MANIFESTATION NATIONALE DU 19 MAI #NUITDEBOUTCALAIS #80MARS

Il est d’autres élans que les aspirations politiques qui sont empreints pourtant de la même utopie, « le cœur a ses raisons que la raison s’en bat les couilles » comme on dit si joliment avec une vérité accrue. À l’heure où je couche ces lignes, je me coucherais plus volontiers tout contre le coussin d’amour qui m’a échappé depuis que j’ai su le laisser sur le bord de ma route, mais il me faut, salutairement, revenir à des choses à la fois plus triviales et plus grandes.

Là où l’amour se confond : c’est bien la tapisserie qui maille l’ensemble.

Un amour qui se doit de ne pas être exclusif.

L’amour profond, puissant, intense, que je ressens là ne peut me priver d’un amour plus large, aussi intense mais partagé, de celui que nous portons à nos proches d’abord, à nos camarades, à nos semblables.

 

Jeudi matin, un peu avant 9h, je passe en coup de vent faire un rapide coucou à ma petite fille avant de rejoindre la place d’Armes. Détour gourmand pour deux croissants chauds et je croise deux motards de la police nationale qui se mettent à l’arrêt là, au coin de la grande esplanade. Le camion et les camarades du syndicat SUD sont là, tous occupés au harnachement du système de sonorisation, grosses enceintes sur le toit du véhicule et ampli accessible de l’arrière ouvert du véhicule. Je repère encore deux véhicules pleins d’uniformes, les flics sont bien là, déjà supérieurs en nombre, quand ils sont rejoints par une berline noire banalisée, toute aussi pleine. Ce n’est pas la discrétion qui les étouffe. J’échange quelques mots avec J. autour de la manifestation de mardi, de l’irresponsabilité, d’après moi, des gars de la CGT et de FO qui ont appelé les lycéens à bloquer les ronds-points d’accès à l’autoroute tandis qu’ils s’en allaient, véhiculés, rejoindre les cortèges escargots sur l’A16 sans fournir aux jeunes le moindre encadrement. Démerdez-vous ! Les livrant à eux-mêmes pour improviser une action qui n’a aucune chance de réussite si elle n’est un minimum préparée. J. m’explique que c’est bien une des raisons qui font qu’il ne peut, seul, suivre les jeunes dans ces mouvements erratiques.

Vu le temps au réveil, je me suis couvert comme pour l’hiver, vent et pluie.

Il y a peu de monde au rendez-vous de 9h30 mais la pluie n’a pas montré la moindre goutte. Nous patientons et accueillons une foule éparse sous la lente dispersion des nuages.

T. est là et nous nous rejoignons. Je lui explique le sens de mon engagement auprès des lycéens sur les dernières journées, ajoutant que je ne resterai pas cette fois-ci. La place continue doucement de se remplir, et d’un coup, une cinquantaine de jeunes lycéens déboulent quand on venait de nous certifier qu’ils ne viendraient pas ce jour suite à ce qu’ils jugent également comme un abandon de la part de la CGT et de FO. Parmi eux, je trouve F. et J. pour leur répéter ce que je viens de confier à T., combien les dernières journées m’ont fatigué, physiquement et moralement. Je ne le leur dis pas mais les deux lycéens entendent certainement que je ne souhaite pas réitérer l’emportement de l’avant-veille. Que je ne souhaite pas me soumettre de nouveau au stress de l’improvisation, à la frustration de l’incapacité.

Les responsables syndicaux prennent le microphone en même temps que leurs responsabilités, plus ou moins, en répétant combien ils apprécient le soutien des jeunes mais leur demandant de ne pas entreprendre, piétons, d’action irresponsable quand ils rejoindront de nouveau dans l’après-midi le cortège escargot sur l’autoroute. Leur annonçant d’emblée qu’ils ne laisseront personne pour les encadrer dans un éventuel mouvement improvisé à l’issue du défilé matinal.

 

Vers 10h15, le cortège se met en mouvement. Nous sommes entre deux cents et deux cent cinquante, une foule moins dense, une mobilisation qui paraît s’affaiblir, et la déception décide de m’accompagner un peu. Nous drainerons cependant du monde le long du parcours et ce partage effacera ce dépit passager. Nous commençons par descendre la rue Royale en prenant notre temps sous le soleil qui tape dans le ciel bleu. Nous nous promenons tranquillement en discutant, T., M. et moi, heureux de voir le temps ensoleiller cette belle journée. Nouvelle déception éphémère quand le cortège ne s’arrête pas occuper le rond-point près de Hizza Put, aussitôt envolée quand nous crochetons sur le parking de la gare de Calais Ville (où flottera encore en fin de journée le drapeau rouge de la CGT) pour rejoindre les cheminots en grève.

