REUNION DE CONCERTATION AUTOUR DE L’EXTENSION DU MUR ANTI-INTRUSION DE LA ROCADE #NUITDEBOUTCALAIS #128MARS

Réunion houleuse ce mercredi soir au club house de la salle Calypso : autour d’une petite centaine de participants se sont déplacés dont, en grande majorité, les riverains excédés de la jungle accompagnés d’un bon nombre de pauvres d’esprits en colère désireux de sauver Calais de l’invasion migratoire. Il doit y avoir une vingtaine d’habitants présents pour l’information, curieux sans engagement de ce qui se construit ici, puis nous, une petite dizaine d’humanistes, militants de la jungle ou de #NuitDeboutCalais.

Après avoir assisté ces derniers mois à un conseil municipal ainsi qu’à une réunion de débat public autour du projet de parc d’attraction, cette troisième expérience de la démocratie locale n’est en rien différente de ce dont j’ai déjà pu être le témoin : comme à leur habitude, l’équipe municipale convie ses administrés à une réunion d’information autour d’un projet déjà entériné sans avoir l’intention de retirer quoi que ce soit de l’exercice de concertation. Mais puisque la parole est donnée à tous, nombreux se lâchent.

Moi y compris.

 

DE LA ROCADE PORTUAIRE AU 49-3, QUAND LES MURS DU MÉPRIS ET DE LA DIVISION S’ÉRIGENT ENTRE LES HOMMES

 

Emmanuel Agius insiste longuement sur l’opportunité offerte par le Brexit de la renégociation des accords du Touquet, avec l’idée évidente de ramener la frontière britannique loin de Calais, sur le sol anglais, à Douvres. Pourtant, l’érection prévue de ce mur anti-intrusion le long de la rocade portuaire semble être, en partie, une exigence britannique puisqu’il sera intégralement financé par le gouvernement d’outre-Manche. Ce serait également une volonté étatique, une réelle soumission de notre gouvernement à l’Europe libérale qui souhaite protéger le transport des marchandises au détriment de vies humaines et d’espoirs individuels et collectifs. Entre exigence municipale de démantèlement intégral du terrain de la jungle et volonté gouvernementale de communiquer positivement sur le règlement d’une crise, Emmanuel Agius continue de s’emmêler dans les paradoxes des volontés d’émancipation d’une municipalité face à un État auquel, inévitablement, irrémédiablement, ils admettent, en posture électoraliste, se soumettre sans avoir d’autre choix.

Monsieur le commissaire aussi prend la parole. Ne parle plus de prévenir les intrusions mais choisit volontairement un vocabulaire martial, qualifiant à plus de cinquante reprises ces intrusions d’attaques, violentes et incontrôlables. Avoue finalement que lorsqu’il lui a été demandé de trouver une solution, seule cette idée de mur lui est venue, seule ce concept de séparation des mondes lui a semblé être pertinent. De la part d’un homme qui aime à rappeler son combat contre le fascisme suite à la déportation d’une partie de sa famille lors de la Seconde Guerre Mondiale, le paradoxe est remarquable. Chiffres à l’appui, l’homme joue de populisme dégueulasse pour encourager la colère raciste des fachos présents : « En janvier ce sont 3000 attaques pour une population de 3000 migrants ; en juin plus de 22000 attaques ! » Le discours a le mérite d’être clair dans l’embrouille des esprits simples, le raccourci encouragé. Pour autant la contradiction est évidente : trois mille intrusions avant la mise en place de kilomètres de grillages autour de l’accès au port et de la rocade, vingt-deux mille après, où donc est l’utilité de ces grillages autant que de ce mur à venir ?

Un riverain de la jungle se plaint de l’incessant passage de ces étrangers visiblement différents qui vont et viennent entre le camp et le centre-ville : ils marchent sur les trottoirs, nombreux, traversent certains jardins pour rejoindre l’autoroute ou TransMarck, draguent les jeunes filles, transportent des packs de bière… « On est chez nous » crient les abrutis dans mon dos, « la France aux français » ajoute l’un d’eux, qui n’a certainement aucune idée des innombrables adn qui composent le sien, de sa propre histoire familiale. « Le monde aux humains » est la seule réponse qui me vient, non sans colère quand en 2016, un homme de cinquante ans peut être aussi con, inculte et réfractaire à l’autre.

