#NUITDEBOUTCALAIS #77MARS

J’ai lancé ce lundi une invitation à quelques-uns pour une session d’écriture à la maison, et je m’excuse auprès de ceux que je n’ai pas conviés : mon chez moi est tout petit et tous les participants n’y rentreraient pas en même temps. Je prévois évidemment, lors de prochaines sessions, de ne pas faire venir les mêmes. De tourner.

D’autant qu’en petit comité, le travail est plus précis et plus fluide.

Nous étions quatre et avons commencé par revoir la lettre aux députés socialistes ayant tenté de présenter, avec d’autres, une motion de censure de gauche. Un temps de lecture à voix haute, lentement, phrase après phrase, d’analyse, puis un temps de corrections et de précisions. Nous évoquons la possibilité, plutôt que de n’envoyer qu’un seul mail signé #NuitDeboutCalais à chaque élu, d’obtenir plus d’impact en demandant à chaque participant et sympathisant du mouvement de bien vouloir prendre quelques minutes pour multiplier cet envoi et nous assurer ainsi de meilleures chances d’être lus.

Nous passons ensuite à ce que j’appelle un manifeste (déclaration écrite, publique et solennelle, par laquelle un gouvernement, un groupe ou une personnalité politique expose son programme, justifie sa position, dixit Le Petit Robert), et mes trois camarades apportent leur doute quant au choix de ce vocabulaire, et plus avant encore, B. exprime le danger de fixer d’ores et déjà des positions et des engagements précis lors que nous sommes toujours en phase de recrutement, d’invitation, et que nous espérons attirer le maximum de concitoyens. Il souhaite clairement travailler sur un outil léger, un tract de contact avant toute chose, et j’imprime alors le travail effectué par M. avec certains de ses élèves autour de trois questions simples :

#NuitDebout, c’est quoi ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ?

Des réponses simples de ces lycéens, nous avons gardé l’esprit en tentant de préciser, notamment à travers le choix de vocabulaire, les points abordés. L’un des points importants soulevé sur un paragraphe concerne la nécessité de nous affirmer héritiers et garants, plus que nos élus à l’heure actuelle, des trois valeurs fondamentales de la République Française : Liberté, Égalité et Fraternité. Trois valeurs mises à mal par nos gouvernants depuis trop longtemps mais que pourtant nous reconnaissons comme les valeurs essentielles de la démocratie à laquelle nous aspirons. La tâche est pointilleuse et maintes fois nous sortons le dictionnaire : pauvreté (état d’une personne qui manque de moyens matériels, d’argent ; isuffisance de ressource, Le Petit Robert) ou précarité (état d’une personne dont l’avenir, la durée, la stabilité ne sont pas assurés, Robert toujours) ? À la lecture des définitions, le choix est évident : ce ne sera pas l’un ou l’autre mais bien les deux. Après une bonne heure de brainstorming, nous arrivons à une version qui nous satisfait à peu près tous les quatre, et que je mets rapidement en page afin d’imprimer une version à présenter le soir même à nos collègues et amis de #NuitDeboutCalais. Nous y avons réservé un espace encore vierge où insérer quelques illustrations des mouvements simples du dialogue gestuel de la démocratie directe utilisés dans ces forums citoyens.

Il nous reste à écrémer une liste d’éventuels slogans à utiliser mais l’heure du rendez-vous quotidien approche et nous nous préparons, il me faut passer déposer ma fille chez sa mère avant de rejoindre la place d’Armes avec mes garçons.

 

18h20 et nous rejoignons B., à qui je rapporte sa veste oubliée plus tôt. Il discute avec une amie, sympathisante et curieuse de ce que nous faisons à #NuitDeboutCalais. Je me joins à eux tandis que mes gars sortent le ballon et profitent là du vent frais. Intéressée par l’idée du mouvement, connectée à la vie politique locale par le biais de sa fille élue au conseil municipal des enfants, en compagnie de mon propre garçon, elle nous promet de passer un soir prochain nous observer, se faire une idée plus précise, peut-être nous rejoindre. Bientôt, tous deux me laissent. Je m’assieds là en regardant mes gars courir sur l’immensité de l’esplanade.

Vers 19h, JF arrive avec son petit gars, puis L., avec un gâteau au chocolat qui ravit les enfants. Je ne crache pas dessus non plus. Puis d’autres encore. Nous serons une petite dizaine ce soir, comme souvent, et après de nombreuses conversations amicales en aparté, j’ouvre sur le travail effectué dans l’après-midi en commençant de nouveau par le mail aux députés que je lis à voix haute tandis que nous le commentons au fur et à mesure. Courrier validé par les membres présents et je m’engage à le mettre au propre. JF m’enverra un tableau des contacts mails desdits députés, que je joindrai à l’envoi du texte aux participants dont j’ai l’adresse en leur demandant de bien vouloir consacrer quelques minutes à cet envoi afin de multiplier notre impact.

Nous passons au débat de l’après-midi autour du manifeste. J’explique alors que nous nous sommes contentés d’aller au plus urgent, à savoir ce tract générique, que je présente recto d’abord, avant de le lire, verso ensuite, même procédé. Une demande de rectification, de simplification toujours, et l’ensemble est validé à l’unanimité du soir. C’est d’ailleurs le moment que choisit une visiteuse de la Manche, en poste temporaire à Calais, pour nous rejoindre. Nous élargissons le cercle pour l’accueillir et en profitons pour lui faire lire le document et obtenir ainsi un retour extérieur, positif : le texte est clair et correspond à l’image qu’elle se faisait du mouvement sans avoir réellement suivi ce qui s’en dit dans les médias.

MP est venue avec de belles affiches colorées contre le 49-3, dénonçant le déni de démocratie, avec l’idée d’une action ciblée qui ne convainc pas tout le monde. Pourtant, soucieuse de ne pas dégrader de bâtiment ni de mobilier, elle s’est employée à minimiser les désagréments de l’affichage à doses de scotch double-face. Je suis partant, l’idée me semble une belle opportunité de communication positive et bon enfant. Je rappelle qu’une action présentée ici peut être entreprise, âme et conscience, par ceux qui le désirent, à titre personnel, sans se réclamer d’une action collective nécessairement approuvée par #NuitDeboutCalais. À la condition de réfléchir au moment idéal, je suis partant pour cette action qui peut, selon moi, apporter un peu de visibilité à l’engagement local contre l’inacceptable réforme en cours.

Nous discutons un peu avec notre visiteuse. Employée dans la marine marchande, en déplacement pour quelques temps ici, elle est déjà venue à Calais il y a un an environ et regrette aujourd’hui le vide qui s’est installé dans ce centre-ville, il y a peu encore, fréquenté par la foule bigarrée des migrants, riche des nombreuses possibilités de rencontres. Trop attachée à sa région d’origine pour se laisser séduire par notre cité, elle apprécie cependant de n’y pas retrouver l’image dégradée véhiculée par les médias nationaux, et témoigne de ce que tous nous vivons avec nos amis géographiquement éloignés, inquiets de nous savoir ici avec « tout ce qu’il s’y passe », ne pouvant, tout comme nous, que nier les mensonges répandus pour certifier combien l’humain reste au cœur des préoccupations quotidiennes de chacun, comme partout ailleurs, pour assurer que non, nous ne sommes pas en état de siège, et qu’il y fait bon vivre malgré les rigueurs d’un climat tourbillonnant, trop froid pour l’aquitain qui m’habite.

 

L’heure avance et, malgré l’appel national à la grève, mes garçons reprennent l’école ce mardi. Je rassemble mes affaires, rappelle les enfants, et quitte là mes compagnons.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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