#NUITDEBOUTCALAIS #79MARS

Nouveau rendez-vous à 18h depuis le début de la semaine et je suis presque à l’heure avec mes gars pour retrouver M. avec qui nous discutons rapidement de la journée de manifestation de la veille, et notamment de mon implication sur l’arrestation et des manipulations policières, facilitées, selon elle, par nos trop nombreux échanges avec les responsables locaux de l’ordre, tel que monsieur le commissaire adjoint que nous retrouvons à chaque mouvement des jeunes.

Si M. a évidemment du mal à accepter mon acte, elle ne m’en tient pas rigueur pour autant, et je dois bien lui avouer que j’aurais préféré réussir à dialoguer avec le jeune homme mais que visiblement, lui n’en avait aucune envie, et que j’espère qu’au moins cela lui aura permis de réfléchir aux conséquences de ses propres actes.

Il fait froid ce soir et mes gars ne souhaitent pas rester. Ils repartent m’attendre chez leur mère et bientôt, M. et moi sommes rejoints par T., présent lors des deux derniers cortèges calaisiens, avec qui nous continuons cette discussion autour des mouvements lycéens et du rapport de force qui nous reste défavorable tant que la mobilisation ne s’amplifie pas, tant que la révolte n’ameute pas plus de protestataires. Nous évoquons les violences policières dans le contexte local entre une police nécessairement partagée, certains agents ayant de la famille dans les cortège souhaitent éviter les débordements et la mise en danger des personnes, d’autres au contraire attendent le moindre prétexte pour se défouler. Sauvagement.

Ces questions occuperont encore une bonne partie de la soirée après le départ de M. et l’arrivée d’autres camarades.

Pour l’heure, nous restons seuls, T. et moi. J’en profite pour le renseigner sur mon expérience ici, lui présenter le mouvement et nos aspirations en évoquant les discussions que nous avons pu avoir. Je lui raconte comment je suis venu, pourquoi je reste. Il annonce la couleur de son éventuelle implication, la nécessité d’actions concrètes. J’en distingue deux types :

  • les projets constructifs, comme ce travail entrepris autour du renouveau des cantines municipales, notre désir d’y voir cuisiner des produits locaux et biologiques avec l’envie de remettre une équipe de cuisiniers dans les écoles, ainsi que d’y voir pousser des potagers pour jouer la carte de l’éducation par le réel ;
  • et les actions de visibilité, de communication coup de poing.

Nous nous accordons sur la nécessité de doubler, au minimum, la fréquentation du mouvement si nous souhaitons assurer des actions de ce type sans nous mettre en danger, en nous assurant un rapport de force favorable justement. T. me raconte une action spectacle organisée quelques jours après le scandale des Panama Papers, dans une grande agence parisienne de la Société Générale où une quarantaine de citoyens déguisés façon carnaval, masqués des visages de latex des grands dirigeants économiques et politiques français mis en cause, se sont introduits pour faire pleuvoir de faux billets sur les usagers et les employés. Une action réitérée quelques jours plus tard. Caméras et communication joyeuse et positive, assurément le type d’action qui m’interpelle et me tente.

La rencontre avec T. est agréable et il me semble que, sensiblement de la même génération, lui et moi avons des fondements communs et des choses à faire ensemble. L’avenir le dira.

 

JF arrive, bouillonnant et lorsque nous parlons de radicalité, rebondit sur la façon dont nous sommes traités quand c’est bien l’intervention nauséabonde du président normal à la radio, rappelant qu’il n’y avait d’autre alternative pour éviter le retour du Sarko ou l’avènement de la Marine que lui-même et ses acolytes mafieux de ce Parti Socialiste qu’ils enterrent. L’autorisation et le déroulement de la manifestation des policiers de ce mercredi apparaissant alors comme un affront supplémentaire dans un climat déjà trop tendu : le lendemain d’une journée de mobilisation syndicale et citoyenne pour laquelle une dizaine de journalistes ont été assignés à résidence, pour laquelle un professeur, à Rennes, s’est vu notifier, par arrêté préfectoral, une interdiction toute personnelle de fréquenter le centre-ville pour une durée de quinze jours. Nouveaux pavés dans les dérives d’un état d’urgence qui apparaît de plus en plus illégitime, et dans la division entretenue du peuple contre un appareil policier supposé le servir, le protéger. D’autant plus quand apparemment, de nombreux policiers présents à Paris ont pris un plaisir malsain à se faire photographier en compagnie de la Maréchal et de Gilbert Connard.

