libérales de la Loi El Khomri. Un exemple assurément utile si nous savons l’expliquer.

Nous décidons donc de lancer dès à présent des invitations, aussi bien à nos confrères du littoral qu’aux responsables partisans locaux, afin de commencer de planifier ces rencontres.

 

Côté actions, après le succès et le plaisir partagé de la braderie du 14 juillet sur un stand inter-associatif, au vu des moments de petit bonheur et du bon déroulement de la journée, l’envie est forte de réitérer l’expérience. Invités d’ores et déjà, par le PC à nous joindre à eux pour la braderie du 15 août, nous envisageons rapidement de réserver également un emplacement pour celle de la rue du Vauxhall, à venir prochainement. Nous pourrons de nouveau contacter un ensemble d’associations, tenter de rameuter le comité local de soutien à la Palestine, vendre le pain de La Mauvaise Graine, inviter Partageons la Rue – Calais pour sensibiliser sur l’indispensable renouveau des déplacements urbains, et nous aurons la possibilité de continuer de distribuer tracts autour de la lutte contre la Loi Travail, inciter au boycott des produits affiliés à Monsanto, informer sur les dangers du nucléaire, surtout ici, à quinze kilomètres de la centrale de Gravelines, et sur les modes de production énergétiques alternatifs et propres, continuer d’expliquer à nos concitoyens la situation des réfugiés, le pourquoi de leurs fuites et la honte de cet accueil désastreux sur la jungle, débattre des alternatives à l’aliénation du travail avec le revenu de base, etc… Convergence des luttes, éveil citoyen : c’est un combat de longue haleine qui ne se gagne que d’infimes victoires qui s’agrègent les unes aux autres.

Puisque la municipalité, le gouvernement, jouent de la division et de l’urgence sécuritaire, surfent sur les aspects les plus nauséabonds du communautarisme pour inciter les gens à se replier sur eux-mêmes, à nous de faire le travail inverse, d’expliquer qu’ici, à Calais, ce n’est pas le réfugié qui détruit l’emploi, loin de là, mais que ce sont bien, comme partout ailleurs, les grands patrons, les grands industriels qui exploitent les salariés et développent le chômage à coups de délocalisations avec la complicité de l’État et la bénédiction libérale de Bruxelles.

« Changer le monde commence par se changer soi-même ! », Keny Arkana

B. aborde l’idée de tracter autour de l’autonomie, rapporte les exemples de Detroit aux États-Unis, mégapole sinistrée qui a su se réinventer grâce à l’autonomie alimentaire en développant l’agriculture urbaine, et du Chili, doté d’un tel parc de panneaux solaires qu’aujourd’hui l’électricité y est gratuite pour tous ! « L’autonomie crée l’abondance, recrée l’abondance. C’est moins d’argent à dépenser là et plus à dépenser ailleurs ». Pour continuer de démonter le cercle vicieux de l’exploitation par le travail et de l’asservissement par la consommation, nous discutons de l’exemple très parlant du prix et du temps du café : dosettes polluantes express à plus de mille euros le kilo contre café moulu en sachet à moins de vingt euros avec ce plaisir olfactif du café qui prend le temps de se laisser couler.

Dans l’ensemble, nous comprenons que notre combat est celui de la réappropriation de nos vies, loin de la normalisation imposée par les politiciens, leurs avides amis industriels et ces médias qui leur appartiennent. Nous comprenons, et souhaitons partager cette expérience, que l’engagement militant et associatif, que les pratiques de l’art, sont des activités aussi dignes que le travail à l’usine ou dans les champs, et qu’elles apportent un enrichissement personnel et social, une opportunité d’épanouissement et de construction individuels que n’offre plus le travail, chronophage et abrutissant.

Je propose, pour clore sur ce point des préparatifs autour des prochaines braderies, que chacun prépare quelques notes, quelques phrases, autour des points abordés, afin que nous puissions, dès la semaine prochaine, mettre en page quelques tracts à éditer pour la braderie du Vauxhall, tandis que L. et L. iront se renseigner pour y réserver quelques mètres. Et je lance encore un appel à toutes les bonnes volontés calaisiennes qui souhaiteraient nous y rejoindre afin d’animer la journée, d’y vendre du pain, des affiches, d’éveiller, d’éclairer, de débattre, d’éduquer.

 

Éduquer.

Le mot ne plaît pas à tous, nous y reviendrons certainement de nombreuses fois lors de nombreuses réunions à venir mais je ne lâcherai jamais cet aspect, cette conviction.

De quel droit ? Suis-je tant supérieur à ceux qui ne savent pas ? S. me compare presque à Lénine, et même si je n’ai aucun problème avec ça, j’ai toujours apprécié les premières années de la libération populaire du peuple russe, je ne sais que répondre sur le moment tant les mots dans sa bouche semblent méprisants. L. vient à ma rescousse pour lui expliquer cette chance que nous avons d’être sortis, souvent malgré nous, par accident ou par choix familial, du système de l’esclavage libéral : le gain de temps pour soi, le temps de la réflexion, de la mise en perspective, du recul nécessaire à l’observation, à la compréhension. Oui, nous pouvons aider nos concitoyens à s’éveiller à ce qui se joue au-dessus de leur vie, à ouvrir les yeux sur le cercle vicieux de cet esclavage plus ou moins consenti. Ce n’est en aucun cas un sentiment de supériorité. Si c’était le cas, que m’embarrasserais-je de tenter de les convaincre, de tenter de les amener à cette conscience ? Si c’était le cas, je m’en contenterais probablement, comme le font les industriels, comme le font les politichiens, je les mépriserais certainement comme le font les merdias qui préfèrent diviser que d’instruire.

 

Nous faisons encore le point sur la journée de soi-disant contrôles sanitaires dans les commerces et restaurants de la jungle. La préfète parlent de l’illégalité et des dangers sanitaires… C’est bien la mairie et le gouvernement qui les y ont mis, qui les forcent à y vivre, dans la boue et la poussière, sans accès à l’eau ni à l’électricité. Quand les associations peuvent distribuer 2500 repas par jour pour une population de plus de 7000 habitants, c’est une nouvelle fois l’exemple de la stigmatisation d’une population miséreuse qui fait le jeu de l’extrême-droite et entretient la division, pauvres contre pauvres. L’action policière d’aujourd’hui, nous en sommes persuadés, est également une manière de préparer le prochain démantèlement du camp. Son but est d’affamer et d’exacerber les tensions au sein de la jungle, de satisfaire les mous du bulbe qui désirent passer leurs frustrations misérables sur plus malheureux plutôt que sur les réels responsables de leurs propres difficultés. Ce mardi, dix-sept échoppes ont été inspectées, vidées, sur la cinquantaine listée pour l’opération. La semaine va y être longue et tendue…

 

Nous aurions encore voulu parler de l’état d’urgence permanent qu’on nous prépare, du soutien aux jeunes inculpés des manifestations du printemps, des lignes éditoriales des journaux locaux, du capitalisme et des moyens de le réguler avant d’y mettre fin. De bien d’autres choses… Ce sera pour la prochaine réunion !

La soirée a été dense, passionnante et constructive. Épuisante également, mais agréable !

Nous sommes encore peu nombreux mais nous sommes le changement qui s’annonce.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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