#NUITDEBOUTCALAIS #66MARS

Entre une soirée en famille et une visite à l’exposition « Le Droit de Vivre » à la bibliothèque universitaire, j’ai manqué les réunions de mardi et mercredi soir avant de retourner ce jeudi matin sur la place d’Armes pour un rendez-vous avec deux intervenants de #RadioDeboutParis venus recueillir la parole des participants calaisiens au mouvement #NuitDebout.

Nous sommes d’abord deux seulement, B. et moi-même, avant d’être rejoints par P.

Deux ou trois de plus n’auraient pas été de trop mais à nous trois, nous émettons déjà trois points de vue bien différents, assez en tous cas pour représenter une part de l’éventail des opinions et des aspirations de #NuitDeboutCalais.

Après avoir commencé l’interview en terrasse à l’Ardoise, où la patronne, après avoir pris la commande de nos cafés, nous demande de ne pas enregistrer chez elle, nous quittons les lieux, obtempérant avec la retenue nécessaire à l’expansion calaisienne du mouvement, pour retourner sur la place d’Armes. Nous devons alors expliquer à nos visiteurs parisiens combien il est difficile à Calais de parler ouvertement de politique, les crispations qui s’y cristallisent immanquablement, ramenant toujours tout plus facilement à la question de l’hospitalité, sous l’appellation de problème des migrants, qu’à celle de l’emploi et du tissu social à reconstruire, pourtant bien plus au cœur du problème local, au cœur des choses à régler d’urgence ici.

De retour sur la place d’Armes donc, nous reprenons la discussion où nous l’avons laissée quelques minutes plus tôt. LM et B., de #RadioDeboutParis, travaillent effectivement pour la radio hors de #NuitDebout mais ne sont pas journalistes : ils sont habituellement techniciens sur des fictions sonores. La formation n’empêche pas l’improvisation et le débat dure, passionnant, près d’une heure. Autour de la mise en place du mouvement à Calais, de la manière dont, chacun, nous l’avons rejoint, de la fréquentation moyenne, de la communication, de la dépolitisation de la population locale, comme dans beaucoup d’autres villes, de rectifications à apporter sur l’image de notre cité en France. Avec toujours cette question migratoire qu’il nous faut tempérer, rappeler que, comme partout en France, #NuitDebout représente ici un élan autour des alternatives à apporter à la société libérale globale dont la démocratie représentative obsolète n’est que le morne pantin.

Que tout est lié.

Que c’est en reprenant la parole, en la partageant avec nos concitoyens, en les écoutant, en les conscientisant, en les relevant, que nous trouverons ensemble les solutions pour construire un monde différent. Sans fabriquant d’armes, sans économie mondialisée de la guerre et de la misère. Un monde plus juste. Équitable. Et qu’alors la question migratoire ne se posera plus. Nous rappelons aussi que, quoi qu’en pensent certains habitants, ces voyageurs du bout du monde posés là quelques jours, quelques mois, sont tout autant calaisiens que nous. Que si nous avons l’intention de propager #NuitDeboutCalais dans les quartiers, au Beau-Marais comme au Fort Nieulay, la Jungle aussi est un quartier à part entière et que ce serait une grossière erreur de ne pas s’y rendre également. Que si les politiques avaient accepté, encadré l’implantation de ces populations dans la ville, nous n’en serions pas là. La mixité est un facteur d’intégration autant que la ghettoïsation en est un d’exclusion. Les politiques du logement dans notre pays, depuis le cœur des années soixante, fonctionnent à contre-sens du vivre-ensemble afin de toujours mieux entretenir la peur de l’autre, de celui qui est différent, de l’étranger.

D’entretenir les divisions.

Pourtant nous sommes tous des migrants.

Venu de Paris depuis les Landes où j’ai vécu un temps, je fréquente Calais depuis sept ans et m’y suis installé il y a bientôt deux ans pour me rapprocher de mes enfants ; B., venu de Lyon, a suivi sa petite amie il y a sept ans, a trouvé du travail et finalement fait sa vie ici ; P., breton d’origine, a quitté sa région pour venir en aide aux réfugiés et aux migrants échoués là, s’est lui aussi installé à Calais. C’est le voyage qui a construit les civilisations, ce sont l’échange et l’ouverture à l’autre qui doivent être au cœur d’une mondialisation ouverte et raisonnée.

Nous parlons encore de nos attentes d’une parole libre, d’une démocratie réelle, de l’envie qui doit être partagée par #NuitDebout dans chaque ville de reprendre la mairie aux politiciens qui y font leur carrière, de reprendre partout en main la vie politique locale. Partout, aussi largement que possible. Nous pensons que c’est la multiplication de ces expériences qui affirmera la légitimité du mouvement citoyen, que les propositions d’alternatives concrètes montreront la voie d’un changement possible.

Pour terminer, nous échangeons nos contacts, et P. reste pour, à son tour, interviewer nos visiteurs, tandis que, mes garçons affamés, je m’éclipse rejoindre avec eux d’autres citoyens au parc Richelieu pour un pique-nique au soleil. La pause est longue, chaude et agréable. Sandwiches et chips, tajine et bricks, farniente sous le ciel bleu et jeux pour les enfants. En fin d’après-midi je rentre faire une sieste et me réveille à 19h.