 

D’autres participants, réguliers ou occasionnels, nous rejoignent et nous revenons encore sur les deux dernières journées de manifestation avec les lycéens, sur le décalage de cette manifestation de l’ordre, déconnectée des réalités du peuple, quand ces agents de la milice d’État agissent de violences et de provocations, quand ils s’affichent toutes armes dehors, chiens serviles d’un gouvernement qui les manipule autant que nous.

Les visions sont différentes.

Certains abhorrent toute forme de violence mais il faut parfois savoir reconnaître que certaines réactions trouvent leur légitimité dans l’application incessante des charges, des gazages et des coups de matraques. Sans compter les insupportables blessures handicapantes au flashball.

J’en profite, parce que ça me vient là à l’esprit, pour rappeler qu’une nouvelle journée de manifestation est prévue le lendemain jeudi, annonce l’heure et le lieu du rendez-vous, j’y serai et j’invite ceux qui le peuvent à s’y joindre.

Nous discutons également de la prochaine réunion publique autour du projet de parc d’attraction prévue ce lundi et évoquons alors le déroulement du conseil municipal de la semaine passée : ceux présents lors du conseil exprimant leurs impressions aux autres d’une simple gestion économique, d’un détournement de l’intérêt général soudain résumé à la seule bonne santé des commerçants. Nous nous interrogeons sur les moyens d’y faire remonter la parole citoyenne, sur la possibilité de contacter un élu pour en discuter, qu’il puisse nous éclairer sur les démarches existantes, que nous sachions s’il existe des voies légales pour ce faire, satisfaisantes, ou s’il nous faut les inventer.

Nous discutons des applications malsaines de ce projet démesuré de parc d’attraction :

  • financement public d’un équipement au service d’intérêts privés,
  • au profit de Yann Tran-Long, aux relations plus que discutables, nauséabondes,
  • dans un contexte qui ne profitera ni aux habitants ni aux commerçants
  • là où trois parcs de ce type existent déjà, à De Panne juste après la frontière belge, à Aire-sur-la-Lys à vingt-cinq minutes de route, ou encore entre Le Touquet et Berck dans le sud du département,
  • avec un tarif d’entrée qui sera assurément trop élevé pour la population locale,
  • et dont les promesses d’embauche n’engagent que ceux qui les écoutent.

Bref, qu’est-ce sinon un coup de communication populiste et électoraliste ?

 

Nous parlons encore de la nécessité d’éduquer nos concitoyens, de dialoguer. M. parlait avant son départ de profiter des manifestations pour aller à la rencontre des lycéens afin de connaître leur point de vue sur la question migratoire, schématiquement : sauver Calais ou ouvrir les frontières ? Avec l’idée qu’au-delà des idéologies, les finalités sont les mêmes, à savoir le désengorgement de ce carrefour des espoirs lointains où nous vivons et le retour essentiel de lien social dans le cœur de la ville. Notre visiteur occasionnel, travailleur social, partage la difficulté d’éduquer dans des contextes familiaux où l’Éducation Nationale a jeté l’éponge depuis plusieurs générations, fait écho au témoignage d’une assistante sociale rencontrée l’an passé qui me disait sensiblement la même chose en me racontant le combat mené dans certaines familles, génération après génération, pour accompagner la grand-mère, puis la mère, puis cette fille-mère vers la socialisation de leurs jeunes enfants. Atavisme en vase clos.

 

Information alors autour de l’évacuation prochaine de ceux qui restent dans la jungle et démantèlement de ce qui s’y dresse encore, prévue rapidement. Urgence d’aller à la rencontre de ces habitants désœuvrés et des militants associatifs qui y interviennent pour trouver avec eux les moyens, sinon de l’empêcher, au moins de s’organiser pour y résister. Que les migrants puissent s’en sortir dignement, retrouver un toit, aussi provisoire soit-il, ici afin de garder l’espoir de la traversée. D’une vie meilleure.

 

Victor Hugo écrivait : « l’utopie est la vérité de demain ».

La soirée, malgré le petit nombre, a été dense et je sais combien j’en oublie certainement, combien mon compte-rendu paraît décousu. Les débats ont été riches, profondément intéressants, porteurs d’espoir dans l’impression difficile d’essoufflement. Les volontés sont là, les soutiens sont nombreux et les idées, les engagements sont vifs. L’envie de voir le capitalisme tomber, la spéculation cesser, tout s’imbrique comme tout est lié, et si nous n’avons encore la réponse globale à l’alternative, nous sommes heureux de partager sensiblement les mêmes espoirs, la même utopie d’un mieux vivre-ensemble. « l’utopie est la vérité de demain ».

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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