Bientôt nous ralentissons pour occuper à petits pas le large rond-point près de la mairie, fumigènes au contre-jour, la photographie aurait rendu quelque chose, la vidéo n’a traité ni le contraste ni la beauté du moment.

Le cortège continue d’arpenter le centre-ville en descendant le boulevard Jacquard jusqu’au Grand Théâtre où les jeunes tentent, soutenus par la foule presque au complet, de bloquer le trafic des bus dans une ambiance riante et respectueuse. Dix minutes d’un arrêt aux tentatives de nuisances avortées avant de repartir de là d’où nous sommes venus. Ça devient une habitude, mon ex-épouse et ma petite fille me rejoignent devant le centre Calais Cœur de Vie. Le cortège, au soleil chaud, s’étend et malgré de rares tentatives de provocations policières, le calme est contenu grâce aux adultes, en nombre en cette fin de matinée.

Encadrement quand tu nous tiens.

C. échange avec un pote cheminot autour du mythe répandu, du mensonge maintenu, de la retraite à cinquante ans, belle fable médiatique de division du peuple : ça n’a jamais été valable que pour ceux-là qui commençaient à bosser, il y a trois ou quatre décennies, à l’âge de seize ou dix-sept ans. Autrement dit, plus personne n’y a droit. Depuis le début du siècle déjà, les cheminots ont vu, comme tous les français, leur nombre d’annuité à cotiser augmenter.

Retour devant la mairie, nouveau passage devant la gare avant d’arpenter encore la rue Royale. Le cortège s’est épaissi tout le long du parcours, de nombreux citoyens se joignant à la marche protestataire jusqu’au retour sur la place d’Armes. C’est bonheur au soleil ! C. me glisse que ma fille va finir par croire, à force de promenades, que c’est là mon métier, si seulement…

Être là, debout, citoyen alerte et conscient en agréable compagnie.

Pour autant, je ne reste pas quand disparaissent une nouvelle fois les syndiqués CGT et FO et que leurs collègues de SUD se contentent de ranger le matériel dans le camion refusant d’être considérés comme les manipulateurs d’une jeunesse dynamique qui se politise d’elle-même. Je lâche mes derniers conseils à F. pour un après-midi au plus calme, sans mise en danger inconsidérée. Malgré quelques arrestations, ce que j’en apprendrais le soir venu me satisfera.

 

Après un après-midi consacré à filer un coup de main à mon ex-femme pour son déménagement, je reviens place d’Armes en fin de journée pour le rendez-vous quotidien de #NuitDeboutCalais où j’espère entendre un éventuel débriefing de la journée.

Nous serons peu nombreux ce jeudi soir et je ne reste qu’une heure.

J’apprends qu’encore une fois les lycéens ont entrepris de bloquer la circulation dans le centre-ville. Au bout du boulevard Lafayette face au théâtre, une bonne demi-heure joyeuse avant que les forces de l’ordre viennent les déloger de la chaussée et qu’ils s’en aillent se regrouper un temps au parc Saint-Pierre. Retour une nouvelle fois sur la chaussée pour bloquer la circulation devant la mairie en disposant en travers de la route deux barrières mobiles, nouveau déploiement policier. L. et M. ont passé l’après-midi avec les jeunes et leur récit n’inclut aucune violence lycéenne, ni même d’exagération ou d’emportement, face toujours à une certaine provocation silencieuse mais menaçante de la part des agents supposés veiller sur leur sécurité, moins brutale que ces derniers jours cependant. Malgré tout, la journée s’est de nouveau soldée par trois arrestations.

Débrief passé, B. revient sur la trop faible fréquentation de #NuitDeboutCalais : que faisons-nous pour y remédier ? Où va-t-on et quand, comment ramenons-nous plus de monde ? Nous évoquons donc de nouveau les tracts en préparation, mea culpa, peu de temps disponible ces jours-ci et j’ai laissé ce travail de côté. J’évoque tout de même la proposition de M. d’aller tracter au Fort Nieulay lors de la fête des voisins de la semaine prochaine en vue d’un déplacement éventuel dans le quartier, je propose par-dessus que, par groupe de deux ou trois, nous ne nous limitions par à ce seul quartier et que nous puissions tracter dans de nombreux autres rassemblements à cette occasion en mettant en place un calendrier d’extériorisation du mouvement à la rencontre de l’ensemble de nos concitoyens. B. n’en voit pas l’intérêt tant que #NuitDeboutCalais vivote encore sur la place d’Armes, à flots lents.

Nous revenons encore sur l’urgence de mettre en place un programme de projections publiques, espérant pouvoir le faire le plus rapidement possible et je m’engage à contacter notre ami projectionniste engagé pour l’inviter à nous rejoindre un soir prochain afin de s’attaquer à la réalisation concrète de ce projet.

Mon heure de disponibilité est dépassée quand je quitte mes six ou sept compagnons du soir.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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