#NUITDEBOUTCALAIS #67MARS

Hors de #NuitDebout j’emmène ce vendredi matin mes garçons participer à une activité peinture. Où il s’agit de préparer les banderoles pour la manifestation de ce samedi à l’occasion de la Journée Internationale de Soutien aux Détenus des Centre de Rétention.

Sur place, M. nous dégote peintures et pinceaux ainsi qu’un grand drap de lit usé, récupéré des services hospitaliers municipaux. Je repère, sur les murs autour de nous, un slogan fort, assez long pour remplir l’immense pièce de tissu, et commencer d’y tracer au stylo le lettrage : « Ils font pousser des ». Les garçons ont choisi de la peinture bleue et tracent un ciel gras de cette phrase, mon cadet allant jusqu’à jouer du pinceau pour faire des « barbelés » un nuage. J’écris alors « Cultivons » en très grandes lettres que j’emplis, au rouleau, de peinture verte, l’espoir, la nature. Puis nous tirons le drap pour laisser pendre et sécher ce côté terminé avant que j’attaque les lettres des derniers mots : « des tenailles », que nous peignons de couleurs vives, rouge, orange, jaune, telles des fleurs. Mon aîné prépare un mélange de peinture pour obtenir le marron nécessaire à transformer en tronc le i, que son frère orne de feuillage vert en guise de point. Un ultime mélange de violet pour deux dernières lettres fleurs, et nous nous retrouvons avec une magnifique banderole colorée. Activité sympathique et appréciée, les garçons sont contents et je le suis tout autant : une heure pour la bonne cause, je trouve mon équilibre doucement dans ces petits riens partagés.

 

À 19h, je récupère les enfants et direction place d’Armes où trois ou quatre de nos camarades sont déjà présents sous le soleil, dans la chaleur de cet été qui semble enfin naître. Je profite, comme en début de semaine, de la faible affluence pour tenter un portrait, et JF se prête au jeu un peu timidement d’abord avant que, très vite, la discussion s’anime, prenne vie. Nous échangeons un temps et je note plusieurs pages. JF partage une certaine expérience familiale qui l’a naturellement amené à s’engager, à donner un sens altruiste à sa vie et, dernièrement, à rejoindre, très tôt, le mouvement #NuitDebout. Loin de l’image des casseurs ou de ces extrémistes de gauche, dont certes je fais partie, qui nous est rabâchée dans les médias. Prouvant par sa présence régulière et son apport toujours réfléchi et mesuré aux débats, la large part de citoyens que #NuitDebout entend rassembler dans le calme et la convivialité.

Lire le portrait de JF.

Après ce long et dense échange, nous rejoignons le groupe, qui s’est élargi, et nous sommes une dizaine, une douzaine quand nous commençons.

 

Je prends de suite la parole car je n’ai qu’une demi-heure à consacrer ce soir et que, même si j’espère bien que mes camarades continueront quand je m’éclipserai, j’ai plusieurs points à aborder pour rebondir sur le débat d’hier autour des décisions à prendre au consensus.

Encore une fois débat tendu et B. absent, je me fais le porte-parole de ce que j’ai compris de ses propositions. Tout le monde n’adhère pas. Ne comprends pas. J’essaye d’éclaircir ce que j’en tire d’essentiel : se donner une semaine pour permettre à tous les citoyens qui le désirent de venir, physiquement, exprimer leur opinion quant aux propositions d’orientation et de fonctionnement principalement. Je prends, sens pratique, l’exemple précis du manifeste qu’il nous faut rédiger collectivement, de la nécessité que le maximum d’entre-nous puisse le lire, y ait accès, puisse y apporter ses corrections, afin qu’ensuite nous puissions en discuter, remettre le texte à plat. Le soumettre à nouveau, que chacun, encore une fois puisse y avoir accès jusqu’à ce que le texte fasse le consensus. Que tous les participants réguliers, tous les citoyens qui le désirent puissent alors y adhérer, le signer, et que de ce texte nous extrayons un résumé à utiliser pour un tract permanent à distribuer, à toujours avoir en poche afin d’en discuter avec les gens autour de nous, aussi largement que possible.

Si l’on avance ensemble correctement, si le consensus se fait raisonnablement, c’est un travail que nous pouvons accomplir en deux semaines. Pas du jour au lendemain non. Mais la démocratie doit demander du temps, de la réflexion, quelques erreurs évidemment afin d’en retenir les leçons. Et tout un chacun peut aisément y accéder si nous savons prouver ensemble qu’aussi peu que nous soyons, et malgré de larges divergences, nous sommes suffisamment raisonnables pour accepter et construire un consensus équilibré fait de multiples voix.

