#NUITDEBOUTCALAIS #45MARS

Troisième soirée, humide cette fois-ci, mais toujours agréable et enrichissante.

L’averse de 18h a certainement dissuadé ceux qui auraient souhaité se joindre à moi pour un débat préliminaire. Pas grave, j’ai profité, sous la Halle du concert des élèves du Conservatoire dans le cadre du Beautiful Swamp Blues Festival, le genre d’événement offert par la ville que j’apprécie et encourage. Ç’a été l’occasion de tracter auprès du public au rythme de blues rock énergiques. Sympathique.

Dès avant 19h cependant, le parterre de plantations qui nous sert de lieu de rendez-vous sur la place d’Armes commence de se peupler et je rejoins rapidement les premiers arrivants. Sourires amicaux, on se salue, on forme de petits groupes le temps de laisser d’autres participants venir à nous. Après une vingtaine de minutes, nous sommes quinze ou seize à former un grand cercle et nous ouvrons l’assemblée avec le rappel des informations importantes autour des événements à venir :

  • Soirée film en préparation pour le Samedi 23 Avril, toujours dans l’optique de diffuser Merci Patron de François Ruffin, disponibilité de la copie en attente de confirmation. Avec l’idée d’en débattre et d’inviter les calaisiens à se joindre en nombre à la
  • Manifestation contre la Loi El Khomri du Jeudi 28 Avril, à la fin de laquelle nous devons nous organiser pour éviter la dispersion et profiter de l’opportunité pour amener ses participants à rejoindre #NuitDeboutCalais.

Très vite le cercle s’agrandit encore.

Nous écoutons un bref rappel des signes de communication non verbale :

(http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/styles/wysiwyg_635/public/asset/images/2016/04/mouvement_nuit_debout_les_47520_hd.jpg?itok=2xWhJSIj)

Et nous voilà partis sur la question de savoir si nous devons utiliser #NuitDebout à des fins politiques ou politiciennes. Nous sommes à peu près d’accord pour dire que nous ne nous affilions à aucun mouvement politique : chacun est libre de venir, quelle que soit son orientation politique. Cependant, il m’est important d’affirmer que oui, #NuitDebout est un mouvement politique, du grec politiké : science des affaires de la cité, la politique est l’organisation de la vie citoyenne, ce que nous tentons de faire. Réappropriation des espaces publics, réappropriation du débat, réappropriation des initiatives.

Oui, tout cela, c’est faire de la politique.

Pour autant, d’obédiences diverses et même si nous partageons jusqu’à présent un grand nombre d’espoirs, si nous nous mettons d’accord sur différents concepts, il est important de rester indépendants, ni fédérés ni subordonnés à quelque parti que ce soit afin de garder spontanéité et liberté de penser, liberté de débattre autant que d’agir. L’exemple du mouvement des Indignados espagnols et de la création de Podemos est rappelé afin que nous ne commettions pas la même erreur qui a conduit des milliers d’ibères indignés, une foule d’énergie et de propositions, à se retirer du mouvement quand celui-ci est devenu parti politique. Je ne cache pas que pour moi, le but est de pérenniser durablement le mouvement pour espérer, dans quatre ans, porter certains d’entre nous au conseil municipal, pour espérer remplacer les carriéristes de la politique politicienne locale par des citoyens engagés et concernés. Connectés au réel. Responsables. Un espoir qui semble partagé par la majorité d’entre nous.

 

J’embraye bientôt sur l’initiative d’un élu calaisien en évoquant deux articles lus dans les quotidiens La Voix du Nord et Nord Littoral autour de la création d’une monnaie locale.

(http://www.lavoixdunord.fr/region/calais-l-idee-d-une-monnaie-locale-soumise-aux-ia33b48581n3441919)

(http://www.nordlittoral.fr/accueil/pour-ou-contre-une-monnaie-locale-a-calais-ia0b0n300005)

B. et moi nous relayons pour expliquer ce que nous en savons, ce que nous en avons compris de nos courtes lectures sur la toile : outil de dynamisation de l’économie locale utilisable en circuit fermé par les usagers, les commerçants de bouche autant que de services ou d’art, les fournisseurs ou producteurs du territoire, c’est tout autant un outil de lien social.

La pluie nous interrompt et nous nous dispersons quelques mètres avant de reformer le cercle qui continue de grandir sous un préau près des restaurants de la place d’Armes. L’averse claque sur la tôle des voitures, le tonnerre gronde, mais nous continuons.

