#NUITDEBOUTCALAIS #63MARS

Arrivé à 19h avec mon aîné, nous sommes les premiers place d’Armes, rapidement rejoints par deux compagnons. Salutations et mises à jour, partage de quelques informations à aborder lors de la réunion du soir, et je propose d’emblée de profiter du calme pour interviewer l’un de mes deux camarades afin de lancer un blog pour donner la parole aux calaisiens, avec l’évidence qu’il nous faut ouvrir l’invitation à tous par le témoignage d’un de nos participants.

Retrouvez le premier portrait ici.

Anonymat pour ce premier interview, photographie de dos, et une discussion intéressante avec ce lycéen engagé, conscient des défis sociaux d’aujourd’hui et de demain, avec les paradoxes de sa jeune expérience. Tout au long de ce moment, d’autres nous rejoignent, nous saluent, nous laissent terminer l’échange.

Nous sommes six ou sept quand nous ouvrons la séance.

P. est présent et j’expose le besoin de voix pour le jingle. Nous faisons un tour de lecture du slogan. Chacun sa voix, chacun son intonation. Le ton du cœur, de l’ouverture, de la révolte, ou de l’invitation, simplement. L’exercice, trois minutes, est réussi : un absurde éphémère de convivialité, un petit rien pour beaucoup. Il nous faut prendre et donner la parole. Nous exprimer et savoir écouter. Nous abordons alors le débat sur la proposition inattendue, ambitieuse probablement, mais ô combien intéressante, d’instaurer un café citoyen à Calais. Il sera probablement possible, dans un premier temps, d’investir un établissement accueillant pour proposer un rendez-vous bimensuel autour d’un thème prédéfini, mais déjà l’ambition nous gagne d’ouvrir notre propre établissement, de monter pour ce besoin une association, d’envisager alors sur une base permanente, les conditions du changement en se faisant acteurs de la vie locale. Le rêve implique d’évoquer les réalités. L’ambition d’un tel projet soulève l’espoir mais se heurte à l’urgence de concrétisations plus directes.

Je me fais alors le relai de l’action conjointe de #NuitDeboutBesançon et de #NuitDeboutDijon (voir vidéo) et de leur appel au blocus des administrations soi-disant démocratiques que nous entretenons. Je fais là le lien évident avec notre propre conseil régional, démonté par Le Petit Journal (vidéo). Quand on voit comment ils nous traitent du haut de leurs sièges d’élus, ce refus même de tendre l’oreille, de même faire semblant, de prétendre d’écouter, de se soumettre à dix petites minutes de silence pour laisser une poignée de citoyens exprimer ce que beaucoup pensent lors qu’ils pérorent dans le vide des heures durant, des jours entiers.

Dans le même ordre d’idées, le traitement médiatique local de samedi soir et dimanche matin, quelques lignes bâclées de la Voix du Nord, et surtout l’inexactitude de la citation, largement tronquée, de notre camarade puisque celui-ci a rappelé l’intégralité de l’article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1793 :

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. ».

Texte officiel que le journaliste ne prend pas même ma peine de citer, dont il ne prend pas la peine d’informer ses lecteurs de l’existence. Je m’engage à envoyer un mail à la rédaction calaisienne du quotidien pour exiger, de nouveau, un erratum. Voici l’intégralité de cet échange pour l’heure :

« Bonjour O.,
   je reviens vers toi avec le soutien de #NuitDeboutCalais concernant l’article paru hier et faisant rapidement le point sur nos actions du week-end. Outre que l’article soit un peu court pour laisser le soin au lecteur de se poser les questions adéquates quant à son propre engagement, il termine surtout sur un résumé insupportable qui semble nous réduire à un groupe d’activistes violents.
   Voici ce qui est écrit:
 « L’un d’eux, après les discours des responsables syndicaux, a pris la parole très brièvement : « Quand on viole le peuple, il y a insurrection ! » Court mais musclé ! »
   Court mais musclé. Tout l’inverse de ce que nous sommes. Nous prenons le temps, chaque soir, de débattre, B. peut en attester. Nous n’encourageons pas la violence mais nous nous faisons les témoins de celles que le peuple subit. Evidemment nous en discutons, conscients que certaines actions nous amèneront à faire front face à l’autorité illégitime de la ville, de la région ou du pays. Mais pour être précis, notre camarade n’a pas résumé l’article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1793 mais l’a cité dans son intégralité, rappelant notre devoir de citoyen de reprendre notre démocratie en main et non à l’insurrection sanglante comme le raccourci de votre journaliste le suggère, orientant le point de vue de vos lecteurs pour créer un avis négatif général sur notre mouvement.
   Encore une fois donc, merci de rectifier cet article et de bien vouloir traiter l’information nous concernant avec la même bienveillance que celle que vous pouvez dispenser aux carriéristes politiques locaux.
   Ancien pigiste moi-même, je ne me serai jamais permis de tels raccourcis et je trouve cela à la fois inadmissible et répréhensible. Je n’étais pas présent samedi soir, suis arrivé trop en retard dimanche pour assister à quoi que ce soit, mais YM.C ne sera plus le bienvenu à nos réunions s’il ne fait pas l’effort de prendre des notes correctes et de rencontrer plus d’un participant pour synthétiser un mouvement polymorphe.
   Merci, Olivier, de continuer de veiller à ce que l’information locale soit transmise sans orientation. Merci de commencer de tenter de rassembler les lecteurs plutôt que de jouer le jeu médiatique et politique de la division du peuple.
Amitiés révolutionnaires,
Matthieu #NuitDeboutCalais
« Bonjour Matthieu,
Merci pour le message, la franchise et la sincérité sont des qualités.
Plusieurs remarques cependant :
– à La Voix du Nord, on veille toujours à ce que l’info ne soit pas partisane.
– Je trouve que tu en fais trop sur le mode donneur de leçons, agitant presque la théorie d’un complot anti-Nuit Debout, ce qui n’est absolument pas le cas évidemment.
– Nous ne jouons aucun jeu médiatique ou politique.
– Des propos peuvent être considérés musclés sans pour autant suggérer que le mouvement est violent.
– Dernier point: le hasard fait bien les choses, Yves-Marie Chopart a justement rencontré l’auteur de la déclaration lors du 1er mai, tout à l’heure. Ce dernier était surpris de ton message, il ne trouve rien à redire à l’article.
Cordialement.
« Je prends à l’instant connaissance de ta réponse, merci.
   Notre camarade en question n’était pas là hier soir, et décision collégiale a été prise de demander ce rectificatif car il nous semble évident qu’entre les propos tenus et les propos retranscrits, il y a un monde. Je comprends bien que vous n’avez pas l’impression de faire partie d’un complot anti Nuit Debout, que vous n’en avez pas le désir non plus, mais je ne t’apprends sûrement rien en te disant que les mots sont des armes souvent bien plus efficaces que les actes. Aussi ce raccourci nous dessert-il puisqu’il induit un appel à la violence immédiate quand les propos exprimés demandent à chacun une réflexion large sur les manipulations politiciennes dont nous sommes tous victimes, conscientes ou non.
   Nous aurons tout le loisir, je l’espère de continuer à en débattre lors d’une prochaine visite de ta part. »