D’autres situations sont évidemment évoquées et je dois concéder qu’alors des décisions rapides seront nécessaires. Il me faut alors préciser que l’exemple du manifeste est sciemment choisi, que l’édiction d’orientations et de positions claires qui nous rassemblent prendra nécessairement du temps. Et quand L. me rétorque : « Si on choisit de faire la révolution, on en discute sept jours ? Il y en a un qui n’est pas d’accord, on en reparle combien de temps jusqu’au consensus ? », il me faut expliquer encore la différence entre ce lieu de dialogue citoyen, de reprise en main à long terme de la démocratie et qui nécessite par essence du temps, de la réflexion, du recul, et ce même lieu d’échange des informations quant aux luttes en cours, quant aux événements auxquels il semble à certains indispensable de participer. Qu’alors oui, nous sommes également un cercle d’informations, que chaque manifestation reste l’occasion d’un débat sur le sujet alors en question mais que s’il s’agit de s’y joindre ou d’y agir, chacun doit rester libre de son engagement citoyen sans avoir à impliquer le mouvement #NuitDeboutCalais. Chacun doit pouvoir y participer ou non en son âme et conscience. J’ajoute ici qu’éventuellement nous pourrons ainsi proposer des actions à mener, que des groupes doivent se former pour monter des projets – gérer les projections, les concerts oui – ces projets qui ne nécessitent pas nécessairement l’accord de tout le monde pour que certains puissent travailler dessus un temps avant d’apporter une proposition concrète en assemblée, où le dialogue créera alors le consensus ou non. Que l’on peut également imaginer un ratio de veto qui entraînerait alors un vote.

Rien que la validation ou non de cette décision pratique de fonctionnement démontrera que nous pouvons nous donner une semaine ou deux pour tenter le coup, voir ce que ça donne. Quitte à se planter, ce n’est pas grave. Que dans le même temps, nous pouvons avancer sur le manifeste. Que c’est un bon exercice.

J’ajoute qu’après un mois, il nous faut maintenant avancer car nous sommes au même point : il nous faut toujours rameuter plus de monde, encore intéresser plus de nos concitoyens. Il va clairement falloir nous déplacer, et ma proposition émise ce soir autour des lundis dans les quartiers n’est pas innocente, c’est un autre exercice intéressant pour mesurer l’ouverture et l’implication de nos membres. Ce ne sera pas facile mais je le répète, dans cet esprit d’ouverture qui doit nous animer, à nous de faire le pont entre les extrêmes que nous défendons et ceux que nous abhorrons, et qui n’y sont, pour beaucoup, que par ignorance.

Je laisse alors à mes camarades un exemplaire de l’ébauche du manifeste, avec consigne de prendre si possible le temps de lire, de travailler, le temps de corriger et de simplifier surtout, de rendre accessible mon texte alambiqué, pointilleux.

 

C’est le moment que choisissent trois agents de police nationale pour venir signifier à M., identifiée comme responsable apprenons-nous, ce que tous nous réfutons – ni responsable ni porte-parole – venir signifier donc l’arrêté préfectoral pour le rassemblement « autour de la question migratoire » de ce samedi. J’avance que même si certains d’entre-nous y seront, nous sommes, place d’Armes, à #NuitDebout, un mouvement citoyen en rien lié à la seule question migratoire, que nous parlons ici de démocratie et que nous entendons bien nous rassembler de nouveau ce samedi soir. Bref que cet arrêté ne nous concerne pas. Malgré tout, je vous invite à contester cet arrêté ici, et vous confirme m’être joint, ce jour, à la tentative de protestation pacifique et bon enfant devant le centre de rétention de Coquelles, et n’avoir pas pu brandir, pas même pu dérouler la banderole peinte avec mes garçons. (Plus d’informations demain).

 

Sur le départ des agents, je calque le mien.

Je rentre coucher ma fille et laisser mes garçons profiter de leur vendredi soir au calme à la maison, affalés dans le canapé. Avant de coucher ces notes, j’écoute #RadioDeboutParis tandis qu’ils tapotent sur leurs écrans tactiles, retrouve des notes d’il y a dix jours, et je note diverses idées. De quoi rassurer celles et ceux qui perdent un peu de leur enthousiasme. Et de quoi nous occuper, nous exercer à l’ébauche de projets autant qu’à l’exercice de la démocratie.

Je sors quelques marqueurs, découpe deux rectangles de carton et graphie deux pancartes #NuitDebout pour nous afficher un peu plus. L’expérience du premier mois renforce à la fois mes convictions, mon espoir et mon investissement.

Nous avons du travail à venir, par containers pleins, mais j’ai foi en nous et foi en l’accessibilité de nos concitoyens. À nous de tout mettre en œuvre pour profiter de notre énergie, de nos élans, afin de lancer enfin, chacun dans sa propre direction, avec sa propre sensibilité, autour d’un engagement cher, les groupes de travail, les projets à imaginer.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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2 Comments

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  1. merci pour ce blog régulier qui permet de suivre Nuit Debout Calais et ne pas être paumé quand on ne vient pas tous les jours. mp

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