Je suis ouvrier, employé, technicien. Travailleur je ne suis pas asservi.

Je l’ai déjà dit ici : le système capitaliste libéral qui gère aujourd’hui l’économie mondiale, et par-delà les conditions de vie, les richesses et la pauvreté de l’humanité, n’est qu’une forme d’esclavage monétisé qui se cache derrière des mots tels qu’emploi contre chômage, salaire, actionnariat, parachutes dorés et précarité. Régi selon les pays par le Code du Travail.

Paris, Bruxelles, la Banque Centrale Européenne, Total ou encore McDo, Starbucks. La liste est longue de ces entreprises, organismes et élites politicardes qui manipulent lois et codes sociaux pour asservir le plus grand nombre sous le joug du quotidien suspendu à la fin du mois, et enrichir démesurément une caste infime de privilégiés. Aujourd’hui, une jeune incapable de ces privilégiés de la carrière politique, ministre incompétente d’un gouvernement autoritaire et replié sur son monde, se laisse manipuler au grand jour par une poignée de dents effilées pour tenter de pérenniser la précarité des vrais actifs, du peuple qui travaille, trime, s’abrutit parfois à d’ingrates tâches, et continuer ainsi de creuser l’écart entre les rares nantis qui s’enrichissent et ceux-là qui s’usent, quotidiennement, à l’usine, sur les chantiers ou dans les bureaux pour le confort incommensurable de fainéants, sans en retirer rien de plus que la subsistance minimale et assurer un temps, jusqu’au prochain salaire, jusqu’au prochain emploi, leur morne survie dans ce système inégal, non équitable. Il est facile de manipuler les mots et les médias, d’affirmer grand sourire que cette réforme est une avancée contre le chômage, ah ! cette fameuse peur du chômage… L’opacité complexe des lois, la négation pure et simple des volontés populaires minoritaires, des idées rares qui sortent du cadre et pourraient contraindre les dirigeants, entretiennent cet état de fait. Il est facile de vendre à ceux qui ont faim l’idée qu’ils vont se nourrir bientôt. Mais quand il s’agit de rentrer dans le texte et de leur expliquer en quoi cette flexibilité offerte aux entreprises encourage l’emploi, améliore le confort de notre société, la pilule, âcre et amère, est plus difficile à faire avaler. Simplement parce que la réforme du travail présentée par Myriam El-Khomri continue, au XXIème siècle, dans un monde ultraconnecté, assoiffé de liberté et d’épanouissement, d’affirmer l’étymologie millénaire du mot travail, de trepalium (du latin tripalis, qui a trois échalas), instrument d’immobilisation et de torture à trois pieux utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles.

Pourtant quand j’écris, je travaille.

Je travaille les mots pour raconter des histoires, chercher à faire naître l’éphémère beauté de la poésie, ou simplement creuser la réflexion. Penser, discuter, proposer. Ce faisant, je ne subis aucune forme de torture, au contraire, c’est de plein gré que je m’y mets et je m’épanouis un peu plus à chaque nouvelle page, à chaque nouveau poème, à chaque nouveau texte. Je n’y gagne malheureusement aucun moyen de subsistance et pourtant je m’y épanouis. J’ai bien tenté l’an passé : pigiste pour un quotidien local, chaque nouvel article naissait d’une rencontre, toujours enrichissante. Payé à la ligne, tant pour tel espace de page, tant pour une photographie, bouchées de pain, la persévérance et l’investissement personnel de nombreuses heures chaque semaine m’assuraient une part de revenus non négligeable malgré tout. Sans me sortir de la précarité, le cumul d’un rsa activité et de ces piges suffisait à me maintenir à flots, la tête hors de l’eau. Mais en octobre, la Caf a recalculé mon rsa : parce que pigiste n’est pas un poste salarié, parce qu’arrondir ses fins de mois en écrivant pour un quotidien s’apparente à un travail indépendant, est considéré comme l’activité principale d’un travailleur indépendant par les administrations, la situation m’exposait finalement à plus de précarité encore, j’y perdais mon allocation logement tandis que le montant total de mes piges se déduisait de mon rsa, plus rien, le néant, retour à la case survie. Le couperet tombe : je ne peux continuer à écrire pour le journal sans m’exposer à la rue, je ne peux espérer survivre et garder un toit qu’en abandonnant ce poste enfin épanouissant. Je dois me contenter de rester à la maison, ceinture serrée pour simplement continuer de me loger. Rancœur, dégoût, pleurs. Désespoir.