 

Toujours sur la lancée de la communication, et pour reparler d’une question posée la veille : quid du vote de notre député quant au projet de loi El Khomri débattu ce mardi à l’Assemblée Nationale ? Pourquoi ne pas l’inviter ? Peut-être même préparer une interview collective pour #RadioDeboutCalais, que chacun puisse préparer une question pour l’amener à exprimer ses sentiments personnels aussi bien quant à cette loi, quant aux amendements éventuels pour lesquels il pourrait céder s’il n’est déjà convaincu ou rangé aux ordres des intérêts carriéristes de sa majorité, qu’autour de nos réflexions sur la légitimité de leurs mandats, de son mandat de député, et de celle de notre mouvement. Il est soudain proposé de les inviter tous. Élus de la majorité municipale aussi bien que des oppositions.

J’ajoute que dans le même ordre, parole égale, je souhaite ouvrir mes portraits à d’autres : passants, touristes et commerçants, acteurs du territoires associatifs et institutionnels. À nous de nous déplacer. Si les calaisiens, si les politiques ne viennent pas à nous, allons vers eux ! Allons nous enquérir de leur regard autant sur notre mouvement que sur les grandes décisions politiques nationales et locales. Créons, encore une fois, nos propres médias. Soyons suffisamment ouverts pour laisser s’exprimer, avoir la décence d’écouter ce que ces escrocs de la république peuvent avoir à nous dire pour justifier leurs incompétences et leur mépris. Qu’Emmanuel Agius, premier adjoint, que Mme le Maire viennent nous rencontrer ou que nous y allions : comment peuvent-ils oser nous juger sans nous connaitre ? Puisque les médias ne nous fournissent pas l’accès indispensable à la diffusion de notre action, de nos rassemblements, créons nous-mêmes les conditions de cette communication. Le Think Tank se met en route et différentes idées naissent, sont discutées, de nouvelles actions sont envisagées.

 

Nous évoquons encore la projection de samedi mais en l’absence des personnes concernées par le film et l’organisation, nous ne pouvons rien ajouter. Nous rappelons le gros rendez-vous de samedi après-midi, 7 mai devant le centre de rétention de Coquelles à 13h30 pour protester contre ces centres indignes d’un accueil bienveillant, d’une hospitalité humaine. Nous regrettons encore le handicap de certains soirs de semaine avec l’absence réitérée de quelques camarades, certains suggèrent d’avancer l’heure du rendez-vous à 18h pour permettre à une plus large part de la population de nous rejoindre. Pour ma part je n’ai rien contre.

Nous discutons encore de la nécessité de nous intéresser de plus près à la vie politique municipale, de commencer d’affronter de rebutantes lectures techniques pour savoir comment défendre nos valeurs. Je pense à la nécessité d’un comité de surveillance de l’activité politique calaisienne : un abonné à Nord Littoral, un autre à La Voix du Nord, et revue de presse hebdomadaire, ou deux fois par semaine, pour savoir quels dossiers sont discutés et quels dossiers étudier en conséquence. Savoir quelles questions poser autant à ces élus qu’à nos concitoyens, quelles solutions alternatives proposer.

Je laisse mes camarades avant le début d’une nouvelle interview pour #RadioDeboutCalais, à retrouver ici.

Je repense encore, en couchant ces notes, à la nécessité de se passer le relai de l’animation quotidienne avec la préparation de notre propre ordre du jour pour aiguiller chaque soirée. Nous tournons encore en rond : l’organisation demande l’implication de bénévoles, le recrutement de bénévoles nécessite une large communication, une meilleure communication demande une meilleure organisation.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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