#NUITDEBOUTCALAIS #102MARS

Arrivé à peine en retard sur la place d’Armes, je suis immédiatement rejoint par deux jeunes engagés dans le mouvement lycéen local de contestation contre la Loi Travail, et par L. venu à leur rencontre dans le cadre de notre action de soutien aux interpelés et aux inculpés des mouvements sociaux de ce printemps debout. Les deux jeunes garçons se font le relais des nouvelles dérives policières et judiciaires locales qui continuent d’illustrer le déchaînement aveugle et violent, inique, du gouvernement à l’encontre des manifestants : ce mercredi passé, plusieurs lycéens se sont retrouvés sur le parvis du Grand Théâtre dans l’intention de déployer sur la façade du bâtiment une large banderole en prévision de la manifestation du lendemain.

Visiblement l’initiative n’a pas séduit : la police a procédé à quelques interpellations et sept jeunes ont été convoqués ce jeudi après-midi au commissariat. Les premiers à s’y présenter ont été placés en garde à vue, les derniers convoqués ont donc évité de s’y rendre.

Afin d’organiser une défense groupée, L. demande à nos jeunes compagnons de tenter de nous fournir une copie des procès-verbaux de ces gardes à vue ainsi que des convocations à comparaître pour ceux qui sont concernés. L. nous a rejoint et B. arrive à son tour. Nous soulevons qu’il nous faut avant tout obtenir l’accord des parents pour ce type d’action, que peut-être l’absence de retour des jeunes inculpés s’explique par une opposition parentale. J. témoigne que dans le cas d’une amie, c’est l’insouciance qui prime puisqu’elle ne bénéficie d’aucun suivi parental. Les situations sont certainement aussi différentes que nombreuses, pour autant, L. insiste : la meilleure manière de démontrer l’absurdité de cette répression aléatoire est de réunir les témoignages et de grouper une défense pour éviter le cas par cas judiciaire. Il y a du vrai. L’accord des parents pour les mineurs nous reste cependant indispensable.

Dans la logique gouvernementale qui dirige ces actes, je me fais l’écho de la proposition de loi émanant du Sénat en vue de criminaliser les manifestants et interdire à ceux-là ciblés la fréquentation des centre-ville ou toute forme de participation aux mouvements de contestation, en calquant la procédure sur les lois qui régissent l’entrée aux stades pour les hooligans reconnus de violences. L. évoque alors une loi fasciste transalpine toujours en application et dont la révision est en cours chez nos voisins italiens. Le glissement est évidemment dangereux pour la liberté d’expression et de manifester. Pour la liberté tout court. C’est un premier pas inacceptable, insupportable, vers un futur brun et malsain ; d’autant plus évident à la lecture de ce texte qui encense les serviteurs serviles de privilégiés qui s’octroient une illégitime puissance au-dessus des lois et condamne une haine anti-flics qui n’est née que des innombrables répressions, à coups de scandaleuses violences indignes d’une démocratie :

âmes sensibles ne pas s’abstenir, la compassion est une des flammes de la conscience.

 

Après le regain de fréquentation de la veille, je m’attendais à ce petit succès renouvelé, nous ne serons guère plus que cinq ou six ce soir.

Nous revenons sur le projet entamé la veille et je partage la maquette pour une gazette citoyenne que je me suis amusé à crayonner dans l’après-midi. L’idée générale plaît mais semble évidemment trop ambitieuse dans le détail de nombreux aspects.

Il y a d’abord le coût d’impression et, avec cette variable, le volume de diffusion initial. Le choix d’une impression couleur s’accompagnerait inévitablement de coûts exponentiels au niveau des encres quand le noir et blanc revient à des dépenses plus négligeables et permet un circuit d’impression via débrouillardise. Dans la même optique, un format A3 demande plus de contenu, plus de mots, plus d’encre, quand un A4 peut se permettre d’être plus léger, moins exigeant au niveau de l’implication de chacun.

Dans l’optique d’une diffusion rapide, nous revenons sur nos ressentis de l’implication de la veille, une vague enthousiaste plutôt agréable et prometteuse, et nous comprenons que le format définitif du premier numéro ne sera envisageable que d’ici sept ou huit jours, qu’il s’adaptera alors au contenu que nous et ceux de nos camarades qui se seront prêtés au jeu auront fourni.

Justement, L. a publié dans la journée un court billet, percutant, autour de l’événement du jour, l’ouverture des jeux du cirque, valse tourbillonnante et abrutissante de l’Euro, pillage cynique de la masse sous le masque grossier de milliardaires en short. Veau d’or moderne. Un court billet que j’ai lu et approuvé de suite, mais, avec L. qui émet quelques réserves, j’admets qu’il sera nécessaire d’y adjoindre plus de corps, quelques approfondissements annexes en l’intégrant à une page pleine sur le choix du boycott de l’événement. Autour des prises de consciences qui en sont les fondements. Et j’ajoute que nous pourrons également y mettre en lumière quelques liens vers des articles connexes à retrouver sur le net, tel celui parcouru dans l’après-midi sur le site du NPA.

