#NUITDEBOUTCALAIS #43MARS

Premier contact hier soir avec la Nuit Debout après avoir suivi de loin, via réseau social interposé et avec un bel espoir au cœur, les premiers compte-rendu de sa naissance parisienne et républicaine.

Ici, à Calais, le rendez-vous est donné chaque soir place d’Armes, à 19h.

C’est J. qui m’accueille, la belle vingtaine. Autour d’elle, quelques « anciens », gauchistes, syndiqués, ex-encartés, membres d’associations locales, notamment d’aide aux réfugiés, un jeune lycéen, curieux, comme moi, et quelques visages entre ces deux générations : nous sommes une petite douzaine, et après un moment d’attente, l’espoir d’une présence plus importante, une grosse quinzaine bientôt, jusqu’à presque vingt au plus large, le cercle de discussion se forme dans le dos des époux De Gaulle.

C’est J. également qui ouvre la séance et prend la parole autour de la prochaine manifestation contre la loi El Khomri, prévue le jeudi 28 avril, et d’un ou deux événements culturels et festifs à proposer pour attirer d’autres citoyens calaisiens à la Nuit Debout : projection et débat, musique.

Autour de la manifestation : organisation, sonorisation, parcours…

J’insiste sur l’opportunité de ne pas disperser le cortège en invitant ses participants à se joindre au mouvement citoyen, en proposant des ateliers de discussion dans la continuité, sur la place d’Armes : ateliers-débats, cercles de réflexion, différents thèmes possibles tels qu’un atelier constituant, un autre autour du code du travail, un cercle autour des nouveaux modèles d’éducation à inventer. Un camarade présent nous indique être affilié à SUD et affirme que lui et ses collègues syndiqués seront présents aussi bien à la manifestation qu’à cette tentative d’échanges citoyens, ajoute qu’il proposera l’idée, via l’intersyndicale, aux autres mouvements. Il nous explique également que c’est cette intersyndicale qui s’occupe du parcours de la manifestation, qui en demande l’autorisation, aussi ne peut-il nous promettre que le cortège s’arrêtera place d’Armes.

Questions sont alors posées de l’éventuelle autorisation pour les événements #NuitDeboutCalais, et de la communication nécessaire pour informer nos concitoyens, ameuter les calaisiens, en nombre.

Décision est prise de ne pas demander d’autorisation, entre le délai trop court et la politique autour des rassemblements de Mme le Maire de Calais et de son amie la sous-préfète. Sans compter que #NuitDebout est un mouvement citoyen de réappropriation de l’espace public, de réinvestissement politique : cercle de discussion pacifique et amical, nourri des anecdotes de chacun, échange et partage d’expériences parallèles qui se font échos dans l’exploitation. Pas besoin d’autorisation pour se retrouver entre citoyens, la place est l’idéale agora urbaine, le palabre un moyen d’autogestion millénaire :

on n’invente rien, on recycle !

Quant à la communication, ce sera réseaux sociaux et tracts. Je ne sais qui gère l’impression des tracts mais les citoyens présents, associatifs, semblent avoir ce qu’il faut : notre camarade de SUD propose de prêter la sonorisation syndicale pour les événements, une calaisienne présente à nos côtés s’écarte du groupe, apostrophe une amie à la terrasse du café le plus proche, son mari possède le matériel de projection nécessaire pour la soirée film, se dit prête à nous laisser l’emprunter, avec grand plaisir.

Ainsi va la vie à Calais, facile.

Le petit cercle debout au crépuscule s’élargit de possibilités. Je connais les membres du cinéma l’Alhambra, à moi de les contacter pour savoir s’il est possible, et comment, d’obtenir une copie de Merci Patron de François Ruffin. Je propose également Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion, un troisième film, En Quête de Sens de Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière, peut être obtenu par un camarade. À chaque question soulevée naissent des idées, s’affirment des points de vue relativement convergents, émergent des solutions. L’expérience est plaisante, les gens sont sympathiques. Les passants nous regardent, s’arrêtent, certains nous rejoignent.

G. profite d’une rupture de contrat de son poste dans l’Éducation Nationale pour venir, de Toulouse, réaliser un reportage sur l’intégration des réfugiés, l’impact social sur la ville, l’énergie des associations locales et internationales qui leur viennent en aide, toute la créativité à l’œuvre dans notre cité. Applaudissements. Discussion rapide autour de la richesse inouïe que représentent ces populations mixtes et hétéroclites.

Deux heures de débats, sinon constructifs, intéressants.

L’échange respectueux, l’écoute, l’ouverture à l’autre : Come As You Are.

Les témoignages sur les arnaques du travail dont, tous, nous sommes victimes. Cette jeune femme qui travaille pour 800€ par mois, mon RSA et l’Allocation Logement conditionnée au salariat ou à l’inactivité, les expériences de cet homme qui après trois CDD s’est vu virer de l’hôtel où il gagnait sa vie, emmenant son patron aux prud’hommes, procès gagné grâce à la conservation précieuse de ses fiches de présences, son contrat à temps partiel par la suite, pour 700€ par mois. Nous abordons la question des trois huit à passer, partage du temps de travail, en quatre équipes de six heures, une équipe supplémentaire, création d’emplois. Nous évoquons les heures supplémentaires non payées mais rattrapées, et tous tombons d’accord :

   « Tout travail mérite salaire ».

L’heure supplémentaire ne peut devenir esclavage ni moyen de pression. Le travail doit s’effectuer volontairement, doit tendre vers l’épanouissement personnel.

Retour aux manifestations: notre jeune camarade lycéen évoque les consignes de blocage des élèves au sein de leur établissement les jours de grève. Une fois entré, l’élève ne peut ressortir avant la fin de la journée. Nécessité de communiquer auprès d’eux, de tracter à la sortie des lycées. Ils ont envie de coups d’éclats, c’est l’effervescence de la jeunesse, des poubelles pour bloquer l’accès de leur établissement, des pétards dans les poubelles… évidemment que vous n’avez pas le droit de faire ça. Libre à chacun de participer ou non : communication sur la nécessité de bienséance et de connaissance de leurs droits.

On en revient toujours à l’éducation.

Jeunes, sages, gauchistes, anars, syndiqués et associatifs, citoyens avant tout et humanistes, l’envie de solidarité réelle : quelque chose de fragile se crée, d’infime encore mais déjà d’intime et d’humain. Le palabre crépusculaire comme un retour aux rêves sociaux originels :

Rêve Général, j’y serai de nouveau ce soir.

Matthieu Marsan-Bacheré

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