#NUITDEBOUTCALAIS #55MARS

Débriefing de la projection de la veille. En si petit nombre que l’élan de cette réussite se brise là, nous amenant à relativiser : nous sommes huit ou dix, des plus motivés je ne sais pas, des plus assidus, à nous réunir pour, comme dimanche passé, tenter de rebondir sur la présence constante de nombreux visiteurs tout au long de la semaine. Comment rendre cette fréquentation plus régulière, comment l’ancrer dans les habitudes de nos soutiens ?

 

Nous reparlons évidemment de l’incident du soutien Piquemal et le viscéral ressort encore, épidermique. Une réaction que je connais profondément, que je ne peux que comprendre, à laquelle je ne peux qu’adhérer, et pour autant que je souhaite tempérer. Je ne suis pas le seul. C’est M., notre ami basque, qui revient sur le moment en insistant sur l’opportunité manquée de nous renseigner quant à la position personnelle de notre interlocutrice sur #NuitDebout en général, sur #NuitDeboutCalais plus spécifiquement. Quelles y étaient ses attentes ? Je ne peux qu’acquiescer. S’il est certain que ces personnes ne s’impliqueront pas d’emblée sur une action pro-migrants ou NoBorder, il est pour moi certain que leur soutien peut nous être indispensable sur de nombreux autres sujets, d’autres combats, comme celui des cantines biologiques et locales par exemple. Et aussi sûr que certains d’entre nous, de tout leur être, ne peuvent s’imposer telle confrontation, d’autres en sont capables. Je m’en sens capable. Pas nécessairement de les convaincre, mais au moins de tenter de discuter, d’argumenter.

   « Le savoir est une arme et je sors toujours armé », Ministère Amer.

   #NuitDebout me donne cette légitime confiance.

 

Nous épluchons la presse et discutons d’un rectificatif à faire paraître par La Voix du Nord autour de la fréquentation de samedi soir : une quinzaine pour eux qui ne sont venus qu’à 19h, plus de cinquante spectateurs pour la projection et une fréquentation qui, en comptant les passages de nombreux curieux, a dépassé soixante-dix personnes pour la soirée.

Je pense à la possible rédaction d’une charte pour mieux nous présenter : humanistes et solidaires, écologistes conscients de l’urgence, volontaires et positifs, sans étiquette de parti même si l’on ne peut nier la balance à gauche du cœur de chacun. Une charte à écrire à plusieurs, à présenter au vote de tous.

Je propose également que pour chaque visite officielle (police ou médias notamment), nous soyons toujours un minimum de trois personnes afin de présenter chaque fois trois individus différents, trois discours et trois points de vue différents, et qu’autant que possible, ce ne soient pas toujours les mêmes trois personnes. Que chacun à notre tour nous nous y confrontions. Affirmant ainsi notre diversité.

 

Comme dimanche dernier, sont-ce les retombées de l’euphorie, trop denses pour notre petit nombre, nous revenons, ainsi que je l’espérais sans avoir à le proposer, sur la nécessité d’une organisation plus formelle, la nécessité de la communication positive à continuer d’implanter : à nous de savoir offrir à nos concitoyens une raison de nous rejoindre. Est alors avancée l’idée d’une AG, peut-être hebdomadaire, à compter de samedi prochain, afin de convier largement les calaisiens qui le désirent à venir proposer les thèmes de commissions auxquels ils souhaiteraient participer. Nous avons déjà les cantines scolaires, le suivi de la politique municipale, les questions de l’hospitalité et de la migration évidement autour desquelles je milite encore pour le projet du PEROU (http://www.perou-paris.org/) de Réinventer Calais.

(www.wetransfer.com/downloads/0629b1f5d611b989d09bdf131d808a3420160408093806/99db21)

Il y a aussi la mise en place d’une monnaie locale qui, peut-être, reste encore floue, même pour ceux qui ont assisté à plusieurs des nombreux débats que nous avons eus sur le sujet, avec l’avantage qu’un élu travaille déjà dessus dans le cadre d’une association de commerçants de quartier, depuis un bout de temps, et l’éventuelle possibilité de se greffer sur le projet.

Le revenu universel encore.

Les sujets de réflexion, les projets peuvent être nombreux.

Les ateliers pourraient fonctionner via des groupes de discussion sur le web, chacun à son rythme avec un compte-rendu hebdomadaire des avancées et le vote éventuel des orientations à y donner. L’idée d’une mise en branle concrète s’affine, trouve son chemin doucement.

Je pense encore à cette proposition de M. d’organiser un marché commun, de se grouper, citoyens consomm’acteurs, pour des achats alimentaires en grande quantité directement auprès de producteurs locaux avec l’envie de court-circuiter la grande distribution institutionnalisée au service de capitaux agroalimentaires irresponsables. Délaissant, boycottant avec assurance et détermination les manœuvres drastiques et tyranniques de ces acteurs dispensables. Envoyer le message franc d’une solidarité sincère à ces petits agriculteurs que nous soutenons, que nous encourageons. Réhabiliter le travail nourricier de la terre et des terroirs. Une action qui fait déjà lien avec d’autres. Tout est lié.