Nous évoquons l’expérience en cours à Boulogne-sur-Mer et les questions fusent autour de modalités de mise en pratique. Avec ou sans la municipalité ? Avec une association ? Quel apport par rapport à l’euro ? Quels avantages ? B. avance l’impossibilité de thésaurisation, faisant de ces monnaies locales des monnaies réelles, non spéculatives, des monnaies destinées à circuler. Apportant une identité autant qu’une protection minimale au territoire. La présence prochaine de cet élu municipal qui a abordé le sujet, qui y travaille dans le cadre de l’association de commerçants qu’il préside, nous sera utile pour nous faire une idée plus précise, plus concrète probablement de ses applications possibles.

Pour le moment, tout le monde n’est pas convaincu de l’utilité d’accompagner cette action.

M., infirmier, évoque le SEL, Système d’Échange Local :

(http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_d%27%C3%A9change_local)

Appliqué à Lille, M. a eu l’occasion de l’utiliser : du temps comme monnaie d’échange. Du temps de travail contre du temps de travail, comme un échange de service mais dont le crédit permet aussi de se nourrir auprès de producteurs ou commerces affiliés.

Nous nous posons la question du choix : faut-il préférer le SEL à une monnaie locale ? L’idée semble dominer, dans une ville activement sinistrée comme Calais, l’échange est un réel moyen de faire du lien, de créer solidarité et entraide tout en éveillant les consciences à l’importance de ramener ses interactions à l’échelle régionale. Est-il éventuellement possible de lier les deux projets, peuvent-ils être compatibles, voire complémentaires ?

Questions encore de la planche à billet, de l’indexation sur l’euro : une monnaie d’échange ne reste-t-elle pas esclave du système de Bruxelles ? Si Calais imprime sa monnaie, est-il possible de créer un revenu minimum complémentaire local ? Est-il possible de verser aux salariés territoriaux, mais aussi privés, une partie du salaire dans cette devise ?

 

Sans réponse encore à ces interrogations, sans argument face à de nombreux doutes, le débat s’interrompt à la faveur d’une accalmie qui nous ramène sous le ciel de la place d’Armes. Nous sommes maintenant une quarantaine : quelques habitués associatifs nous ont rejoint, accompagnés de quelques étrangers de passage qu’ils ont invités à partager notre expérience. Le cercle continue de s’étendre et c’est une joie réelle pour tout le monde, porteuse d’un nouvel espoir de continuer, chaque soir, de voir notre présence trouver écho dans la foule de nos concitoyens. Une joie également de voir se confirmer l’aspect multiculturel de notre assemblée.

S’ils n’interviendront pas, la présence de nos amis d’Afrique et du Moyen-Orient sur la route de l’exil coïncide avec la question de l’acceptation ou non de participants ouvertement racistes, ou fermement opposés à la présence d’étrangers à Calais.

Nous faisons la distinction entre racisme et refus des migrations, mais tout le monde n’est pas tout à fait d’accord sur ce point. L., très engagé auprès des populations migrantes, affirme que les migrations refusées en France sont celles venues justement d’Afrique et du Moyen-Orient, que personne ne s’oppose aux flux migratoires suédois ni à l’exil de français. Un point pour lui mais cela ne résout pas la question de l’accueil à faire à ces gens refermés sur eux-mêmes.

Le racisme est un délit, nous sommes là tous d’accord.

Le mot race a d’ailleurs été retiré de la constitution actuelle, faisant du racisme plus qu’un délit, une pensée anticonstitutionnelle. Si certains refusent carrément d’accepter la présence de ces gens, d’autres ne se sentent simplement pas capables de les affronter sur le terrain dans la parole sans perdre à coup sûr leur sang-froid. D’autres encore, dont je fais partie, pensent que la majorité de nos concitoyens racistes ne le sont que par manque d’éducation, qu’ils portent une forme d’inculture et ne trouvent le reflet dans l’autre que de la peur d’eux-mêmes. Que #NuitDebout est en partie là pour ça : pour discuter, informer, éduquer. Que cela devient d’autant plus praticable à travers les gestes de communication non verbale qui excluront sans ambiguïté tout discours raciste, que le silence ou la réprobation seront les réponses claires et promptes à isoler un tel individu.

Ce sera d’autant plus le cas si le visiteur n’est pas raciste mais simplement opposé à la circulation des individus. À nous de lui expliquer alors l’aberration de frontières qui n’existent pas dans la nature et ne tiennent que pour séparer les hommes. Qu’elles ne devraient depuis longtemps plus exister, plus n’avoir aucune raison d’être, sinon pour taxer, dans le système actuel, les mouvements de capitaux qui font le libéralisme outrancier du monde.

Nous voulons d’une autre Europe.

Solidaire.

Pas de cette Fortress Europe que construisent actuellement les états membres.

