#NUITDEBOUTCALAIS #86MARS

Après plusieurs jours d’absence, mea culpa auprès de mes camarades ; durant lesquels j’ai consacré mon temps et mon énergie à déménager mon ex-épouse et nos enfants, et après une réunion de création d’un comité local de soutien aux interpelés et aux inculpés des mouvements contre la loi El Khomri, je suis de retour place d’Armes.

19h15 et je retrouve trois compagnons. Pour sûr nous sommes peu nombreux à Calais : nous passerons ainsi une heure parfois trois, parfois quatre. Pour autant je repartirai heureux d’avoir su être, si peu que nous soyons, constructifs et créatifs au niveau des idées.

 

B.commence par me montrer la version du tract adaptée à la charte graphique de #NuitDebout, il me reste à y insérer quelques schémas et nous aurons une première version utilisable en attendant de valider une version définitive. B. reparle ensuite de la création d’une adresse mail pour le mouvement, gérée collectivement, et donc du besoin d’administrateurs volontaires. Je suis évidemment partant pour m’y coller avec d’autres en sachant qu’il nous faut être aussi nombreux que possible, tout comme pour administrer une nouvelle page Facebook, où seuls ces administrateurs désignés pourront publier les informations essentiels autour de ce que nous faisons et des rendez-vous que nous pourrons organiser, et ce avec l’accord de l’assemblée.

J’évoque encore la possibilité d’annoncer la création du comité cantines locales et bio, afin d’inviter ceux qui nous suivent de loin et qui désireraient s’y impliquer à nous contacter en message privé pour mettre en place un rendez-vous régulier. M. a déjà commencé à travailler sur le sujet et peut, en partie, s’en occuper, elle aura besoin de toute les bonnes volontés intéressées par ce projet.

Nous abordons ensuite la question d’Heroic Land, projet de parc d’attraction à thème sur le site du Virval, pour lequel les franchises Valérian et Blake & Mortimer sont déjà signées. Plusieurs participants de #NuitDeboutCalais étaient présents ce lundi à la réunion publique organisée par la ville. B. et L. nous racontent. Paradoxe soulevé autour de la promesse d’amener des visiteurs en ville, de les inviter à consommer dans les commerces locaux en créant un parc clos, au tarif trop élevé pour la population locale, au service d’intérêts privés qui n’ont justement aucun intérêt à laisser sortir leurs clients de cette machine à pognon. Problématique de l’emploi avec l’ouverture saisonnière de ce type de structure qui ne fonctionnent, en large majorité, que sur des postes saisonniers, souvent sur des contrats intermittents, ce qui laisse supposer que pour plus de trois cents postes promis, moins de cinquante seront éventuellement fixes, solides et non précaires, et combien seront alloués à des calaisiens ? Interrogation autour de l’avancement effectif du projet, des réelles voies de sa réalisation mises aujourd’hui en œuvre, et j’abonde en ce sens, persuadé que madame le maire n’a que peu d’attachement profond à ce parc mais qu’il s’agit avant tout de communication populiste : qu’il voit le jour ou non n’est pas la question, dans les deux cas personne ne pourra dire qu’elle ne s’y est pas investie vaillamment et contre tous ses opposants. Question encore sur l’impact écologique d’un tel chantier sur un des rares espaces de nature encore non bétonnés du territoire municipal et j’avance qu’à ce point des réunions, au vu des questions qui y sont posées, concrètes, une étude a certainement déjà été faite. M. me rétorque que rien n’empêche ni n’interdit de proposer une contre-expertise, ce qui me semble réalisable et intéressant, autant pour les connaissances environnementales et techniques que cela peut nous apporter que dans la mise en place d’un réseau en contactant élus, associations et experts. Nous décidons donc d’éplucher le dossier du projet et de produire un texte de communication pour démonter les arguments de la mairie et des investisseurs afin d’alerter nos concitoyens sur la manipulation et les mensonges : relever chaque promesse et y faire apparaitre le vide et l’absence de réflexion à long terme pour mettre en avant le seul appât du gain qui motive les supporters de ce parc inutile ainsi que l’absence quasi-totale de contrepartie pour les habitants de Calais et du Calaisis. Rendez-vous à fixer pour un atelier de rédaction, peut-être ce jeudi après-midi après la manifestation, à confirmer.

