#NUITDEBOUTCALAIS #101MARS

La vie réserve de belles surprises !

Je n’ai pas accompagné la manifestation lycéenne de ce jeudi pour cause de retrouvailles : M., avec qui j’ai vécu quelques mois pour ma première colocation il y a plus de quinze ans, était à Calais pour quelques heures. Installée à Londres depuis plusieurs années, elle donne de son temps et de son énergie à une association britannique d’aide aux réfugiés et accompagnait ce jour un convoi de nourriture et de vêtements à destination de Calais Kitchens et de l’Auberge des Migrants. Je l’ai donc retrouvée là-bas une petite heure en fin de matinée, heureux de prêter mes bras au déchargement des victuailles et au tri des chaussures en sa compagnie.

Petit bonheur !

 

Après avoir mis en ligne le portrait de V., je file sur la place d’Armes pour notre rendez-vous autour d’une parution citoyenne locale, il est 18h. Nous ne sommes que trois pour commencer mais d’autres nous rejoignent au fur et à mesure de la soirée avec l’envie évidente de participer activement à l’expérience, tant dans la forme que dans le fond.

Alors que nous ne sommes encore que trois ou quatre, j’expose mon idée personnelle de ce que peut être cette parution : un bimensuel socioculturel thématique. Un mot, une idée, un concept, bref un thème général par numéro, avec dossier d’analyses socio-politiques, humaines et économiques de l’état de ce concept dans les sociétés d’aujourd’hui et mise en lumière des problèmes qui y sont liés, qui en découlent. Une seconde partie au dossier ensuite, où nous pourrions présenter les différentes alternatives à ces problématiques puis, pour habiller l’ensemble autant que pour ouvrir à nos concitoyens des fenêtres sur le monde, une offre culturelle en adéquation au thème : photographies, illustrations, poésies ou nouvelles.

L. avance alors qu’il nous faudra nécessairement un espace d’actualités et je réponds que le thème choisi doit justement se mettre au diapason de l’actualité, locale ou nationale, et nous évoquons pour l’heure, comme exemples, le tourisme et l’Euro de l’Uefa.

M. aborde l’idée de rubriques régulières pour marquer l’identité de la gazette et j’approuve : les versions papier de Nord Littoral ou des Inrocks, aussi différentes soient ces parutions, fonctionnent sur cet aspect. M. ajoute alors qu’avec l’envie de renouveau citoyen, il sera pertinent d’y faire naître un champ lexical nouveau, parfois décalé, humoristique, humain, comme Mauvaises Nouvelles des Étoiles pour une rubrique astrologique. Cette dose d’humour sera essentielle pour appuyer nos propos et, si je ne m’en sens pas réellement capable, trop attaché au sérieux des choses pour savoir en rire de moi-même, d’autres peuvent y contribuer : c’est là justement une des richesses du collectif.

Dans la même optique de renouveau et d’exemplarité, M. propose également que nous tentions l’expérience écoresponsable en s’orientant, pour l’impression, vers un circuit respectueux de l’environnement : papier recyclé et encres non polluantes. Une belle idée.

Même si la direction générale proposée semble satisfaire le plus grand nombre, nous sommes une petite dizaine à ce stade de la discussion, différentes réserves apparaissent, notamment autour de cette idée contraignante d’un contenu thématique, qui semble à certain un carcan trop étroit pour développer l’ensemble des questions régulièrement posées sur de trop nombreux aspects sociétaux pour réussir à réduire l’actualité autour d’un seul thème.

P. nous rejoint bientôt, avec des chiffres éloquents sur le financement de Long Ma et l’envie de rédiger quelque chose pour informer nos concitoyens du coût astronomique de l’événement, financé en partie par nos impôts, et des manipulations médiatiques qui l’accompagnent. L’idée séduit tant la communication municipale joue encore l’électoralisme inconséquent en annonçant un budget de 900.000€ à charge de la ville quand près de la moitié de l’enveloppe (400.000€) est prise en charge par le Channel, que l’agglomération participe également, tout comme la Région. Le détail des chiffres laisse ainsi la place à de nombreuses questions et offre assurément la base d’un bel article.

Sur cette veine touristique, il nous semble alors pertinent de préparer également un dossier autour d’Heroic Land avec la matière déjà en germe dans certains de nos travaux et dans nos présences répétées aux quatre réunions de concertation publique autour du projet.

Autour du libéralisme exacerbé de l’Euro, quelques idées naissent également, ce serait évidemment l’occasion de mettre en lumière auprès de nos concitoyens le cadeau fiscal aux entreprises participantes à l’événement, totalement exonérées de charges pour l’occasion : une aberration dans une économie soi-disant sinistrée !