L. ne décolère pas : l’Europe oui, sous l’impulsion française ! La France, quatrième marchand d’armes mondial, marchand de guerre, crée ces déplacements de population en encourageant les conflits à travers ces régions de la planète, et dans le même temps, c’est aussi la France qui pousse ses partenaires européens à enclencher l’improbable et meurtrière politique sécuritaire, ségrégationniste, à construire des murs, à reconduire les exilés vers leur mort certaine, c’est encore la France qui détient le record du plus faible taux d’agrément aux demandes d’asiles sur le bloc ouest du continent. Et pour finir de se convaincre de cette responsabilité nationale, il n’y a qu’à souffrir de voir la politique gouvernementale et municipale : les containers à fichage, l’insalubrité crasse où nous laissons vivre les exilés, le démantèlement de la jungle, les kilomètres de grilles de la honte le long de l’autoroute et des voies ferrées, à l’entrée du tunnel, le déploiement absurde de forces de l’ordre que nous payons à l’ennui…

La France est le moteur de ce racisme européen.

D’accord.

Que faisons-nous pour changer ça ?

D’après moi, #NuitDebout est un laboratoire de démocratie, un espace de propositions. Sa déclinaison contagieuse partout en France exprime certes un ras-le-bol collectif national mais souligne aussi le désir profond d’actions locales. J’insiste donc de nouveau sur le lancement d’une pétition pour accorder le budget nécessaire à l’accomplissement du projet de PEROU (http://www.perou-paris.org/) : Réinventer Calais.

(www.wetransfer.com/downloads/0629b1f5d611b989d09bdf131d808a3420160408093806/99db21)

À nous, calaisiens, de montrer l’exemple. De faire en sorte que nous partagions durablement notre cité avec tous, avec le monde, hommes, femmes, enfants, de passage chez nous. À nous citoyens imposables et imposés du Pas-de-Calais, du Nord et de la Picardie, d’affirmer que nous souhaitons allouer ce budget nécessaire à la mise en œuvre d’une hospitalité pérenne pour les années à venir. D’affirmer que nous voulons construire durablement en intelligence urbaine une mixité sociale qui s’enrichit des passages du monde entier dans nos rues.

 

Vient justement la question des actions à mener.

Une descente impromptue, banderole aux poings, de la rue Royale est refusée. Puisque nous souhaitons rassembler nos concitoyens, autant ne pas aller les déranger trop rapidement. Évitons autant que possible, pour le moment, les nuisances inutiles.

Notre jeune ami lycéen, J., plein d’énergie et de ressources, a de nombreux autocollants antifascistes à distribuer pour décorer la ville. L’occasion de rappeler que justement #NuitDebout est un mouvement de réappropriation de l’espace public, d’évoquer la déraisonnable réaction d’Anne Hidalgo, maire de Paris, qui accusait les participants de privatiser un espace public en investissant ainsi la République. Quel symbole… La petite réponse vidéo de Danielle Simonnet, conseillère municipale de la capitale, est délicieuse :

(http://www.youtube.com/watch?v=XE8hiZO4-xc)

La privatisation par Vinci des espaces de stationnement, la privatisation par Lagardère d’une partie du Champs de Mars pendant l’Euro 2016, la fermeture totale d’une place lyonnaise à cette même occasion, les espaces publicitaires JC Decaux…

Je propose que nous respections notre cité : gare et autres bâtiments publics, lampadaires et mobiliers urbains. Que l’on ne colle ces stickers, pour ceux qui le désirent, seulement sur ces espaces privatisés de notre ville que sont les panneaux publicitaires, les horodateurs pourquoi pas, les vitrines de banques, de franchises qui s’affranchissent de l’impôt. La liste reste ouverte.

 

La pluie reprend.

Nous terminons sur les dernières questions de communication et d’organisation. Est-il possible, prochainement, de commencer de définir un thème principal pour les soirées à venir ? Ceux qui en ont l’opportunité peuvent-ils récupérer les derniers tracts dont nous disposons pour inviter d’autres concitoyens à nous rejoindre ? Le texte de ce tract n’est-il pas trop agressif, comme certains l’ont déjà fait remarquer ? Il est proposé que ceux qui le souhaitent apportent ce soir un tract de leur composition, charge au vote alors de décider celui ou ceux que nous diffuserons. Il est urgent me semble-t-il, j’insiste, de faire l’effort dans les jours à venir de continuer d’alerter nos connaissances et tous nos concitoyens, d’inviter autant de monde que possible à nous rejoindre afin d’ancrer le mouvement dans le temps. L’augmentation incessante de la fréquentation, même des courtes visites, au cours de mes trois premières #NuitDebout, m’encourage dans cette voie :

Aux Armes Calaisiens !

Tous les soirs à 19h.

À l’abri du préau, nous partageons avec délectation les succulentes tartes cuisinées par L.

Repus de nos échanges, riches. Portés par la volonté d’avancer et l’espoir palpable de voir nos rangs s’épaissir demain encore, jour après jour.

Heureux de se retrouver chaque soir.

Matthieu Marsan-Bacheré

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