#NUITDEBOUTCALAIS #44MARS

Seconde soirée #NuitDebout pour moi.

Après l’agréable découverte de la veille, les riches rencontres que j’y ai faites, je m’y rends avec plaisir et presque avec impatience. Je ne suis visiblement pas le seul, notre jeune camarade lycéen est déjà présent quand j’arrive avec quelques minutes d’avance et nous sommes rapidement rejoints par notre aimable concitoyen syndiqué et un des anciens du cercle, présents tous deux depuis le début du mouvement à Calais.

Les arrivées se font, éparses.

On se bise, on se tutoie, et on retrouve avec un réel plaisir ces toutes nouvelles connaissances au rendez-vous de #NuitDeboutCalais. Nous atteignons vite la quinzaine de la veille, montons doucement au-delà de la vingtaine dans la première demi-heure, pour être bientôt, large cercle citoyen sur le parvis de la place d’Armes, une bonne trentaine, peut-être trente-cinq en comptant les départs, les passages furtifs et les arrivées tardives.

Après les informations sur le choix de la date de la soirée projection, fixée au samedi 23 avril, actualités culturelles chargées de la veille obligent, nous avons la confirmation de mise à disposition du matériel par un couple de concitoyens, et j’apporte celle de la forte probabilité d’obtention d’une copie de Merci Patron grâce à nos très aimables amis du cinéma l’Alhambra (www.facebook.com/alhambracalais).

Une autre nouvelle circule avec l’annonce des débuts imminents, lundi prochain de la #NuitDebout à Saint-Omer, et dès ce jeudi soir, de celle de Boulogne-sur-Mer qui réclame notre présence pour le lancement. Nous n’y serons probablement pas. Tout d’abord, ce soir se tient l’ouverture du Beautiful Swamp Blues Festival sous la Halle de la place d’Armes, l’occasion idéale pour nous de rameuter ce monde venu profiter de la musique au mouvement calaisien. De plus, il nous semble d’emblée plus pertinent de les laisser commencer seuls, de les laisser s’organiser eux-mêmes, quitte à échanger dès la semaine prochaine avec des visites d’une ville à l’autre pour partager alors nos expériences.

Puisque le cercle est large, puisqu’apparaissent de nombreuses nouvelles têtes et que reviennent d’autres qui, la veille, étaient absentes, nous entamons un tour de présentation : venus de Calais aussi bien que d’Ardres, de la campagne audomaroise et boulonnaise, nous sommes tous d’horizons différents de par l’étendue de nos générations autant que de par celle de nos attentes. Certains, comme moi, sont portés par l’envie de voir se concrétiser quelque chose de ce mouvement ; d’autres, simples curieux, se présentent timidement, ne dévoilent pas nécessairement leurs attentes ; T., un visiteur parisien, voyage de ville en ville pour assister aux Nuits Debout ailleurs que dans la foule républicaine de la capitale ; en plus de notre jeune ami lycéen qui promet de ramener, dès la semaine prochaine, dès la reprise des cours, ses collègues, un couple d’étudiants de l’IUT se joint à nous ; des travailleurs sociaux de la Vie Active nous retrouvent ; d’autres syndiqués arrivent.

Une diversité nait.

Entre nouveaux encore timides, observateurs respectueux, blagueurs patentés et habitués de la prise de parole. Hommes et femmes aux expériences multiples, riches. L’envie de partager nous réunit, celle de réfléchir et d’avancer. L’espoir de changer le monde.

Après ce tour préliminaire, B. nous explique les différents gestes de communication silencieuse nécessaires au bon déroulement de ces assemblées populaires : approbation, infirmation, désaccord, demande de parole ou de silence. Un ensemble de réflexes à acquérir dans l’optique d’une bienséance aussi ordonnée que possible, les gestes simples et élémentaires du respect et de l’écoute.

(http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/styles/wysiwyg_635/public/asset/images/2016/04/mouvement_nuit_debout_les_47520_hd.jpg?itok=2xWhJSIj)

 