Retour à la case alimentaire : trouver un petit boulot sans intérêt mais salarié. Même un mi-temps serait idéal, me permettrait d’avoir quelques heures à consacrer de nouveau au journal. Mais à Calais comme ailleurs, la mission est ardue. Le taux de chômage ici est supérieur à la moyenne nationale, les agences d’intérim n’offrent que peu de postes, la plupart demandent des qualifications que je n’ai pas, exigent même des bacs pros de maintenance mécanique pour des postes d’ouvrier de production. Comme si ces jeunes gens qui s’intéressent à la mécanique industrielle, voire à l’ingénierie rêvaient d’un poste de manœuvre…

Aujourd’hui, le gouvernement mis en place par celui que nous avons élu contre la finance spéculative cherche à imposer cette nouvelle réforme du travail, le sourire de Gattaz dans la main, qui revient sur de trop nombreux acquis sociaux, visant à remettre le travailleur dans l’état incertain de la précarité, à la merci du patron, des actionnaires et de l’enrichissement de leurs entreprises, sans accès au bénéfice dont il est l’élément clé. Une réforme qui renvoie le travailleur à une place qu’il occupait il y a plus d’un siècle. Incertaine et sans sécurité.

Bien évidemment le constat est schématique, mais l’idée est là. Le prétexte de la résorption du chômage n’est qu’un leurre, cette loi le dit en permettant aux entreprises de piocher allègrement dans la masse du désespoir pour satisfaire ses besoins de main-d’œuvre. Cette situation a, pour eux, tout intérêt à perdurer. Le chômage est l’opportunité constante de la flexibilité mendiante de celui qui n’a plus rien, plus d’espoir que de se soumettre.

Des solutions pour réduire le chômage et la précarité, pour répondre aux attentes et aux espoirs des travailleurs, existent pourtant. Face à l’impunité à sens unique dont se sentent investies les élites patronales, actionnariales et politiques corrompues, c’est au peuple de les imposer. D’imposer sa volonté à se gouverner, sa liberté de proposer et de choisir.

Les 35h avaient un but précis, louable : la réduction du chômage par le partage du temps de travail, et ainsi l’octroi de confort et de temps libre supplémentaire à l’individu. L’idée d’une société plus équitable et d’un individu plus épanoui. C’était un premier pas, intelligent, vers une adaptation du travail aux nouvelles réalités de la modernité. Leur application, plus exactement leurs applications, nombreuses, différentes, à coups de dérogations, se sont révélées un fiasco pour le peuple. Les grandes entreprises, celles-là même qui auraient dû créer de l’emploi, refusant de jouer le jeu, ont continué de diviser les salariés et de les prendre en otage. Heures supplémentaires, astreintes, politiques internes. Cela ne doit pas et ne peut pas être. La loi doit obliger ces corporations à augmenter leur masse salariale : des revenus plus élevés, décents, pour moins de temps de travail, un partage effectif des postes, jusqu’au doublon si nécessaire, en descendant la durée hebdomadaire à 32h, voire moins. Un salaire qui, pour une semaine de quatre jours, permette à chacun de se loger, de s’acquitter de ses charges et de manger pour le moins. Une flexibilité qui permette à qui le souhaite de travailler le week-end, la nuit, de chez soi. De mieux organiser son activité professionnelle selon ses besoins personnels et familiaux. Une flexibilité au service de l’emploi et de l’individu sans évidemment gêner le fonctionnement de l’entreprise, au contraire, l’optimisant en ramenant l’humain au centre. J’ai été ouvrier sur différentes lignes de production, je sais l’aliénation psychologique autant que l’abnégation physique de ces postes. Je sais aussi à quel point la main-d’œuvre y est remplaçable. Ces usines qui tournent sans discontinuer, en trois équipes sur des journées de huit heures, doivent passer à quatre équipes sur un roulement de six heures. Il faut envisager, dans ces grands groupes, autant que dans des entreprises à taille humaine, une participation aux bénéfices pour motiver l’implication, faire naître l’appartenance à une équipe, à un collectif, favoriser l’épanouissement personnel. Au lieu d’aller dans le sens des profits en permettant aux employeurs de jongler comme bon leur semble avec un produit humain réduit à l’interchangeable, manipulable à l’envie, pion négligeable ou masse spéculative, l’interdiction pure et simple des licenciements économiques doit devenir la norme partout dans le monde, à commencer par ici. Florange, Arcelor, Goodyear et Michelin, Renault, Moulinex. Les exemples, insupportables, de la destruction de régions entières au nom du profit d’une poignée d’actionnaires, sont beaucoup trop nombreux. Trop réguliers.

Créer de l’emploi passe ainsi par la remise en valeur des terroirs et des savoir-faire locaux. La concurrence internationale irraisonnée de certains produits de première nécessité doit céder la place à une production raisonnée, écologique, responsable. C’est évidemment le choix de chacun d’être conscient de sa propre consommation et de son engagement quotidien face à la jungle spectaculaire du capital, mais dans ce système imposé, écrasant, le réel choix est rare. Quand les produits étrangers sont moins onéreux que les produits locaux, quand l’empoisonnement est la seule voie accessible parce que la qualité est hors de portée de sa bourse, le budget étranglé n’a aucune alternative.

