#NUITDEBOUTCALAIS #129/130/131MARS

Le mouvement calaisien vacille, c’est indéniable et j’en suis profondément désolé.

Et déçu.

Quelques personnes continuent de suivre de loin ce qu’il s’y passe mais l’absence quotidienne de participants est aussi démotivante que désespérante pour ceux, comme moi, qui viennent régulièrement. Ces trois derniers jours, nous étions supposés débattre autour de l’éducation au sens large, un sujet assez vaste, englobant suffisamment d’aspects différents pour espérer intéresser une large frange de la population locale : le nombre d’enfants par famille, ici à Calais, semble supérieur à la moyenne nationale et c’est bien d’eux qu’il s’agissait. Mais qu’est-ce que l’éducation face à l’été naissant, face à l’oubli des plages et de la douceur estivale de se laisser aller ? Qu’est-ce que l’éducation face à la ferveur abrutissante du football spectacle ?

Panem et circenses. Nos sociétés libérales, sous des allures de confort et de libertés restreintes sous couvert sécuritaire, savent parfaitement comment glisser sans un mot vers le totalitarisme.

 

Jeudi, #129MARS, nous étions trois. Et ce nombre restreint composé de trois visages familiers, a amené B. à nous confier son prochain désistement, inévitable : tout comme moi, il se questionne quant à l’utilité de nos rencontres face à l’écho que nous ne recevons pas. À quoi bon lutter, discuter, se projeter, si personne ne s’investit hormis les trois mêmes visages ? Si seuls les éléments moteurs d’un groupe à l’arrêt se retrouvent sans que jamais de nouveaux venus nous rejoignent ? Il nous a fallu lui rappeler qu’évidemment l’été sera difficile à passer, meurtrier peut-être, mais qu’il n’est assurément pas vain de reporter nos espoirs à septembre. Qu’alors, avec l’outil idéal, avec plusieurs outils même, nous pourrons entamer une campagne intensive en vue des législatives comme prétexte à l’éducation populaire locale, comme accès vers le renouveau de la démocratie, comme le premier pas d’une action au long cours dont l’aboutissement ultime doit être la prise de la municipalité aux politiciens irresponsables qui l’occupent pour rendre la gouvernance de la cité aux calaisiens, aux citoyens.

Rêvons-nous ? Je souhaite profondément me convaincre que non mais je suis loin d’en être persuadé. L’abandon naturel de la majorité à l’oubli quotidien de l’histoire installe le doute. Un doute lourd, insistant. Oppressant.

 

Vendredi, #130MARS, après une petite heure au salon Leroy sur le coin de la place d’Armes pour l’exposition contée de mon ami Alain, photographe talentueux et engagé, j’ai rejoint les bancs que nous avons l’habitude d’occuper. Encore une fois nous étions trois mais j’étais le seul participant commun de ces deux soirées et j’ai retrouvé avec plaisir deux amies moins souvent présentes mais participantes régulières et militantes. La présence de MP, maîtresse d’école auprès de jeunes enfants, en maternelle, nous a permis d’entamer le débat prévu autour de l’éducation. De toutes ses formes.

Celle que les parents d’aujourd’hui délaissent, par ignorance, par manque de temps, par manque d’intérêt pour leur propre progéniture, ou encore parce qu’ils pensent que c’est la mission de l’école que d’inculquer le respect de soi, le respect de l’autre, bref que c’est la mission de l’école que de tout gérer.

Celle de l’école donc, qui devrait pouvoir se contenter d’instruction, de culture et de réflexion si les enfants y arrivaient avec ces indispensables notions de respect, de discipline et d’écoute, s’ils comprenaient le pourquoi de cette instruction, sa nécessité essentielle.

Celle de l’Éducation Nationale qui brise depuis plus de trente ans les exigences fondamentales, qui refuse aujourd’hui l’échec, n’y voyant plus l’outil de remise en question et de dépassement de soi qu’il est. L’Éducation Nationale, qui vend du temps de cerveau disponible à Microsoft et aux fabricants de tablettes et d’ordinateurs, qui ment sur le progrès et l’intégration à une société de loisirs pour mieux déshumaniser nos enfants, couper les ponts de l’humain : le regard, la reconnaissance en l’autre, le sourire, la coopération. Qui nie le plaisir de jouer, de vivre et de réussir ensemble.

Quand l’État ne respecte ni le peuple ni les enfants de ce peuple, comment, sans dignité, sans estime de soi, inculquer le respect de l’autre ? Quand les médias et l’entreprise encouragent la compétition, l’écrasement total de l’adversaire, comment inculquer le respect de l’autre ?

De nouvelles formes d’éducation doivent naître, d’anciennes doivent réapparaître.

 

Samedi soir, #131MARS, cent jours de #NuitDebout.

J’étais seul.

Dans la douceur de la soirée, j’ai passé une heure à bouquiner en attendant la venue d’un ou deux camarades avec qui discuter un moment. La place d’Armes est restée vide.

Je serai là ce dimanche soir encore, malgré la pluie.

J’ai beau avoir de la colère en stock, dénigrer ce monde qui s’écroule sur l’homme, qui nous pervertit, nous affaiblit, je ne mords pas. Je n’ai pas de crocs, que des mots.

J’ai besoin de vous. Nous avons besoin les uns des autres. C’est ce qui s’appelle faire société.

Vivre ensemble.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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