#NUITDEBOUTCALAIS #52MARS

Trois semaines de #NuitDebout en France !

Une petite dizaine de jours pour moi, et la nécessité ici, à Calais, d’informer encore, de continuer de communiquer et d’inviter un nombre croissant de concitoyens à nous rejoindre.

G., journaliste pour le quotidien local, est présent en début de soirée pour recueillir nos paroles : nos envies, nos motivations, nos points de vue sur l’émergence calaisienne de #NuitDebout, son organisation informelle, nos attentes encore, quant à sa pérennisation et aux éventuelles traces que nous souhaiterions laisser sur la ville, sur la vie politique locale. Nous sommes peu nombreux, c’est dommage mais c’est aussi parce que certains d’entre nous sont partis visiter nos voisins de Saint-Omer, dont le succès important de ces premiers jours nous impressionne. Il est évident qu’ici, le petit nombre de participants quotidiens réduit pour le moment nos possibilités d’action, et pour ce qui est d’éventuelles traces, celles-ci se résument encore à quelques idées lancées ici et là, liées sur notre page Facebook aux articles qui y apportent un éclairage intéressant, ainsi qu’à mes billets de compte-rendu, très personnels : longs et engagés, orientés évidemment, conditionnés par mon propre point de vue et ma propre mémoire de ce que nous échangeons. Je suis peut-être trop naïf, certainement, pour accepter la vie telle qu’elle est, le monde tel qu’il tourne, et je compte énormément sur cet article de presse pour amener de nouvelles têtes à nous rejoindre plus régulièrement, chaque soir sur la place d’Armes. Pour partager le rêve d’une ville vivante, accueillante et riche de diversité.

Avec G., nous évoquons ainsi la naissance du mouvement, le point d’impact insupportable de cette proposition de réforme du travail, mais surtout ce que #NuitDebout nous apporte, ce plaisir de nous rencontrer, de vivre ensemble un moment d’authenticité de la parole, et notre désir profond de continuer, d’instaurer définitivement cet espace de liberté citoyenne, quoi qu’il advienne. Pour autant, nous insistons également sur certaines pistes de travail, concrètes, dont nous avons déjà parlé et qui nous réunissent, telles celle des cantines scolaires biologiques et locales. Nous sommes bien conscients qu’une victoire concrète, locale, est essentielle à la pérennisation de #NuitDeboutCalais. Malgré l’envie de révolution qui nous tenaille, globale, internationale, et que je tempère : ce dont nous rêvons, c’est de démocratie réelle, d’un nouveau modèle social, d’un système où l’humain serait au cœur.

Oui, il s’agit bien d’une révolution. Mais puisqu’il faut choisir nos mots, nous excluons pour le moment la violence et l’affrontement, et préférons privilégier la confrontation dans le dialogue. Nous en sommes toujours au stade embryonnaire, protégés par le placenta de nos innocences, mais pressés de nous en extraire pour affronter le réel.

G. reviendra certainement nous rendre visite. Pas nécessairement en tant que journaliste, mais peut-être comme citoyen, apprécier ici la confiance des regards et chercher avec nous d’autres voies possibles. Pour l’heure, un autre reportage l’attend et nous poursuivons la discussion.

 

JF nous lit un article de L’Express ou du Point autour de l’AG organisée par François Ruffin et le journal Fakir dans une salle de la Bourse du Travail, place de la République : entre trois cents et trois cent cinquante participants regroupés là pour discuter d’une suite à donner au mouvement et des actions envisageables pour le 1er mai.