 

De retour sur la place d’Armes pour le rendez-vous quotidien, je retrouve certains amis du pique-nique, d’autres du matin, et d’autres encore, absents depuis plusieurs jours ou présents lors de mes absences. Nous sommes dix et n’aurons pas de grand débat social ni philosophique ce soir mais nous aborderons le processus démocratique à travers divers points techniques.

Nous commençons par évoquer les demandes multiples d’une ouverture des discussions dès 18h. Je suis, pour le moment, disponible et cela ne me dérange pas d’être là une heure plus tôt, d’autant qu’en plus de répondre à certains impératifs du quotidien de nos camarades, l’élargissement de la plage horaire du rendez-vous est aussi l’occasion de peut-être toucher plus de gens, d’aller au contact des passants. Pour autant, nous n’arrêtons encore aucune décision.

Nous parlons beaucoup de la communication, aussi bien interne qu’externe.

La nécessité d’un manifeste, d’une charte qui nous permette de nous présenter, se fait de nouveau sentir. Je propose de partager par mail à tous le texte déjà discuté ici sur lequel j’ai travaillé, afin que chacun puisse y réfléchir dans la journée et qu’au prochain rendez-vous nous puissions collectivement y apporter les corrections consensuelles en en discutant, que nous puissions collectivement écrire ce manifeste avec l’idée de deux documents : un tract simple, recto verso, à distribuer à tout le monde pour éveiller les curiosités et amener plus de concitoyens à nous rejoindre, et la charte intégrale, plus longue, plus dense, plus complète, que nous pourrons donner à ceux qui effectivement nous rejoignent ou font la demande d’en savoir plus encore. Il nous faut absolument faire venir beaucoup plus de monde, même de manière irrégulière, que les gens sachent ce qu’il se passe réellement place d’Armes plutôt que de le fantasmer. Que les gens aient un angle accrocheur, humaniste, pour enfin s’y intéresser.

Toujours dans l’idée de donner la parole au plus grand nombre de nos concitoyens, je demande un compagnon pour aller à la rencontre des calaisiens, des passants ou des commerçants, afin de nourrir les Portraits Des Calais.

Nous avons échangé autour de la page Facebook, qui est un groupe et non une page justement, et B. nous a apporté des éclairages sur les différences entre ces deux objets, notamment autour des publications autorisées, puis nous a proposé, pour clarifier l’information sur internet et ramener le débat sur la place d’Armes, un mode de fonctionnement informatif avec la page, et partagé avec le groupe, y privilégiant là le partage d’orientations et de pétitions, de rendez-vous également, et nous invitant ainsi à ne plus débattre à travers le média mais à se contenter d’y communiquer.

Et tout en prenant ces notes, je me rends compte combien je déstructure.

B. reprend alors la parole, ou la garde, et ouvre sur le fonctionnement démocratique en exposant sa vision du débat par-dessus tout et du consensus à en conclure. Mais combattre l’idée que la démocratie passe par le vote n’est pas facile, et JF se fait l’avocat du diable, titille B. et lui apporte ainsi l’opportunité de développer, de clarifier. Malgré l’aspect technique, beaucoup de choses se jouent là de la naissance d’un processus de démocratie réelle intelligent, qui accepte de prendre son temps. Un temps que nous devons avoir, contrairement à ce que veulent nous faire croire nos élus (Guillaume Meurice en parle sur France Inter).

Je résume comme je peux : une proposition discutée est notée, rediscutée alors chaque soir durant toute une semaine pour laisser à chacun l’opportunité de venir exprimer son avis, d’y apporter d’éventuels amendements, jusqu’à ce que le consensus ainsi délibéré satisfasse tout le monde et que la proposition soit finalement acceptée. Avec le nombre actuel de participants, les habitudes qui se prennent, cela me semble un excellent système. Malgré les points de détails autour de l’urgence de telle décision à prendre, comme cela peut être le cas dans de plus grandes villes lors de charges soudaines des forces de l’ordre ou comme nous avons pu le faire lors de la manifestation du 28 avril dernier. Ou ceux autour de la nature de la décision, qu’il s’agisse de fond, d’orientation, d’une décision politique, ou plutôt de la nature d’un événement, des choix culturels à proposer pour les soirées. Ou encore autour de la diffusion d’informations associatives ou politiques locales à faire suivre.

Décision est ainsi prise de ne pas entériner la proposition tant qu’elle n’aura pas été entendue, partagée et discutée avec le maximum de participants, tant qu’elle n’aura pas été avalisée par le maximum de citoyens. Jusqu’à la semaine prochaine.

 

La nuit tombe, il est 21h30 passées quand nous nous séparons, éclatant en deux ou trois petits groupes qui se dispersent et s’éparpillent au crépuscule. Je rentre avec mes garçons.

 

Autour de ces notes, je réalise qu’il me va falloir encore rédiger plus clairement ces propositions afin de les discuter sur un texte précis en s’assurant ainsi que tout le monde comprenne bien la même chose.

Bref qu’il ma va falloir rédiger un texte technique avec des mots simples.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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