J., responsable syndical engagé dans la manifestation de jeudi 28 avril, nous laissera le micro après les discours syndicaux. Je présente mon envie : à nous de prendre la parole pour garder les manifestants avec nous dans l’après-midi. Je ne sais pas ce qu’il en sera sur le moment mais je me sens, dans la projection, plus à l’aise avec l’idée d’un discours de témoignage, peut-être d’envies. J’envisage de reprendre le texte de vœux que j’ai publié pour cette nouvelle année dans lequel j’appelais à quelque chose du genre de #NuitDebout, à quelque chose qui se réalise. Je me sens plus à l’aise pour le moment avec cette idée de garder les yeux sur ce texte retravaillé plutôt que, ou avant d’affronter le regard d’une masse de contestation. Sentiment très personnel. Mais il faut d’autres voix. De ceux qui, comme moi, souhaitent témoigner largement de leur expérience et de leurs espoirs, de ceux qui se sentent plus libres dans le moment, plus portés sur l’improvisation et l’animation spontanée du débat. Il est indispensable, essentiel, que nous arrivions à mobiliser la foule présente, à la garder debout sur la place d’Armes tout l’après-midi en faisant passer nos attentes, en partageant ce mode d’échange respectueux, l’alternance calme des tours de parole de chacun, l’un après l’autre. La manifestation et sa non dispersion sont l’occasion de nous montrer, de nous présenter à ceux qui ne nous connaissent pas et qui, probablement noyés des retours ineptes des médias nationaux, nous considèrent d’a priori sectaires et dangereux, nous voient comme de subversifs activistes. À nous de leur raconter le pacifisme et le respect, l’écoute bienveillante et constructive, la pédagogie et la reconnaissance dans l’autre à l’œuvre depuis trois semaines. De continuer d’afficher présence et détermination, l’engagement et le désir de réflexions partagées sur les nombreux problèmes posés par le système actuel de nos sociétés.

Ce sera aussi l’occasion de communiquer autour de l’AG du 30 avril, et de poser la question du 1er mai dans le cœur du monde ouvrier et salarié, de rejoindre le débat, encore, sur le projet de loi El Khomri. J’évoque la proposition d’Olivier Besancenot de profiter de ce début mai pour lancer un grand mouvement de grève nationale d’au moins trois jours. Même si nous nous rendons compte qu’une telle mobilisation sera difficile à mettre en place en si peu de temps, l’idée vaut la peine d’être discutée.

 

Je m’excuse d’avoir oublié les tracts à la maison, mea culpa. Perte d’une journée de communication, je les aurai ce soir. Il nous faudra également préparer un tract pour annoncer l’AG de samedi, à distribuer jeudi pendant la manifestation. J. prend la responsabilité de créer l’événement sur Facebook et d’écrire un texte d’invitation à nous rejoindre qui pourra y être diffusé et servir de base au tract. Nous envisageons d’inviter un ou plusieurs musiciens à se produire, en acoustique ou en autonomie électrique relative. Je me propose de contacter l’association Relief (http://www.facebook.com/relief.asso/?fref=ts) qui travaille beaucoup avec les musiciens locaux. JM propose de contacter un guitariste que j’ai déjà vu jouer l’an passé, un compositeur qui travaille seul à la guitare en développant ses morceaux sur des boucles qu’il enregistre et accompagne au fur et à mesure. Je suis enchanté de l’idée. Nous imaginons la possibilité d’alterner un week-end cinéma engagé avec un week-end musical et festif. Plus tard, autour d’une bière dans un bar, JM propose de tenter de récupérer les invendus des marchés municipaux afin de proposer lors de ces soirées une soupe populaire à prix libre. Une petite cagnotte pourrait nous être utile pour, par exemple, imprimer des affiches et communiquer plus largement sur nos actions futures. Nous envisageons alors de tenter l’expérience dès samedi sur les marchés de la place d’Armes et de la place Crèvecœur.

P. propose, comme il l’avait déjà avancé sur notre page Facebook, la réalisation d’un audioblog autour de #NuitDeboutCalais. Je suis pour, communiquer autour de ce que nous échangeons, de ce que nous sommes, individuellement autant que collectivement. Riches d’innombrables différences et de l’envie de construire ensemble. Nous réfléchissons à plusieurs formes possibles pour cet audioblog : l’enregistrement simple de nos débats lors des cercles de discussions, des portraits de participants comme ceux de #NuitDeboutSaintOmer, le magnifique travail de Radio Tropi’Calais (http://soundcloud.com/radiotropicalais), plus tard nous évoquerons l’idée de la parole aux calaisiens avec des interviews aléatoires des passants et commerçants, des touristes qui nous rendent visite.