La question d’un contenu local ou national revient : il nous faut savoir lequel doit prévaloir mais j’ai, personnellement, l’idée que c’est la puissance évocatrice de l’actualité qui doit orienter le contenu : les mois d’avril et mai, autour de l’activité sociale contre la Loi Travail, nous auraient portés à traiter l’ensemble d’un point de vue national tant la lutte est globale contre ce monde que l’on cherche à nous imposer par d’innombrables violences policières, sans pour autant nous empêcher de lier ces sujets avec une actualité locale : pas de cloison dans le monde, tout est lié. La pression migratoire locale ne découle pas seulement d’une politique municipale mais bien de la marche économique d’un monde offert aux marchands d’armes, encouragé par de pitoyables gestions humanitaires nationales et européennes. De même pour la désertion locale de l’emploi qui ne découle pas d’une fainéantise ou d’une incapacité locale mais de la mondialisation débridée, des mises en concurrence inhumaines qui l’accompagnent.

Les envies sont nombreuses et nous nous proposons de laisser chacun libre cours à nos envies d’expression, analytiques, humoristiques ou artistiques, pour apporter la matière première qui nous ressemble et en dégager plus sereinement et plus concrètement un contenu pertinent. Une mailing list se crée et certains proposent que je centralise les productions de chacun lors des dix prochains jours. Ainsi chacun est invité à s’exprimer et à me faire parvenir par mail leur intervention. Et que ceux qui nous lisent sans encore être venus nous rencontrer ne se sentent pas exclus : si vous souhaitez vous exprimer dans cette future parution, n’hésitez pas à me contacter en message privé via ce blog ou facebook pour me faire part de votre désir en me laissant vos coordonnées, nous vous ajouterons avec plaisir à cette mailing list.

 

Après plus d’une heure et demie d’une discussion dense et vivante, nous abordons plus légèrement des détails moins essentiels pour l’instant. La question du coût de production est soulevée mais entre enthousiasme et envie de débrouillardise, il ne nous semble pas indispensable d’y répondre de suite : avant de chiffrer, faisons ! Alors, première maquette satisfaisante en main, nous verrons bien comment gérer la première édition, nous envisagerons les coûts d’impression et de fonctionnement ainsi que les modes de distribution. M. propose en riant que la gazette s’accompagne, tous les deux ou trois mois, d’une compilation musicale d’artistes locaux, et si ses mots sont passés relativement inaperçus, je souligne ici combien l’idée me plaît. Mais nous discutons alors d’un nom pour cette parution, et dans l’effervescence, personne ne relève. Comme pour le contenu, nous lançons un appel aux propositions pour un nom qui sache exprimer cette volonté locale de reprendre la main :

DEBOUT / CITOYENS ! / SOUS LA PLAGE, LES PAVÉS / PLACE D’ARMES / MARS#101 / LA TOUR DU GUET. Je n’ai pas retenu toutes les propositions tant elles sont alors nombreuses. Pour autant, aucune encore ne convainc tout le monde.

Avec tout ça, avec les impératifs évoqués par A. la veille quant à l’information essentielle (agenda et liens) à y faire figurer, j’ai largement de quoi préparer une première maquette globale, grossière, à soumettre à mes camarades dans les jours qui viennent : il nous faudra alors avoir une nouvelle réunion en présence de graphistes, capables de nous aider à mettre tout ça en forme, à créer l’ossature type de notre objet.

L.partage bientôt les tracts Qu’a voté votre député ? de Fakir, et nous invite à les distribuer dans les boites aux lettres de nos quartiers et la forte présence du soir nous assure ainsi une première campagne géographiquement vaste. De Calais nord à Blériot, jusqu’au Virval ou autour de la mairie, nous nous engageons à relayer ces informations au plus grand nombre.

 

C’est une belle soirée pour #NuitDeboutCalais, revigorante : présences et implications fortes, l’envie de s’exprimer au-delà du cercle nous a rassemblé plus que le rendez-vous citoyen ces derniers jours et c’est un agréable coup de fouet pour ce #101MARS qui célèbre dix semaines de #NuitDebout en France. Le mouvement calaisien est encore loin d’être mort, l’intérêt est toujours là, la détermination à faire naître des alternatives également !

Puisque nous ne pouvons pas compter sur le cynisme d’élus inconséquents et improductifs, puisque nous ne pouvons attendre des médias institutionnels une information libre, à nous de réinventer la ville, à nous de réinventer la presse, à nous de réinventer la démocratie !

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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