Nous sommes tous étonnés de la façon de faire : pourquoi François Ruffin n’a-t-il pas pris la parole sur la place de la République, face à l’ensemble des citoyens parisiens de #NuitDebout plutôt qu’à l’intérieur d’une salle à la capacité d’accueil évidemment limitée ? Pourquoi lancer un appel à un soutien des syndicats sans consulter ces mêmes citoyens qui sont présents tous les jours dehors ? Si nous sommes d’accord pour le plus large rassemblement possible, d’accord avec l’idée d’une réhabilitation par la base des syndicats ouvriers et salariés, d’accord avec l’idée d’une fête du travail forte de mobilisations massives, nous nous arrêtons un moment sur la méthode, pour nous contraire aux engagements de démocratie de #NuitDebout. Après, nous n’y étions pas et seul cet article de la presse oligarchique relate pour le moment l’assemblée.

Je profite du coup de cet échange autour de la mobilisation du 1er mai pour relayer la proposition, chapelle sympathisante oblige, d’Olivier Besancenot d’engager la lutte en ouvrant le mois de mai sur une grève générale de trois jours. L’idée est appréciée : quasiment toutes les mains se lèvent et s’agitent en signe d’approbation. Non seulement ce jour est l’occasion idéale de ce blocage économique, mais le moment souligne aussi l’anniversaire de #NuitDebout : le 1er mai, c’est le 1er mois. Alors oui, la solution d’une pression maximale sur l’économie, directe, nous séduit : elle exprimera le plus sûrement possible notre refus clair et sans compromission de ce texte de loi rétrograde, et devrait pousser dans des retranchements d’angoisse les carriéristes politichiens qui nous regardent de haut. C’est la peur qui remplacera le mépris.

Oui.

Mais comment l’organiser ? En si peu de temps, comment réussir à mobiliser une société entière ? L’urgence des actions nous dépasse un peu, nous devons le reconnaître, mais n’empêche pas la réflexion. Pour ma part, même si je rêve de cette France paralysée par la volonté des millions de travailleurs qui font normalement battre son cœur, j’opte pour la patience plus que pour l’urgence. Et la question de l’organisation nous ramène alors à nos envies d’actions locales, concrètes. Nous ramène à l’imminence de notre première grande soirée, et à l’approche rapide de la manifestation de la semaine prochaine.

 

Qu’en sera-t-il de cette projection ? Malgré la confirmation de l’accès au matériel et au film, malgré l’assurance maintenant de la présence massive de nombreux calaisiens grâce à nos actions de communication et grâce au retour positif que nous y percevons, quelle liberté réelle obtiendrons-nous ? La mairie nous laissera-t-elle faire, sans accroc avec ses administrés, ou la police municipale interviendra-t-elle, venant nous signifier l’interdiction pure et simple de cet événement organisé librement, sans autorisation ? Nous nous entendons à peu près sur les réactions à tenir si c’est le cas, sur la nécessité de ne pas céder à la provocation mais au contraire de tenter de faire preuve d’autant de diplomatie que possible afin d’assurer notre droit à la citoyenneté, libres et sans laisse municipale. Après tout, la place d’Armes nous appartient. Son sol net, ce sont nos impôts. La même question se pose alors quant au rassemblement prévu là en fin de manifestation jeudi prochain. Nous verrons bien : la place nous appartient.

L’interdiction serait finalement un large coup de communication en notre faveur, nous le savons. L’interdiction de projection nous permettrait de lancer le débat autour de nos libertés réelles, d’insister sur l’opacité voulue par nos élus, sur la détermination de Mme le Maire à régner sans partage et sans consultation sur une ville qu’elle bétonne à l’envie sans se soucier des besoins essentiels de la population calaisienne. La municipalité s’inquiète, nous le savons maintenant. Nos élus ont peur, comme leurs quelques administrés racistes, de ce qu’ils ne connaissent pas. Nous avons la force de l’ouverture, du sourire à l’autre et de l’envie d’espoir. Nous assumons notre pacifisme, notre volonté de dialogue et de renouveau démocratique, notre anonymat représentatif pour n’être plus que masse populaire. Ils ont de quoi avoir peur : leurs privilèges vont disparaître, leur avidité sera dénoncée et leurs richesses seront partagées.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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