P. viendra dès ce soir avec son matériel d’enregistrement.

À moi d’oser prendre mon appareil photo, de tenter de compléter ce travail avec des portraits écrits et photographiques, de face ou de dos pour laisser à chacun le choix de l’anonymat ou non. J. et JM nous informent d’ailleurs sur l’utilisation, répandue chez les zadistes, du prénom Camille pour préserver cet anonymat, proposent de le généraliser. Je pense que le choix doit rester libre pour chacun. Je ne me suis jamais caché, je ne commencerai pas demain. Je pense à L. qui doit probablement être dans la même optique que moi d’un point de vue personnel. Mais cette solution peut être effectivement proposée à tous pour que chacun reste libre.

 

Nous débriefons la projection rapidement et j’avoue que je n’ai pas vu le film, trop occupé à l’organisation et à la discussion autant que pris par la nécessité d’aller coucher mes enfants fatigués. Mais ceux qui l’ont vu ont apprécié. Tant apprécié le piège le piège tendu par François Ruffin que nous nous imaginons, avec humour plus qu’avec sérieux, piéger Mme le Maire. Que nous envisageons, plus sérieusement, de chercher les poux dans la comptabilité des grandes entreprises locales afin de s’assurer qu’elles respectent l’investissement de leurs salariés plus que la vacuité de leurs grands actionnaires. L’envie d’épingler Eurotunnel ou Veolia pour s’assurer que la distribution des dividendes n’oublie pas le travail de ceux qui créent leur richesse et le récompense d’augmentations et de primes conséquentes. Ce qui est plus que mérité ! Punaise, c’est bien l’engagement quotidien, souvent aliénant, de centaines ou de milliers d’hommes et de femmes durs à la tâche, des 99%, qui crée les richesses à coups de mécaniques huilées et abrutissantes pour le 1% de gras et démesurément riches fainéants.

Nous repensons encore à la vente éducative à prix libre de burgers biologiques et de production locale sur les parkings des McDo de la région.

 

Dernier récapitulatif :

  • organisation et communication autour de la manifestation de cette semaine, avec la préparation, pour ceux qui le désirent, d’interventions ;
  • idem pour l’assemblée du 30 avril, avec création de l’évènement Facebook et proposition à tous d’évoquer leurs désirs d’investissement afin de créer différents ateliers ou commissions sur la base du volontariat, chacun à son rythme ;
  • contacts de musiciens locaux, d’artistes, près à venir nous divertir bénévolement et confirmation de l’envie d’animer le paysage culturel libre, local et underground ;
  • sensibilisation autour du 1er mai et de l’idée d’une grève générale, information autour de la convergence nécessaires des luttes.

 

Nous sommes sept ou dix, peu nombreux, mais toujours décidés, motivés et pleins d’idées et d’envies positives, pleins d’une énergie heureuse. Nous y sommes. L’interdiction pschitt de la veille a renforcé nos positions. Nos ouvertures et nos tolérances nous rapprochent plus que les couleuvres qu’ils dégueulent pour toujours nous diviser.

Nous sommes peu nombreux mais heureux, et nous partons fêter ça autour d’un verre, ensembles. Où nous continuons de creuser d’autres pistes. Où nous conspuons le scandale des émissions télévisées contemporaines entièrement dédiées à l’abrutissement global des masses. Que TF1 diffuse sa merde, soit, c’est l’essence même de la chaîne depuis sa création. Que l’explosion des canaux sur la TNT ait mené à la multiplication du vide, cela me pose d’immenses problèmes. Mais que France Télévision joue ce jeu stérilisant de l’audimat quand France 2 et France 3 devraient diffuser France 5 toute la journée, que le service public, que nous payons, dessert nos propres intérêts, cela nous interpelle, nous choque. Nous scandalise.

Rires et sympathies. Nous lions nos amitiés, rugissant d’une énergie positive.

 

Je termine mes notes et ne peux m’arrêter.

Je pense à l’association Racines Carrées, avec qui mon fils a planté des légumes ce samedi passé au parc Pierre et Marie Curie, et qui communique autour des potagers accessibles, ces potagers carrés, surélevés sur une structure de bois, et qui devrait être un compagnon indispensable dans la pédagogie végétale et légumineuse auprès de la population.

J’imagine l’enregistrement d’un disque en collaboration avec l’association pour la sauvegarde du patrimoine qui gère l’église Notre-Dame et d’autres associations locales et qui mettrait à l’honneur Les Patronnes et tous les artistes calaisiens qui souhaiteraient s’y joindre, tout en laissant la place à des interludes témoignages à la manière de Radio Tropi’Calais.

Doux rêves.

 

Nous avons du boulot.

Pas encore de pain sur la planche mais le ventre vide mène nos pas, nos pensées, vers nos lois futures. Celles d’une humanité responsable de sa terre et solidaire de son prochain, qu’il soit voisin d’ici ou d’ailleurs, d’aussi loin qu’il vienne.

Nous continuons d’illustrer victorieusement les richesses citoyennes de la cité calaisienne !

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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