Nous commençons le débat, question à notre visiteur parisien, autour de la violence suite au fracas des vitrines du McDo de la place de la République. T. nous explique que décision collégiale a été prise à Paris d’exclure systématiquement la violence aux personnes, de refuser que soit portée atteinte à l’intégrité physique de qui que ce soit, agents de l’ordre étatique inclus. Cependant, la question de la destruction symbolique ou de la réquisition de matériel, informatique par exemple – de la Société Géniale pour ne pas la nommer après le scandale des Panama Papers – est posée. Nous sommes d’accord, dans l’ensemble, sur le fait que chaque acte porte ses conséquences et qu’un restaurant McDo, aussi symbolique soit-il de ce système malade, reste l’outil de travail des plus précaires. Il me semble alors important de souligner que la violence ne peut devenir légitime que dans le cadre d’une action qui aboutit, qui porte ses fruits, concrets, immédiatement. Nous sommes tout autant d’accord pour dire que nous encaissons tous depuis trop longtemps une autre forme de violence étatique, insidieuse, systémique et systématique. Les témoignages se succèdent, confirment la détresse contenue de chacun, l’envie de renouveau, de désobéissance civile, de rébellion. Le désir de relever la tête. D’avoir accès, dignement, à la démocratie.

Fièrement.

Question est alors posée d’une éventuelle position commune sur le vote à l’élection présidentielle de l’année prochaine : l’abstention contre le poids du vote blanc, l’initiative de la Primaire des Français (http://www.laprimairedesfrancais.fr/), il existe également celle des citoyens (https://laprimaire.org/).

Les avis sont partagés.

Pour certains, l’abstention doit effrayer les politocards qui dépendent de nos votes pour leurs places ; pour d’autres, le vote blanc sera bientôt comptabilisé, compris. Je ne me fais pas réellement d’illusion quant à l’incidence de nos votes dans leur calendrier imposé. Pour moi pas de doute : ce sera Philippe Poutou et le NPA au premier tour, avec fort préavis d’abstention au second. J’ajoute qu’il me semble que l’échéance est trop proche pour que #NuitDebout ait à s’en emparer, que nous n’avons pas nécessité à nous positionner et que chacun, citoyen en son âme et conscience, devra agir alors comme il l’entend, comme il le sent. Il me semble surtout que l’émergence rapide de #NuitDebout partout en France exprime quelque part une profonde volonté de réappropriation locale. Ici, à Calais, bien que l’État et l’Europe se braquent sur le sujet, la chance nous est donnée d’avancer et de répondre localement aux attentes des migrants autant que de la population locale. De montrer que ces attentes différentes ne sont pas inconciliables. Nous devrions nous occuper de faire pression sur la région pour obtenir un aménagement digne du nouveau territoire qui se dessine, cosmopolite. Riche.

(www.passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/04/10/reinventer-calais-par-le-perou/)

(http://www.perou-paris.org/)

(www.wetransfer.com/downloads/0629b1f5d611b989d09bdf131d808a3420160408093806/99db21)

Quant aux échéances, nous avons quatre ans pour nous concentrer sur l’ensemble des questions locales afin d’installer alors à la mairie notre émergence : un conseil municipal de citoyens non professionnels issus, pourquoi pas, de l’installation pérenne de ces palabres crépusculaires.

De nouveaux témoignages confirment la lassitude de l’alternance carriériste des promesses et des mensonges des cliques Sark’Hollande. Nous sommes fatigués du jeu de l’insécurité permanente, du jeu de la peur pour mieux faire plier les citoyens, et qui fait le jeu abrutissant du F-Haine. Nous sommes choqués de cet état d’urgence imposé qu’heureusement #NuitDebout piétine avec un espoir ferme au cœur. T. souligne pourtant que son assidue fréquentation des théâtres parisiens, vides depuis novembre, lui révèle bien la peur irrationnelle de ses concitoyens d’une réitération des attentats. Je ne peux que relativiser l’irrationnel dans le choc vécu, sourd, sanglant, fou. Pas toujours digéré. N’empêche. Prise de parole d’un de nos camarade calaisien, parti voir à Paris, curieux, ce qu’était la #NuitDebout là-bas le week-end passé, et qui revient témoin des tirs de flash ball sur la place de la République. Les violences policières auxquelles nous assistons n’ont cependant pas attendu l’état d’urgence. J’ai vécu, à Versailles en 94/95, lors d’une manifestation contre une loi Balladur sur l’emploi des jeunes, la charge de soixante ou soixante-dix CRS, boucliers et matraques, face à la seule trentaine de manifestants restant, tous de mon établissement, abandonnés par nos compagnons des quelques lycées amis qui nous accompagnaient. J’ai vu partir une amie, crise d’épilepsie dans la panique, sur le brancard de l’ambulance. Pris des coups de matraques dans les jambes.

Je me souviens plus récemment, scandaleusement, de Rémi Fraisse.

#NuitDebout affirme que nous n’avons pas peur.

