MANIFESTATION NATIONALE DU 26 MAI #NUITDEBOUTCALAIS #87MARS

Dans le jus ce matin après avoir pris le temps de taper mon texte de la veille au réveil, je pars chercher ma fille chez sa mère pour profiter d’une nouvelle promenade contestataire au soleil du printemps. Au passage j’aperçois au loin ce qui semble être une foule dense sur la place d’Armes, et de nombreux drapeaux rouges au-dessus des têtes.

J’y débouche, un quart d’heure plus tard, poussette devant, et confirme l’impression : les syndicats, enfin, sont réellement nombreux, la mobilisation citoyenne s’amplifie également et les lycéens sont toujours là. Je retrouve rapidement les camarades de #NuitDeboutCalais, fait un rapide topo sur la réunion de la veille aux absents, je retrouve le trio de lycéens avec qui je discute régulièrement, tente de leur donner des consignes de sécurité pour la journée, toujours inquiet de leur sort, et leur parle du comité de soutien que nous montons à leur intention, les collègues de ce comité ont d’ailleurs préparé une large banderole et défileront en tête du cortège pour dénoncer les violences et les abus de l’état d’urgence. Parmi la masse des étendards syndicaux de la CGT, de FO et de SUD, flottent quelques drapeaux du PCF et une bannière antifasciste. La mobilisation est forte, près de cinq cents personnes sous le ciel bleu, ça fait plaisir. Plus que ça même, ça rebooste, petit ré-enchantement de printemps.

Quand le camion démarre pour emmener le défilé, la foule compacte se met doucement en mouvement et, malgré la poussette, ma petite préfère marcher avec les manifestants. J’avance donc en queue de cortège en lui donnant la main. B. à mes côtés, je l’informe de notre idée de magazine citoyen, pour laquelle il convient d’emblée que cela représente beaucoup de travail. Qu’à cela ne tienne, nous avons le temps me semble-t-il. Et aucun autre impératif que ceux que nous fixerons nous-mêmes.

Avec une importante mobilisation, et sous la chaleur agréable du printemps qui s’installe, nous défilons lentement, encadrés par une police encore calme et relativement discrète malgré les deux véhicules qui ouvrent le parcours et les trois autres qui suivent juste derrière. Un défilé bon enfant malgré les inévitables pétarades, du chœur et de la voix éraillée derrière le camion pour scander des slogans malheureusement trop vulgaires, loin d’élever la conscience ou la culture des participants, assez simplistes pour que la plupart des lycéens s’en donnent à cœur joie. Le syndicaliste au micro fait hurler des insultes à nos gouvernants et chauffe la foule au cri de ralliement tous ensemble : syndicats et lycéens, aucun mot pour la mobilisation citoyenne sans étiquette, aucun mot pour les encartés du Parti Communiste, pourtant présents, aucun mot pour #NuitDebout, comme si nous n’existions pas. On est encore loin du rassemblement quand certains responsables syndicaux continuent ainsi d’entretenir haine, rancœur et division.

Je croise, lors de l’arrêt au Grand Théâtre, le jeune homme interpelé avec mon aide l’autre jour, et soutiens son regard noir en le saluant d’un sourire sans arrogance, aussi simplement que possible pour lui dire qu’il peut venir me parler s’il le désire, mais il tourne les talons, s’éloigne en soufflant. Quelques mètres plus loin, c’est un groupe de cinq ou six jeunes filles qui me reconnaît comme « celui qui a fait arrêter » leur camarade et m’abhorrent sans chercher à comprendre, me toisent du regard malgré leur petite taille et soufflent dans un sifflet à mon passage. Pauvre jeunesse, devrais-je leur dire que je ne les accompagnerai pas dans l’après-midi et qu’elles seront libres ainsi de se jeter inconsciemment sur l’autoroute ? Qu’importe, d’autres ont compris mon acte, sont bien conscients de la mauvaise influence de rares congénères qui ne cherchent que l’affrontement ou le coup d’éclat sans jamais voir le danger de ces mouvements improvisés. À ceux-là, je conseille de s’organiser, trois ou quatre dans chaque lycée et coordination des actions, préparation des manifestations, mais ils ne s’en sentent pas capables encore, pas prêts à assumer cette charge d’engagement supplémentaire malgré le désir réel d’inscrire leurs actions dans quelque chose de structuré.

Le défilé stagne longtemps devant le théâtre et quand il redémarre, je fais quelques images.

Mais ma petite fille ne sait pas encore uriner correctement et l’accident de pantalon me rappelle aux exigences du quotidien : il me faut quitter la manifestation pour rentrer la changer. Je prends encore le temps, en remontant le cortège, de lancer l’organisation d’un rendez-vous pour une session d’écriture dans l’après-midi, perds un peu de temps à rechercher un doudou égaré, je fais quelques dernières images d’un cortège dense et bon enfant, puis rentre vite.

En fin de journée, MP m’envoie pas mail un court résumé de l’après-midi au cours duquel un lycéen a de nouveau été interpelé alors qu’il tentait de faire klaxonner les voitures sur le chemin. Frappé par les agents de police, convoqué ce vendredi matin, il ne s’y rendra pas pour cause de déménagement dans le sud du pays. Encore une fois les syndicats CGT et FO se sont bien foutu de la gueule des jeunes en leur demandant d’aller bloquer le même rond-point d’accès à l’autoroute que l’autre jour sans envoyer personne pour les encadrer tandis qu’ils partaient en convoi pour une nouvelle opération escargot. La police était présente avant l’arrivée des jeunes, et les agents ont signifié aux jeunes une interdiction pure et simple de tenter quoi que ce soit au risque de se faire embarquer. Il leur a ensuite été dit par téléphone qu’ils pouvaient rejoindre l’autoroute où le convoi escargot s’arrêtait mais là encore, menaces de tirs de grenade et déception après crapahutage dans les orties. Nouveau rendez-vous au rond-point de la zone Curie, manqué encore une fois, les syndicalistes étant repartis place Crèvecœur où les lycéens finiront par s’organiser une partie de football.

On est encore très loin, ici à Calais mais j’imagine partout ailleurs, d’une réelle cohésion sociale, condition essentielle de la grève générale.

 

Après une petite sieste en début d’après-midi, je reçois quelques camarades pour une session d’écriture autour du projet de parc d’attraction Heroic Land. Nous sommes sept et évoquons d’abord la réunion publique de lundi passé, les questions posées à cette occasion et restées sans réponses, avant de commencer d’éplucher ce qui est présenté comme le dossier de concertation, qui n’est qu’une plaquette de communication, éditée par la ville. Point par point : vérification des informations, mise en lumière des contradictions, démontage de la démagogie et du discours populiste ostentatoirement tourné vers un rayonnement mégalomaniaque de Calais au détriment de ce à quoi pourrait servir tant d’argent public. Là où madame le Maire souhaite investir pour servir des intérêts privés, dans un rêve enfumé, nous souhaitons réclamer l’allocation de ces sommes à de réels projets citoyens au service public des résidents du territoire. Nous souhaitons voir allouer ces sommes à l’intérêt direct et immédiat de nos concitoyens.

L’après-midi se résume à une large prise de notes autour du projet, des inquiétudes qu’il soulève chez nous et des mensonges qui s’y dissimulent, ne me reste qu’à ordonner tout ça avant de le retranscrire en prose dans un langage accessible au plus grand nombre.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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