#NUITDEBOUTCALAIS #69MARS

69, journée érotique…

Non. Dimanche avec les enfants.

Ensoleillé et chaud certes mais rien ne fut plus éloigné d’une révolution sensuelle que mon #69MARS. Parenthèse toute personnelle, je ne sais pas même si le thème a été pensé ailleurs, si je ne suis pas le seul révolutionnaire un peu tordu à penser plaisir dans le maelstrom de l’éveil démocratique.

M. a sonné chez moi une petite demi-heure avant le rendez-vous et nous avons pris l’apéritif tous les deux autour d’idées et d’envies concrètes à explorer, peut-être dans notre coin d’abord, avant de pouvoir partager certaines pistes au plus grand nombre : chercher un réseau de producteurs pour se nourrir sainement et moins cher (et suivre l’ouverture prochaine du point de vente Aux Goûts de la Ferme), s’équiper et répandre des outils informatiques alternatifs, revendiqués freeshare, tels Linux. J’en profite également pour faire avec lui le point sur la semaine écoulée, le mettre à jour sur les débats qu’il a pu manquer.

Je ne faisais que commencer : sur la place d’Armes, nous retrouvons une assez large dizaine de nos compagnons réguliers, suffisamment pour que je puisse affirmer qu’il s’agit du dimanche le plus fréquenté depuis un mois que je participe à #NuitDeboutCalais, et je me retrouve de nouveau à résumer les dernières informations. Journée de la veille notamment, avec l’interdiction de manifester devant le centre de rétention et le dialogue avec Yann Capet, député.

Si personne ne débat longtemps des actions menées la veille tout au long de l’après-midi, approuvant silencieusement les positions prises contre la violence d’état autant que l’engagement humain du cœur, le second point soulève de nombreuses questions, notamment autour de la présence même d’un élu au sein de #NuitDebout quand ceux-là ont déjà accès à la parole médiatique. Je comprends évidemment l’indignation, la surprise ou le rejet de certains mais il me faut appuyer encore sur la notion d’accueil comme une essence du mouvement : tout le monde doit pouvoir s’exprimer tant qu’il respecte les règles du débat instaurées au sein du cercle. Tout le monde. Citoyens comme élus, extrémistes de tous bords, ivrognes et bas du front autant que n’importe quel travailleur. La plupart des intrus saisiront vite l’inconfort de leurs positions face à nos silences ou à nos réponses franches, honnêtes et nées du cœur. Le député a joué le jeu, a pris la balle pour s’exprimer, a respecté la parole de l’autre, donnant l’impression, sinon d’entendre, d’écouter. J’apprends même qu’il est resté près d’une heure encore après mon départ. Que dans le cercle, il a su expliquer en partie certains processus de travail à l’Assemblée Nationale, éclairer des points techniques qui, bons ou mauvais, valent la peine que l’on s’y attarde. Qu’il a su également éluder évasivement certaines questions autour des violences, policières surtout, se contentant d’affirmer, langue de bois, qu’il condamne la violence. Que M., notre camarade madrilène, lui a clairement exposé son point de vue sur la violence institutionnelle qui condamne le peuple à la précarité, qui met d’honnêtes travailleurs à la rue pour un retard de loyer ou de traite, cette violence quotidienne du système libéral qui affame des millions de citoyens espagnols, français, européens.

Je recentre sur ce que j’ai pu échanger avec le député : envisage-t-il voter la loi El Khomri en l’état ou amendée, que pense-t-il de la démocratie représentative et de ce que nous faisons ici à #NuitDebout. Je partage l’impression qu’il m’a laissée de nous juger plutôt inoffensifs et très inexpérimentés.

Les réactions sont nombreuses et diverses. Sur le ton de l’humour les propositions fusent : « Invitons les élus d’extrême-droite, ce sera l’occasion d’un chouette film comique ! Invitons le Medef à nous expliquer pourquoi il nous faut travailler plus ! ». Plus sérieusement, la proposition est lancée d’inviter régulièrement des acteurs du territoire : éleveurs et producteurs, responsables culturels, directeurs d’établissements scolaires.

 

Bientôt J. nous interrompt pour partager son inquiétude quant à un jeune sans-abri souvent présent près de la mairie de Blériot. Il nous explique que depuis quelques temps, le jeune homme est pris en charge par un groupe d’identitaires locaux. Pris en charge, une bien belle expression pour dire qu’ils se contentent de l’abreuver de bière peu chère et tentent de le gaver de haine en lui expliquant que c’est à cause des migrants qu’il ne reçoit pas d’aide, que nos gouvernements font des ponts d’or aux étrangers et délaissent les sans-abri français. Profondément touché par la manipulation dont il est témoin, J. demande ce que nous pouvons faire pour le jeune sans-abri et je lui réponds qu’au lieu de décider de notre côté, à sa place, nous allions le rencontrer pour comprendre sa situation, l’écouter, et lui demander de quelle aide il aurait besoin. Nous sommes ainsi quatre à nous engager à aller le rencontrer ce mercredi.

Le groupe se défait doucement pendant que nous discutons de ce problème, quelques dissensions personnelles éloignent certains participants, et nous terminons à six autour, encore une fois, de la question du processus démocratique. Consensus, vote, initiatives personnelles.

Nous cherchons encore et toujours le moyen de fonctionner, de nous définir, et d’agir.

Ensemble.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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