#NUITDEBOUTCALAIS #74MARS

Arrivé vers 18h30 sur la place d’Armes vide, je fais un petit tour et croise sur le chemin notre jeune camarade lycéen. Tous deux sur place, nous accrochons la bannière peinte la veille sur les barrières mobiles qui coupent l’esplanade en deux, et nous nous asseyons dans le froid.

 

Je prends auprès de notre jeune ami des nouvelles des suites de la manifestation de la veille, qui s’est apparemment prolongée dans l’après-midi, sans plus aucun encadrement adulte : affrontements au parc Richelieu, gaz lacrymogène et coups de matraque, trois arrestations, puis déplacement au cœur des quartiers populaires de Calais en passant par le lycée Coubertin, nouveaux affrontements, nouveau déploiement de la force et des violences policières, nouvelles arrestations pour porter le total à dix, dont un jeune enfermé pour vingt-quatre heures de garde à vue au motif de jet de pavé sur véhicule de la police quand il semblerait qu’il s’agissait de cailloux, et une convocation à comparaître devant la justice dans les mois à venir. J’invite immédiatement J. à se mettre en relation avec eux, à nous les amener pour qu’ils témoignent de leur journée et que nous puissions organiser une défense tandis qu’il me répond qu’il serait judicieux d’aller les soutenir le jour de leur audience. J’approuve évidemment.

Dans le même temps, je ne peux cacher ma colère. Après avoir tenté à plusieurs reprises de dissuader les lycéens d’aller au contact, après que le petit meneur au petit mégaphone bleu m’ait hypocritement souri, mentant effrontément en m’assurant qu’il comprenait ce que je leur disais alors qu’il a, semble-t-il, continuer d’exciter ses camarades tout au long de l’après-midi afin de les mener à l’affrontement, je ne peux cacher le mépris qui grandit envers ces agissements. Ce jeune homme, cet agitateur perturbateur, je m’en vais le prendre en quatre yeux dès la prochaine journée de mobilisation, dès mardi, et lui faire comprendre qu’il ne sera plus le bienvenu dans les rassemblements de protestation tant qu’il ne jouera pas le jeu de l’apaisement. J’imagine bien la rage qui bout dans le cœur de ces jeunes gens face à l’impunité du gouvernement et aux violences policières, mais je ne peux que la condamner si elle mène à la violence à son tour : le discrédit inhérent à ces réactions n’est que trop mis en avant par les médias pour que nous continuions à l’alimenter.

Bientôt JF nous rejoint et nous lui faisons de nouveau le récit de cette journée.

Puis il nous parle du courrier auquel il s’est attelé la veille, à l’adresse des vingt-huit députés socialistes frondeurs ayant tenté, avec les députés communistes, écologistes et indépendants, de présenter une motion de censure de gauche contre le 49-3 de Manuel Valls. Dans ce courrier, JF propose que nous demandions des précisions autour de l’invitation faite ou non à notre représentant local à s’y joindre : Yann Capet assure n’avoir pas été mis au courant, ce qui semble bien gros puisque nous, citoyens, le savions. JF propose également que nous leur demandions ce qu’ils comptent tenter si la loi revenait à l’Assemblée après le prochain passage devant le Sénat. Un excellent courrier d’après moi, à nous de nous décider de le signer ensemble au nom de #NuitDeboutCalais, et pour ce faire, JF propose encore de créer une boite mail pour le mouvement local. Nouvelle bonne idée je pense, si cette boite est accessible au plus grand nombre et qu’aucun ne puisse y prendre l’initiative d’une communication sans que nous nous soyons consultés et mis d’accord sur le contenu des messages à émettre.

Après une bonne grosse demi-heure, nous ne sommes encore que trois.

 

Bientôt, doucement, deux autres compagnons nous rejoignent. L’arrivée de P. apporte ironie et dérision, la discussion se perd en rires et en trivialités. Nous prenons pourtant le temps d’évoquer, après l’échec momentané de virer ce gouvernement, la possibilité de virer notre municipalité et de rendre les rênes de la cité aux citoyens. Nous avons quatre ans pour mettre en place les moyens d’y parvenir. C’est assurément beaucoup de travail, et même si la conversation garde un ton utopique et dérisoire, il perce, à travers l’humour, une réelle volonté de rendre cette utopie plus que vraisemblable, concrète. Une liste citoyenne composée d’obédiences diverses, assurant ainsi l’ouverture de dialogues non sectaires, semble un bel outil de reprise en main de la vie locale par les habitants. À nous, encore une fois, de trouver les moyens de préparer un programme concret de démocratie réelle, et de le communiquer patiemment, quatre ans durant, à l’ensemble de nos concitoyens.

« Vamos despacio porque vamos lejos », slogan du mouvement espagnol du 15M : nous allons lentement parce que nous allons loin. Sachons nous en souvenir, sachons faire nôtres ces mots tant ils nous assurent de la réussite.

JF ajoute qu’au sein de ce collectif citoyen, il assumerait avec plaisir de jouer l’opposition, pour l’amour du débat, pour toujours tenter de nous mettre face aux contradictions et aux réticences d’une partie des habitants que nous aurons toujours à convaincre sur tel ou tel projet. Nous en rions mais, là encore, nous touchons, je crois, quelque chose d’essentiel.

M. arrive à son tour avec sa petite fille, et puisqu’il semble que nous ne serons pas plus nombreux ce soir, JF reparle de ce courrier aux députés socialistes, nous le lit, et nous y apportons trois ou quatre corrections de détails avant de l’approuver, à notre toute petite unanimité, tout comme l’idée de l’adresse mail collective et citoyenne, conscients de quelques légères règles d’utilisation à y imposer. Nous reparlerons évidemment de ce courrier à un plus grand nombre aussi vite que possible car il est urgent de pouvoir l’envoyer.

 

Il fait froid, le vent souffle, et avec si peu de participants nous nous quittons. Heureux malgré tout de savoir surmonter l’essoufflement qui s’exprime dans l’absence de certains. Nous sommes solides et déterminés. Nous avons le temps autant que l’envie.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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