Je vote idéaliste et pragmatique. Tour à tour contraint aux restrictions des urnes.

Je suis un démocrate et j’ai du mal, évidemment, avec le 49-3.

Nous y voilà.

 « Le 49-3 est une brutalité. Le 49-3 est un déni de démocratie. Le 49-3 est une manière de freiner, d’empêcher le débat parlementaire. » Réaction de François Hollande en 2006, au recours de Nicolas Sarkozy au dit article. « La vérité éclate au grand jour : il n’y a plus ni majorité, ni gouvernement. », 17 mars,  tweet de Sarkozy après l’annonce de recours au 49-3 pour faire passer la loi Macron. « Lorsqu’on utilise le 49-3, ça veut dire qu’on n’a pas la force de convaincre sa majorité. », 19 mars.

L’article 49-3 illustre le mépris qu’avait de Gaulle pour le pouvoir législatif – il faut dire que l’instabilité des précédentes expériences démocratiques hexagonales fut éprouvante ! Non content d’avoir fermement encadré le pouvoir du Parlement, la Constitution prévoit une arme ultime… pour s’en passer ! 49-3, un collègue sur la toile parle du diamètre anal des français.

La loi Macron ne résiste pas à son manque de lisibilité, à son envie de (je vous) fourre-tout(s). Cette Europe de la bureaucratie, qui cache tout et ne dis surtout rien, ou des conneries. La lie de l’humanité qui ose tout en s’en foutant bien (en les fourrant bien) ces sans-dent ! Et l’irresponsabilité de tous, qui légitiment Marine quand elle réclame évidement la démission de ces usurpateurs de démocratie… Comment ne pas être d’accord avec elle sur cette phrase loin du contexte de ses idées, sur cette remarque anodine.

Je reviens sur le diamètre anal : j’ai mal évidement, à sec et sans tendresse.

Comment ne pas réagir violemment à cette violence au sourire hypocrite et narquois. Violence du mépris que cette caste réserve aux pauvres moutons que nous sommes, peuple enfermé dans l’enclos de la Vème République, broutant de nos gencives l’herbe rare. Tête baissée, droit vers l’abattoir.

Je jetais ces lignes il y a quelques semaines, sans terminer le billet.

Aujourd’hui, le temps a passé. Et le temps de la démocratie prend un coup ces jours-ci. L’abstention occupe les dimanches de plus de la moitié de nos compatriotes. Nous ne sommes plus qu’une faible minorité à exprimer nos voix aux urnes, aussi dissonantes soient-elles dans les enjeux que chacun y place.

Je vote idéaliste et pragmatique. Tour à tour contraint aux restrictions des urnes.

Quelle part reste-t-il pour le vote idéaliste ?

Je suis de ceux qui pensent qu’une autre mondialisation est possible, un utopiste bercé au doux rêve d’une humanité bienveillante. Cela m’engage profondément, viscéralement parfois – ma télévision qui me voit regarder défiler ces marionnettes manipulatrices qui nous gouvernent, ces rouages de la grande mécanique, pourrait en témoigner.

Aussi, lors de l’appel aux urnes, je m’exprime sincèrement, profondément. Je sais que la concrétisation palpable d’un vote n’est pas immédiate, loin de là. Je sais qu’il faut du temps, au moins celui d’une génération, pour que les choses changent imperceptiblement. Aussi, lors de l’appel aux urnes, je me propose d’engager des changements sociaux considérables et qui puissent s’engager sur le long terme. Je rêve de voir le grand soir, je l’ai déjà dit ici, et lors de l’appel aux urnes, je m’exprime en ce sens.

Combien de mes concitoyens en font de même ?

Combien votent, spontanés de contestation, sans réelle vue des enjeux ?