La mise en place d’un revenu de base universel permettrait à chacun d’élargir son champ de possibles. Sur différents niveaux : professionnel, personnel, sociétal. D’être plus libre, simplement. Moins assujetti aux directions sociétales prises par une minorité insatiable. Le choix d’une consommation raisonnable deviendrait plus aisé ; le choix d’un travail, sans contrainte, sans couperet, permettrait à chacun de retrouver l’envie d’atteindre ses propres objectifs personnels ; le bien-être retrouvé augmenterait l’implication, la productivité, le moral des salariés, des travailleurs, de l’entreprise toute entière. Bien évidemment pour rendre cela possible, il faudrait qu’une poignée d’égoïstes cupides occupés à amasser toujours plus d’or, plus qu’ils ne pourront jamais en avaler, accepte de partager une très large part de ces profits immenses. Face preuve de compassion, d’humanité et de générosité.

Il faudrait qu’ils acceptent… Pauvre point de vue soumis à l’oligarchie en place.

La démocratie réelle, au peuple par le peuple pour le peuple, doit avoir le pouvoir d’imposer ces conditions.

 

 Je suis le peuple, la masse laborieuse anonyme,

 une richesse et une multitude de voix non négligeables.

   Je serai, mercredi, dans la rue pour manifester, avec de nombreux concitoyens, mon opposition ferme à cette loi rétrograde. Je lis sur les réseaux sociaux les divisions qui s’immiscent sur les pages de rassemblements citoyens, les dénonciations préventives de récupération politichiennes. Je suis d’extrême-gauche, sympathisant de partis tel que le NPA ou LO, militant un temps, il y a bientôt dix ans. Mais je serai mercredi dans la rue en tant que citoyen. En tant que travailleur autant que chômeur, en tant que père de famille aussi, soucieux des choix de société que nous léguons à nos enfants. Les syndicats, à Calais, se réveillent après l’appel citoyen anonyme et rassembleur, prévu pour l’après-midi sur le parvis du théâtre, et organisent de leur côté, un rassemblement matinal devant la sous-préfecture.

Il me semble qu’il est de l’intérêt des travailleurs, et donc des syndicats, de se joindre au plus grand nombre. D’ameuter, d’informer, de réunir. De rassembler et de participer au rassemblement. De grossir les rangs du peuple fermement opposé à la moindre ligne de ce texte.

Je serai présent le matin, devant la sous-préfecture, sans être affilié à aucun syndicat. J’irai également l’après-midi sur le parvis du théâtre, avec les nombreux citoyens anonymes, en espérant que les syndiqués n’arrêteront pas leur action après leur gentille matinée de stand-in et rejoindront ces anonymes, les non-affiliés, les non-militants, sympathisants de tous bords unis contre un projet rétrograde et esclavagiste, cette majorité silencieuse habituellement divisée qui doit trouver le moyen de s’entendre pour mettre à bas un système désuet et parasite. J’espère sincèrement que, des séduits du F-Haine qui se déchaînent sur la toile à mes compagnons humanistes d’extrême-gauche, associatifs, militants ou simple sympathisants, en passant par les centristes indécis, sociaux-libéraux moins moutons que le troupeau aveugle, tous seront là. Tous sauront mettre de côté leurs différences pour exprimer le même rejet de cette réforme qui ne dit pas son nom : asservissement. J’espère sincèrement que les syndiqués et les citoyens indépendants de toutes origines viendront grossir les rangs les uns des autres.

Matin comme après-midi. Les jours suivants s’il faut.

Le droit du travail est le fruit toujours imparfait d’un siècle de luttes, de grèves, de confrontations tendues parfois réprimées dans la violence et le sang, parfois s’exprimant de même, sanglantes pour ceux qui se croyaient à l’abri en leurs tours d’ivoire modernes, parce qu’il faut parfois en venir aux mains avec les abrutis intransigeants et ignares, avec ces incapables élites qui nous gouvernent sans aucun sens des réalités tangibles de nos quotidiens.

Que mercredi soit le début d’une union, interprofessionnelle plutôt qu’intersyndicale, citoyenne, totale. Que le peuple comprenne combien la démocratie lui appartient, qu’il s’en saisisse, et que ce 9 mars soit le premier jour de la longue reprise en main qui s’impose.

Du peuple par le peuple pour le peuple.

Que commence la danse du feu ardent de nos volontés souveraines sur les petites manipulations, les petits accords et les petits papiers de Manuel Valls, Pierre Gattaz et consorts.

Matthieu Marsan-Bacheré

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