Pas ces peurs qu’ils tentent de nous imposer. Qu’au contraire nous avons des attentes, que nous sommes conscients des enjeux qu’il est urgent de régler puisque nos dirigeants élus s’en désintéressent, nous trahissent sans vergogne, nous vendent aux plus avides sur le marché de l’esclavage internationalisé.

L’on se dit alors qu’ils doivent commencer d’avoir peur avec l’étendue soudaine du mouvement populaire, cette propagation nationale des consciences, cette contagion citoyenne.

Nous sommes debout.

Sûrs de notre droit à nous tenir là, de notre légitimité bien plus que de la leur, à choisir de quoi demain sera fait, comment nous souhaitons investir nos impôts.

Ensemble.

L’on se dit qu’ils peuvent avoir peur.

Qu’on attend patiemment de reconnecter Jean-François Coppé à la réalité en lui refilant un petit appartement insalubre en banlieue populaire, assorti d’un rsa, sans emploi pour occuper ses journées. Sans la piscine de Takieddine.

Nous avons cette force de la légitimité, à nous de la faire valoir.

 

Les projets naissent, fébriles. Incertains.

Mais l’élan extraordinaire de ma seconde #NuitDeboutCalais me donne l’étincelle, nourrit l’espoir et l’envie de m’investir. Je ramasse, comme d’autres, des tracts à distribuer dans les jours qui viennent pour inviter d’autres calaisiens à nous rejoindre, tous les soirs sur la place d’Armes dès 19h. Je propose d’être là plus tôt ce jeudi soir, à partir de 18h15, pour ceux qui veulent esquisser une commission avant l’arrivée de tout le monde, thème à définir.

 

Bientôt, une camarade et sa fillette offrent des crêpes maisons, un participant fait tourner les autocollants Stop Pub qu’il a imprimé pour nos boites à lettres, celui-là distribue les œufs de ses poules, généreusement, celui-ci des pommes. Nous nous éparpillons en cinq ou six petits groupes quand résonnent les guitares de trois musiciens cachés parmi nous. Clore la soirée en chanson, le bonheur simple de prolonger les débats plus intimement avant de se dire à demain, de continuer de se découvrir les uns les autres, doucement.

D’être ensemble.

Matthieu Marsan-Bacheré

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4 Comments

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  1. Je m’appelle Maxime, je fais partie des Nuits Debout de Lille, originaire de Boulogne, Calais n’est évidemment pas loin. J’ai été très ému par ton « compte-rendu » qui est bien plus que cela, et qui montre une très belle cohésion. Bravo à Calais, en espérant que vos rangs grossissent chaque jour un peu plus. Notre région est une région où règne la misère, les gens marchent la tête basse, la peur est dans leurs yeux, ils fuient la moindre altercation, l’altérité inspire le mépris… Savoir, ne serait-ce,que trente personnes rassemblées, autour d’une même cause, c’est très beau. Demain, peut-être, vous serez soixante, puis quatre-vingt… Les rangs de nos villes grossiront et enfin nous pourrons nous rapprocher. J’imagine combien la vie est difficile à Calais, le sort réservé aux migrants, la division créée par ceux qui les détestent, le sentiment d’abandon vécu par ceux qui se sentent exclus, les préjugés, l’absence de compassion même, qui nous touche davantage dans une ville comme Lille. Retrouver cela, la compassion (pour relayer une parole d’un citoyen lillois), c’est très important.

    Bonne chance à vous.

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    • Matthieu Marsan-Bacheré 15 avril 2016 — 14 h 45 min

      Merci Maxime, de ton soutien, de tes mots. Oui, la vie est difficile ici. J’ai grandi en région parisienne et vécu dans les Landes. Je ne saurais certifier que c’est l’endroit seulement qui fait ça, l’époque y contribue beaucoup, mais oui, les têtes sont basses, les regards froids, la haine s’affiche, avec un rare sentiment d’impunité. #NuitDebout m’a semblé avoir cet aspect éducatif dont ont tant besoin nos concitoyens, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai rejoins le mouvement. Une des raisons pour lesquelles aussi il me semble important d’écrire, de rendre compte de mes impressions. Avec l’envie de combattre les préjugés, d’apprendre ensemble. Et j’y trouve beaucoup de simplicité, d’humanité et de bienveillance.
      Demain oui, nous serons soixante, cent… Le rêve est en marche, à nous de le faire durer.
      Bonne chance à vous également,
      et si tu es boulonnais, sache que la #NuitDebout y a commencé hier soir et que trois des leurs seront parmi nous, à Calais, ce soir.

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  2. Bravo
    Un texte qui reflète la réalité
    Jpi

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