A mes yeux, je me trompe peut-être, le vote bleu Marine, dans ces départementales qui nous occupent, comme dans malheureusement tous les scrutins depuis que je participe au débat secret et silencieux de l’isoloir, le vote bleu Marine exprime la violente aspiration du changement égoïste et immédiat : ceux-là se replient sur eux pour espérer dans l’instant des jours meilleurs, ceux-là rejettent la faute de leur misère sur l’irresponsable alternance qui nous gouverne depuis bien avant ma naissance – et dans ce sens je ne peux leur donner tort. Depuis l’Europe de l’acier et du Charbon de nos grands-pères, les instances centrales suivent la marche imposée du grand capital. L’habitude était solidement ancrée dans les nations auparavant, mais il est si facile d’oublier ces temps que nous n’avons pas vécus qu’il devient difficile de se souvenir des espoirs perdus de la solidarité qui existaient alors dans les internationales ouvrières. Cela existe encore, mais le débat est si clos et unilatéral que les masses s’en détournent. Lors de l’appel aux urnes, la spontanéité de l’isoloir, dans la réduction soudaine de perspectives à laquelle il nous contraint, amène trop de nos concitoyens à confondre message et conviction.

C’est dommage dans l’immédiat.

C’est très regrettable pour les prochaines années.

C’est catastrophique pour l’avenir.

Aussi comment ne pas succomber à l’oisif et innocent plaisir de l’abstention ?

D’abord en comprenant que l’acte n’est pas si innocent. Le plaisir du dimanche à soi est bien là. C’est un plaisir bien égoïste me dis-je. Et la culpabilité est rude quand les résultats tombent. Parce que les coléreux viennent s’exprimer eux. Ils viennent dire haut et fort, le dimanche soir à vingt heures, que y’en a marre de ces menteurs qui ne pensent qu’à leurs gueules, ils disent qu’ils veulent que ce soit radical et qu’on leur donne du boulot et de la préférence nationale. En fermant bien leurs œillères dans l’isoloir, ils oublient loin les conséquences insidieuses et nocives que le résultat engendre. Ils veulent du concret, maintenant. Pas le grand soir demain.

Les abstentionnistes, eux, ont le temps d’attendre.

Tellement le temps qu’ils en oublient l’insondable urgence.

Pourquoi continuer de se laisser abattre, tels les moutons de la marine au bas front ?

Les abstentionnistes partent vaquer à leurs occupations immédiates, plutôt que de se ruer dans les affres et les angoisses, sans cesse sur le fil, de l’abattoir. Ils oublient demain, ils oublient leurs enfants. Autant coupables d’irresponsabilité civilisationnelle que les frontistes de la nation. La civilisation est universelle et unique. Chacun des choix sociétaux qui y sont faits ont des conséquences toujours plus larges. D’une jurisprudence naît une loi, qui engendre des comportements et des actes. Ça fonctionne à l’envers : d’actes et de comportements, anodins parfois, aussi innocents semblent-ils, naissent des lois, qui engendrent des interdits ou des libertés. Pour avancer, la civilisation se passe volontiers de vos votes, ce n’est pas pour autant que votre participation n’y a aucune incidence.

Aussi invisible soit-elle.

Voilà, je suis un démocrate et j’invite bien évidemment tous les inscrits du territoire à prendre un quart d’heure ce dimanche pour faire barrage autant que possible à l’ignorance qui exprime son incompréhension des enjeux. Pour que demain ait un sens qui vous ressemble, qui ressemble à la France. Resplendissante, solidaire, colorée et dynamique. Ouverte sur l’avenir et riche des promesses de nos enfants, consciente du respect que nous leur devons.

L’idéalisme n’a pas sa place au second tour. Dès que le choix proposé se réduit au duel du frontiste égoïste contre le semblant de démocratie qu’on nous sert encore, il n’y a plus d’alternative. Aussi désagréable cela soit-il de mettre un bulletin capitaliste dans l’urne, je me rappelle que cette ligne est moins éloignée et plus libre à combattre que l’autre.

Punaise, sont forts ces cons, j’ai mal au pion.

Quelque part au derrière, les abstentionnistes, s’ils n’ont pas raison, n’ont pas complètement tort. J’évoquais le diamètre anal il y a quelques semaines. 49-3, bas du front. La dictature est déjà là. Tapie dans l’ombre des administrations de gestion des populations, l’immense territoire des ressources humaines du grand capital.

L’ennemi de mon ennemi n’est pas toujours mon ami.

Matthieu Marsan-Bacheré

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