Dans la même optique, je propose que nous épluchions également le Calais Mag, organe de communication municipal, chaque mois, afin d’y relever le populisme et l’abstraction, vide de sens pour la plupart des habitants ; que de la même façon nous puissions produire un texte argumenté démontrant les manipulations et les manœuvres antidémocratiques de l’équipe municipale.

Bientôt B. nous quitte et vingt minutes plus tard, M. nous rejoint. C’est lui qui proposera, au détour d’un résumé de nos échanges, de créer notre propre magazine citoyen, et cette discussion que j’espère de mes vœux les plus chers prend forme enfin : format, rythme de parution, informations locales et nécessité d’éclairer l’actualité sans manipulation politicienne mais en cherchant à rassembler plus qu’à diviser. Tout ça se décide enfin, implicitement, et ne l’ayant qu’à peine évoqué, le comité communication se met en place.

 

Nous ne pourrons pas tout faire. Nous sommes une dizaine, une douzaine à l’heure qu’il est, plus acteurs que visiteurs, et nous aurons besoin de nombreuses autres volontés, de nombreuses autres mains, de nombreuses autres voix. Il est certain que jusqu’à présents nos réalisations ont été éphémères, mais ce que nous forgeons lentement en est d’autant plus solide.

 

Point sur la réunion de la veille et sur la création de ce comité de soutien aux lycéens interpelés lors des manifestations de ce printemps et à ceux d’entre-eux qui ont reçu une invitation à comparaître en justice. L., dix-sept ans, nous y a raconté son arrestation et le déroulement de sa garde à vue. Violence, mensonge et manipulation de la police, coups de pression inconsidérés, les agissements des forces de l’ordre apparaissent clairement comme ceux d’une milice d’état dont les missions deviennent illégales sous l’état d’urgence fourvoyé du moment. C’était une réunion intéressante à plusieurs niveaux et rendez-vous a été pris, mardi prochain, même lieu même heure, pour continuer d’avancer. En attendant, nous y avons décidé de profiter de la mobilisation prévue ce jeudi pour tenter de lister les interpelés (une quarantaine !) de ces dernières journées de manifestation, dont la quinzaine d’inculpés, pour recueillir leurs témoignages, les mettre en relation avec un avocat unique pour grouper l’action de soutien. Nous y avons également évoqué la possibilité de nous mettre en relation avec le comité de soutien de Boulogne-sur-Mer, de Lille éventuellement, et la nécessité de nous montrer solidaires en rédigeant un message de soutien à A., de Valenciennes, arrêté lors d’une manifestation à Lille et placé en détention provisoire dans l’attente de son procès.

 

Avant de nous quitter, B. a de nouveau soulevé son refus que #NuitDeboutCalais ne prenne de positions trop radicales trop tôt dans l’optique de ramener plus de monde à nos débats. Je ne pense pas loin du contraire. Il va nous falloir trouver un équilibre : dans #NuitDebout, il y a convergence des luttes, il y a luttes, c’est essentiel. Je soutiens les grévistes et les blocages. Je soutiens tout ce qui peut mettre la pression sur ceux qui croient nous gouverner quand ce sont nous, les petites mains du système, qui créons ces richesses qu’ils s’octroient. Sur notre dos. Dans convergence des luttes, il y a luttes. Combats pour de meilleures conditions de travail, pour une réelle démocratie, pour une éducation citoyenne, pour l’abolition des privilèges, pour un monde plus équitable, solidaire, libre et humain. Pour l’avenir de nos enfants. Alors oui, être en faveur de certaines idées, de solutions alternatives parfois radicales, c’est aussi, nécessairement, être contre ce qui nous est proposé actuellement. Mais c’est bien là l’acte de naissance de ce mouvement national : le ras-le-bol du vote contre, de l’absence d’idéal et de vision à long terme dans les offres de l’arène politique et médiatique. Le rassemblement pour créer les conditions de l’alternative. La possibilité, enfin, d’être pour quelque chose.

Aussi radical ou effrayant que cela puisse paraître.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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