Questions sur le démantèlement, que le sous-préfet ne confirme à aucun moment, se contentant d’affirmer que « sur la zone nord de la jungle, les choses vont évoluer ». Pour autant, le premier adjoint Agius n’apporte aucune réponse quant à l’éventuel devenir de ces populations si elles venaient à être chassées de là, ce n’est visiblement pas le souci. L’idée du soir, c’est bien de séduire les riverains à coups de promesses intenables et de compréhension feinte dans un but purement électoraliste. Les rares questions que nous posons, militants associatifs et citoyens humanistes, mettent aisément l’homme devant le vide de son discours, jusqu’à ce qu’il avoue n’avoir pas de solution au problème ! Merde, quel homme peut oser s’engager en politique sans avoir de solution aux problèmes qu’il sera amené à résoudre ? N’est-ce pas la base essentielle de l’approche politique que d’envisager d’aussi nombreuses solutions que possible afin de mettre en place, rapidement, les moyens d’améliorer des situations difficiles ? Qu’elles puissent être efficaces à court terme autant que préparer d’autres solutions pour le long terme ? Incohérence et inaptitude exposées, Emmanuel Agius se pose là en représentant parfait d’une équipe municipale complètement désintéressée des problèmes de ses administrés, centrée sur le carriérisme de trois ou quatre d’entre-eux, et jouant sans vergogne de la division des différentes populations calaisiennes.

Les paradoxes s’accumulent encore quand un jeune homme, calaisien en colère revendiqué, après nous avoir susurré des mots doux –  No Border ! – toute la réunion, se lève pour réclamer l’ouverture des frontières. Nous n’hésitons pas à l’applaudir, sourire aux lèvres. Bien évidemment, le voilà qui se rattrape en précisant qu’il ne souhaite que voir passer les réfugiés vers l’Angleterre avant de verrouiller de nouveau les frontières, françaises notamment. Mais le moment a eu le mérite de bien nous amuser.

J’en viens à m’emparer du microphone et à adresser ma question au premier adjoint : quand historiquement on connait l’effet des murs dressés entre les peuples, en Allemagne, en Corée, entre l’Israël et les territoires palestiniens ; quand géopolitiquement nous savons parfaitement les raisons qui amènent ces populations en fuite de guerres que nous entretenons à coups de vente d’armes et de manœuvres diplomatiques malsaines ; quand l’équipe municipale souhaite voir se réduire le flux migratoire et améliorer les conditions de vie de ses administrés, pourquoi continuer de construire des murs, continuer d’isoler une population miséreuse et nécessiteuse au-delà du regard occidental, et ne pas construire l’inverse, des ponts entre les hommes, des ponts entre les cultures ? Pourquoi ne pas accueillir ces réfugiés en centre-ville, s’occuper de confronter en bonne intelligence nos différentes cultures pour s’enrichir les uns les autres plutôt que de jouer le jeu de la division ? La seule réponse que j’obtiens de ce premier adjoint dépassé, incohérent et navrant d’incapacité et d’inutilité, est que je pose là une question philosophique dont il ne peut débattre de suite. Me semble pourtant que ma question est éminemment politique et pratique. Il me semble que j’invite la municipalité à prendre ses responsabilités locales, au-delà voire contre l’avis d’un gouvernement qui manipule sciemment ces flux et ces informations dans les médias pour entretenir la haine et le rejet, entretenir la division.

Sans réponse, la réunion est bientôt close par Emmanuel Agius.

Les tensions sont fortes, et le travail d’éducation de nombreux calaisiens reste à faire.

L’inefficacité presque revendiquée de la municipalité nous encourage encore à aller vers la construction d’un parti citoyen et humaniste pour changer les modes de gouvernance, en finir définitivement avec l’inutilité des élites politocardes et faire de la démocratie une réalité tangible et non un concept mensonger, dévoyé.

 

Sans compter le nouveau 49-3 de Valls pour nous sodomiser profondément avec la Loi Travail du Medef et de Bruxelles, que nos chers deputes, Yann Capet en tête, n’ont pas daigné bloquer en laissant la motion de censure échouer à 56 voix, comme la dernière fois… Ce mercredi était bien la journée des murs entre les individus, entre les peuples, entre les salariés, les industriels et les actionnaires. Une journée de division assumée, pour toujours mieux régner.

Pour toujours mieux nous asservir et nous écraser sous le poids de quotidiens instables dans lesquels nous abandonnons nos désirs de liberté à la nécessité de survivre, à la nécessité de s’accrocher aux petits conforts de la vie occidentale et du consumérisme effréné.

Il y a encore du boulot !

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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