M., qui nous a quittés pour le sud du pays, m’a fait parvenir un texte, entre poésie et questionnements autour de son expérience calaisienne, me demandant de corriger les quelques fautes qu’elle a pu faire, et j’apprécierais de pouvoir le publier dans notre premier numéro. J’espère obtenir son accord car son témoignage, candide et sensible, m’a touché.

Une semaine pour écrire et dessiner, une semaine pour produire un contenu et finaliser une première mouture sans autre ambition que de nous exprimer à l’adresse de nos concitoyens quant aux innombrables dysfonctionnements de nos sociétés libérales, inhumaines.

Impression A4 en système d, et vient la question de la distribution. Avec l’idée d’une gazette disponible pour le plus grand nombre, nous évoquons la nécessité d’aller à la rencontre des commerçants et de leur soumettre alors notre parution, de leur donner un exemplaire à lire, à feuilleter, et de récolter leurs sentiments avant d’obtenir leur accord pour leur laisser quelques exemplaires en dépôt. Je propose aussi que nous le distribuions activement, de la main à la main, sur les marchés, ce qui nous assure alors d’un impact plus personnel et nous ouvre au dialogue et à la rencontre. L’idée d’un A4 noir et blanc léger permet également de communiquer sur la diffusion libre, d’encourager nos futurs lecteurs à s’en emparer, à le photocopier et à le diffuser alors eux-mêmes dans leur entourage. Un bel argument en faveur de ce format.

 

Je me fais encore le relais de l’information syndicale, après le coup de fil d’un camarade syndiqué, autour de la mobilisation nationale de ce mardi 14 juin, Après m’avoir informé d’une belle campagne d’affichage locale à venir, l’ami m’explique que puisque nombreux sont les intéressés qui ne peuvent se rendre à Paris pour diverses raisons familiales, décision a été prise d’organiser une manifestation locale. J’en suis très heureux : rendez-vous donc ce mardi matin devant la sous-préfecture pour un cortège qui nous conduira jusque sur la place d’Armes, où j’espère que nous saurons tenir jusqu’au soir tant c’est l’occasion idéale, si le soleil est de la partie, pour une réelle occupation citoyenne.

Aurai-je le temps de préparer une compilation plus engagée que ce à quoi nous ont habitué les jeunes, plus consciente, plus adaptée à la contestation ? Le choix est large : de l’indémodable Suprême NTM au flamboyant Ministère des Affaires Populaires, de la rage de Keny Arkana à l’optimiste douceur de Danakil en passant par l’inévitable Bob Marley, l’énergie de Lofofora et d’autres enragés de la conscientisation sociale. Il y a de quoi protester en rythme dans la bonne humeur tout en se cultivant et en réfléchissant aux moyens d’actions qui s’offrent pour exprimer notre rage autant que notre détermination.

Serons-nous suffisamment nombreux pour animer une occupation citoyenne à travers quelques cercles de débats ? Certains d’entre-nous peuvent être présents pour recueillir les témoignages des jeunes malmenés par les milices de l’ordre gouvernemental dans le cadre du soutien aux inculpés ; d’autres peuvent informer les jeunes et les moins jeunes autour des raisons et des pratiques de l’organisation syndicale ; un autre ici pour réfléchir autour de la démocratie directe ; une autre encore pour recueillir la pensée libre des participants qui accepteront de se prêter au jeu du porteur de parole ; d’autres encore autour des alternatives écoresponsables aux problématiques fondamentales de nos sociétés, telles que l’énergie, l’alimentation, la consommation. Je lance un appel à T., si tu me lis, pour animer un cercle autour du rap engagé, de la construction enragée d’une pensée vers des mots ; je me propose également de lancer sur place un appel à la création auprès de nos concitoyens qui souhaiteraient s’exprimer au sein de cette gazette en projet. Si comme d’habitude les jeunes sont présents en nombre, c’est l’occasion de les fédérer autant que de les occuper, de les amener ainsi à transformer l’engagement éphémère, pour certains, d’une matinée hebdomadaire, en conscience durable des comportements à adopter toute une vie de changements.

 

Fin de soirée sur l’épisode improbable d’une voiture sans frein sur la pente imperceptible de la place d’Armes, avec l’épique intervention de la police municipale : c’est cocasse et, sur ces notes de rire, nous nous quittons en espérant toujours voir demain de nouveaux visages rejoindre une assemblée plus conséquente. Le temps est agréable et, sans en avoir l’air, nous commençons imperceptiblement de changer le monde.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :