#NUITDEBOUTCALAIS #46MARS

En prenant le stylo, je me rends compte que les débats hier soir ont été plus éparses, moins approfondis que ces derniers jours, peut-être plus décousus. Qu’il a été beaucoup questions des formes de l’engagement et de l’organisation à définir pour recoudre le canevas de ce que nous esquissons depuis quelques jours.

Nous nous sommes retrouvés plus tôt, trois d’entre nous, pour aller tracter avant 19h. Avons descendu la rue Royale jusqu’à la gare de Calais Ville. Sourires et encouragements sont nombreux mais l’indifférence et l’agressivité existent aussi. Nous avons laissé quelques tracts dans les boulangeries, dans quelques cafés également.

Puisqu’il pleut, nous commençons la réunion à l’abri sous ce préau qui nous a déjà bien protégés la veille. Fait ventu et froid mais nous tenons bon.

Debout !

Nous recevions hier soir une délégation voisine de trois boulonnais présents au premier rassemblement de leur ville la veille et venus observer notre fonctionnement, venus également partager leur expérience. X. est professeure, elle est accompagnée d’un étudiant et d’une lycéenne. Leur ressenti est déjà différent quant à l’expérience démarrée à Boulogne-sur-Mer. Quand X. regrette le rythme d’une seule séance hebdomadaire, l’étudiant estime lui que cela peut être une bonne chose pour ne pas donner l’impression de trop demander aux participants. Nous leur expliquons alors notre vision de #NuitDebout : reprise du pavé par l’occupation quotidienne, nécessité d’ancrage durable. À mon sens, ce n’est évidemment pas la fréquence des rendez-vous qui importe mais bien la pérennisation de ces occupations publiques par la mise en œuvre d’actions et de propositions citoyennes.

Notre voisin étudiant boulonnais exprime alors son ressenti d’un mouvement qui s’est monté d’abord contre la loi El Khomri et insiste sur la nécessité de placer cet enjeu comme une des conditions de la pérennisation du mouvement. Rappelle que nous, français de tous horizons, participants ou non à #NuitDebout, avons besoin de cette victoire sociale, du retrait complet de ce projet esclavagiste. Nous rappelle que la rue a déjà, par le passé, fait céder d’autres gouvernements.

Que les jeunes y ont toujours pris une grande part et y ont toujours une grande part à prendre.

C’est l’occasion de rebondir sur la mobilisation lycéenne. À nous d’informer nos jeunes concitoyens de ce qui se passe sur nos places publiques, à nous de les informer sur leur droit de grève, sur la politique de retenue des élèves présents dans l’enceinte de l’établissement ces jours-là. À nous de rédiger et de diffuser un tract qui comprendrait ces informations ainsi que d’autres thèmes d’approche pour les inciter, dès la semaine prochaine, à nous rejoindre.

 

Après une grosse demi-heure d’échange, nous sommes une vingtaine. Quelques nouvelles têtes sont présentes et le ciel s’est dégagé. Quatre jeunes et jolies femmes nous ont rejoint également, venues nous offrir un cadeau de leur voix, là sous le ciel gris de la place d’Armes. Habituellement six, les Patronnes ne sont que quatre ce soir mais nous enchantent tout autant de leurs douces reprises a capella de standards anglo-saxons traduits dans la langue de Molière : Parce Que des Beatles, Yoga de Björk ou encore Heureuse de Pharrell Williams.

Géniales !

Superbes voix, sourires magnifiques. Je me laisse porter par leurs mots, y trouve l’écho de ce que nous faisons ici, le rayon chaud d’optimisme. Une volonté d’être heureux et de le partager, de communiquer cet élan, ce bonheur, ce positivisme. Nous sommes pleins d’espoir.

Merci Patronnes !

(https://soundcloud.com/les-patronnes/les-patronnes-extraits-concert-au-channel-20-mars-2016)

Après l’exquis interlude, après avoir chaleureusement remercié et applaudi nos heureuses bienfaitrices mélodiques, sourires éclatants sur nos visages et la musique au cœur, nous reprenons le débat, reformons le cercle.

 

La présence de nos amis boulonnais est l’occasion de revenir sur le débat de la veille autour de la monnaie locale. Puisque le Bou’Sol est là-bas expérimenté depuis deux ans, leur témoignage nous importe. Avec raison : X., visiblement très engagée socialement, nous explique la mise en place trouble, issue d’une volonté politique de la ville, et les dérives qui l’ont accompagnée. Outil politicien plus que social, mainmise opaque de l’association de gestion, fonctionnement loin de la transparence puisque l’association en question ne publie pas ses comptes, quarante mille euros de frais d’impression de billets sécurisés. JP., retraité aux connaissances pointues en finance, et X. discutent des marges restantes aux commerçants adhérents, je crois, pourcentages et chiffres, je ne comprends pas tout.

Comme la veille, la discussion dérive doucement sur les voies de sortie du capitalisme et nous nous posons la question de savoir si la monnaie locale ne reste pas une clé du système actuel, ou comment faire justement pour qu’elle ne le soit pas. Sont évoqués des îlots de fonctionnement parallèle, la mutualisation des moyens tels que la Briqueterie d’Amiens (http://www.briqueterie.fr/). Nous reparlerons, un peu plus tard en petit comité, après dispersion, du troc et du Système d’Échange Local, le SEL :

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_d%27%C3%A9change_local).

 

Il semble que nous commencions de convaincre notre camarade étudiant boulonnais que #NuitDebout, ce sont de nombreux autres combats, tout aussi essentiels, que seulement celui contre la loi El Khomri.

Nous reparlons de Marine : M., musicien à ses heures et travailleur social, soulève la question de l’affichage sauvage du F-Haine dont il est témoin, régulièrement, sur la route du travail. Comment contrer et faire disparaitre la blonde carnassière de nos paysages ? L. témoigne de son expérience, à vélo quelques minutes derrière le 4×4 noir qui parcourt les rues de Calais pour défigurer les murs sous la gueule au sourire affamé. La colle n’est pas sèche encore quand il arrache aisément ces irresponsables gâchis de papier. J’ajoute mon expérience de décembre dernier, une semaine avant les élections régionales : colleurs d’affiche à la sortie du collège, probablement ce même véhicule polluant, ma réaction civique face aux coups de balai, l’emportement et la retenue, le visage en sang sous les yeux de mes garçons et les longues heures d’attente au commissariat avant de pouvoir porter plainte, sans nouvelle quatre mois plus tard lorsqu’il existe assurément des moyens légaux de retrouver mon agresseur. J’insiste et conseille fortement à tous de ne jamais aller les affronter seul. Ils sont infatigables, à nous de l’être tout autant. Ils se déplacent en groupe avec un rare sentiment d’impunité, à nous d’éviter la confrontation si nous sommes seuls. J’ajoute cependant que face à trois colleurs d’affiche, c’est très certainement la retenue et la conscience aigüe des limites de la violence de l’un d’entre eux qui a évité qu’après les coups de balai, mon agresseur et moi n’en venions aux poings sous le regard éloigné, désintéressé, pire fuyant, des nombreux témoins adultes présents dont aucun ne s’est manifesté. M., professeure en lycées, raconte son expérience administrative avec les services municipaux quand elle a tenté de les faire intervenir pour nettoyer les dessous d’un pont proche d’un établissement scolaire, couverts des affiches de la flamme. Puisqu’aucune réaction ne venait, ses collègues et elle ont décidé de courir la blonde d’images pornographiques. Quelques heures plus tard, les murs sous le pont étaient propres, plus une trace de papier.

Rendez-vous est pris pour ce samedi après-midi, avec les citoyens qui le désirent, pour s’en aller recouvrir le sourire aiguisé et effrayant de la Marine.

Un effort incessant à relever chaque jour. Un réflexe quotidien, citoyen, à acquérir.

Encore une fois, la pluie reprend.

Ça sent doucement la fin mais auparavant se pose la question d’une organisation à mettre en place, de la nécessité de commencer à nous mettre en mouvement.

Debout oui, mais actifs !

Rendez-vous est pris pour aller tracter ce matin sur le marché de la place Crèvecœur. En moins d’une heure nous avons distribué près de quatre cents tracts, avec de nombreux retours positifs, quelques promesses de visite et, évidemment, de rares dédains et agressions verbales. #NuitDebout fait son lent chemin dans l’inconscient collectif et promet d’effleurer prochainement les consciences de nombre de nos concitoyens si nous savons pérenniser et gagner.

 

Nous nous posons aussi la question de la mise en place plus formelle d’un fonctionnement. Je témoigne rapidement des travaux de la commission constitutionnelle de #NuitDeboutLille dont j’ai pu lire les compte-rendu sur (wiki.nuitdebout.fr). Je tente d’expliquer ce que j’ai compris de leur fonctionnement et de leur action, afin d’explorer les pistes que nous pourrions suivre.

Sous le préau, les au revoir se prolongent en discussions éparses.

Je discute avec JM qui doit avoir à peu près mon âge, « fai(t) des choses avec (s)es mains et (est) célibataire ». L’envie de voir naître du concret de nos assemblées le tenaille. Autant que moi. Nous évoquons les moyens de communiquer autour des cantines scolaires calaisiennes, de l’estomac et de la santé de nos enfants à la merci d’un industriel de l’agro-alimentaire. Comment placer des repas de production locale et biologique, pour le même prix, dans les assiettes de nos bambins ? Tracts à la sortie des écoles, nécessité de proposer nous-même une alternative en contactant des producteurs du territoire, de créer nous-mêmes les futurs menus des cantines calaisiennes tout en chiffrant le projet si possible. Créer ainsi les conditions d’un changement durable des habitudes alimentaires, accompagnées des informations et de la pédagogie nécessaires.

Nous reparlons encore du besoin imminent de s’organiser, de désigner, parmi nous, parmi évidemment ceux qui le souhaitent, ceux qui s’en sentent capables, des porte-paroles, à l’aise et suffisamment confiants pour démarcher les passants qui nous regardent de loin, s’en aller les inviter à nous rejoindre, cordialement, exprimer et partager le positif que nous ressentons tous.

Discuter, informer. Éduquer et échanger.

 

Matthieu Marsan-Bacheré

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