#NUITDEBOUTCALAIS #98MARS

Plus de dix jours que je n’ai eu le loisir de rejoindre mes camarades sur la place d’Armes pour notre rendez-vous citoyen quotidien, et le lointain suivi que j’ai pu en faire n’est guère encourageant. Des soirées à trois ou quatre participants, le mouvement calaisien s’essouffle et nous ne sommes plus qu’une poignée. Le temps maussade et froid de la semaine passée n’a certes pas aidé mais il est évidemment difficile de réaliser que nous n’avons su fédérer, que la résignation atteint même les plus motivés à changer les choses. Pour autant la conscience est là : nombreux sont les habitants passés nous rencontrer et puisque rien n’est vain, il ne faut pas s’alarmer. À Calais comme ailleurs, les combats, nombreux, sont loin d’être terminés et si quelques irréductibles indignés continuent de venir échanger chaque soir, de nombreux autres nous soutiennent sans un mot et attendent que des actions se concrétisent.

Avec le retour du soleil, j’arrive un peu après 18h et je retrouve là A. et sa fille.

Rencontrée quelques semaines plus tôt ici-même, c’est la première fois que je la vois nous rejoindre même si ce n’est pas la première fois qu’elle vient. Nous serons les seuls ce soir et A. est venue avec de quoi réaliser un porteur de parole : un fil tendu entre deux piquets, sur lequel une question est accrochée, papier sur pinces à linges, et qui invite les passants à répondre.

Pour vous les Nuit Debout c’est quoi ?

Nous y répondons tous deux, chacun notre feuille de papier et accrochons nos mots là, dans le vent léger de Calais nord. J’apprécie le procédé et A. m’en explique l’usage, à la fois libérateur de parole (l’idée étant de recueillir nous-mêmes la parole des passants) et média de communication visible de tous. Comme une invitation silencieuse à nous rejoindre, même discrètement, même de quelques mots seulement.

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Nous échangeons ensuite autour de la situation actuelle tandis que la petite fille d’A. gambade autour de nous en soufflant de belles bulles de savon et je résume rapidement à ma compagne du soir l’état d’avancement timide de #NuitDeboutCalais. Mais puisque nous nous rencontrons, nous passons vite à des échanges plus personnels sur ce que nous faisons de nos vies et je peux apprécier l’engagement professionnel autant que citoyen de notre camarade. Le courant passe et j’espère la revoir parmi nous cette semaine, tout comme j’espère voir revenir de nombreux compagnons toujours hésitants à s’investir dans ce qui nous semble tous stagner.

Les idées sont plus nombreuses quand les hommes et les femmes le sont, plusieurs projets ont déjà été évoqués, à de multiples reprises, et j’espère profondément que ceux qui venaient les premiers jours nous rejoindront à nouveau bientôt afin de mettre en œuvre les énergies et les aspirations au changement qui nous meuvent. Changer Calais passera par l’investissement du plus grand nombre car les questions posées sont innombrables et chacun ne peut se multiplier, être sur tous les fronts : il est indispensable de travailler au sein de comités, d’ateliers.

Je ne reste pas plus d’une heure avec A. et sa fille car il me faut rejoindre la très belle salle Nelson Mandela au Fort Nieulay pour l’ultime réunion publique autour du projet de parc d’attraction HeroicLand, concernant cette fois-ci l’impact environnemental.

 

Ce sera un grand cirque médiatique animé par l’incompétence flagrante de professionnels méprisants, dirigeants plus qu’experts, où l’absurde et le cynisme décomplexé feront loi. Je n’en attendais pas moins. Aux questions posées, on répond par une langue de bois tout sourire, bel enrobage de promesses évidentes et bienveillantes ; aux problématiques de préservation des espèces on assure respecter la réglementation en place, aux questions d’écoulement des eaux on se contente d’appliquer les mesures conseillées ; quant aux réelles questions précises, sans réponse toute faite à l’avance, on promet que les études sont justement en cours et que c’est aussi là un des principes de ces réunions, à savoir récolter les interrogations locales à côté desquelles ces soi-disant experts seraient justement passés.

Entre le rire et la désolation, je quitte la soirée rassuré sur l’inaboutissement presque certain de ce beau projet qui n’a d’intérêt que la communication électoraliste que nos élus croient en retirer de leurs plus beaux sourires. Que l’argent de nos impôts servent de telles futilités, ils n’en sont, je crois, pas même entièrement conscients : là est leur place, là est leur rôle. Immuable. Que c’est pathétiquement affligeant.

Je rentre à vélo aux côté de B. et nous en rions encore sur le retour en évoquant les moyens d’approfondir certaines questions, et de comprendre ce à quoi peuvent bien servir ces débats publics s’ils ne peuvent apporter de réponse à de trop nombreuses questions, et s’ils ne déterminent en rien les orientations initiales d’un projet encore porté par les désirs mégalomanes d’élus mais bientôt cédé à des investisseurs privés. Assurément, si le choix municipal de la communication continue de s’abreuver à ces projets inconséquents sans considérer un instant l’opinion locale, il nous faut saisir l’opportunité de démonter ce discours en trompe-l’œil, mensonges et promesses dans le vent du nord.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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